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Eko Atlantic City, le futur Dubaï de l'Afrique

La presqu'île artificielle qui se construit dans la baie de Lagos témoigne des profondes inégalités de la société nigériane.

Ce n’est encore qu’une étendue de sable aux confins de Lagos, mais Eko Atlantic va bientôt prendre de la hauteur. Prévue pour accueillir une foule de buildings pharaoniques, cette presqu’île artificielle qui gagne du terrain sur l’océan, risque de faire de l’ombre à la capitale économique du Nigeria. Ou de mettre en lumière ses problèmes… Car l’éclat de ce projet fou, rêvé éveillé de deux entrepreneurs d’origine libanaise, contraste avec le dénuement des quelques 100 millions de Nigérians qui vivent avec moins d’un dollars par jour (près de 60% de la population).

Loué pour son climat d’investissement prometteur, le futur «Dubaï de l’Afrique» est aussi décrié en raison de son penchant élitiste. Le fait qu’Eko Altantic sera administré par le secteur privé, laisse en effet peu d’espoir aux habitants des bidonvilles qui sont régulièrement démantelés par la police d’y trouver résidence. Mais il semble bien que ce ne soit pas l’ambition de ses géniteurs, qui prévoient d’y construire de nombreux appartements de luxe. Un choix qui risque d’aggraver la ségrégation sociale, considère The Guardian, qui parle du projet comme d’«une insulte architecturale aux conditions de vie des nigérians ordinaires».

L'avancée du chantier. Crédit : www.ekoatlantic.com

Présenté sous les traits d'«une ville durable, économe en énergie», appelé à devenir le nouveau centre financier de l’Afrique de l’Ouest en 2020, le projet est sujet à caution.

«Les milliers de personnes qui vivent près du site s’attendent à ce que la ville entraîne leur déplacement, plutôt que la prospérité, assène le défenseur de l’environnement Nnimmo Bassey. Construire Eko Atlantic est contraire à tout ce qu’il faudrait faire pour lutter contre le changement climatique et l’épuisement des ressources.» Pour le Guardian, il s’agit d’un pas, vers l’«apartheid climatique».

Les concepteurs d’Eko Atlantic, Ronald et Gilbert Cahgoury, se retrouvent aussi dans le viseur du quotidien britannique pour la proximité qu'ils entretiennent avec les élites nigérianes. Un temps conseiller du président béninois Mathieu Kérékou, Gilbert a aussi travaillé auprès de l'ex-président nigérian Sani Abacha, célèbre pour son autoritarisme et ses millions de pétrodollars dissimulés à l’étranger. Et comme au Nigeria, les affaires ont souvent la couleur de l'or noir, Eko Atlantic a déjà réservé des bureaux dans un immeuble de 15 étages à une société de négoce de pétrole et de gaz britannique.

Lu sur The Guardian

Servan Le Janne

Servan Le Janne est journaliste à Slate Afrique.

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