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Un soldat de l'armée gouvernementale à Bentiu. REUTERS/Andreea Campeanu
Un soldat de l'armée gouvernementale à Bentiu. REUTERS/Andreea Campeanu

Soudan du Sud: un conflit politique drapé dans un costume ethnique

Le gouvernement et les rebelles luttent pour le pouvoir et le pétrole.

Avec la reprise de la ville de Bor, par l’armée du président Salva Kiir, samedi 18 janvier 2014, l’opposition du Soudan du Sud, rassemblée derrière l’ancien vice-président, Riek Machar, semble dans une bien mauvaise passe. Acculés à Malakal, capitale de l’Etat pétrolier du Jonglei, les rebelles ploient sous les coups des troupes loyalistes et de ses alliés ougandais. Mais la suprématie des forces gouvernementales est encore loin d’avoir enrayé le cycle de violence qui sévit dans le pays depuis la mi-décembre 2013.

Mise à sac par les rebelles, Bor, fait désormais face à la menace des hommes de Salva Kiir qui ont tenté de pénétrer par la force dans un camp de réfugiés des Nations unies abritant des milliers de civils, dimanche 19 janvier. Dans l’Est du pays, l’ONU fait état de représailles entre membres de l’ethnie Nuer (entre 5% et 10% selon les estimations) dont est issue Riek Machar, et Dinka, (entre 10% et 25% de la population) auquel Salva Kiir appartient, faisant planer le spectre d’une guerre clanique sur le pays.

Crédit : OCHOA

Or, pour Gérard Prunier, consultant indépendant et ancien directeur du Centre français des études éthiopiennes, le véritable problème du Soudan du Sud «n'est pas ethnique mais politique.» Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, ce Franco-Canadien s’insurge contre une vision simplificatrice des antagonismes au Soudan du Sud, qui font la promotion d’«une prophétie auto-réalisatrice», alors que les vrais raisons du basculement sont d'ordre politique.

Contrairement à ce que clame le président Salva Kiir, ce n’est pas une tentative de coup d’Etat qui a entraîné les combats dans la capitale, mais «tout simplement une réunion du Conseil national de libération (le "parlement" du parti au pouvoir, le SPLM) qui a mal tourné. Comment? Les membres de l’opposition avaient demandé un vote à bulletin secret sur la politique présidentielle». Depuis juillet, et la «mise à la retraite autoritaire des officiers supérieurs qui n’approuvaient pas [la politique présidentielle] de plus en plus conciliante envers Khartoum», le torchon brûlait entre Salva Kiir et Riek Machar, qui se disputaient sur la gestion de la manne pétrolière.

«Afin de permettre le libre passage du pétrole brut du Sud vers le Nord par l’oléoduc contrôlé par Khartoum, le président Salva Kiir avait accepté de payer 7,50 euros le baril en droits de transit. Et il avait ensuite fini par accepter de payer de plus en plus, jusqu’à 21,70 euros le baril, alors que le tarif mondial est inférieur à 1,45 euros. […] désireux d’assurer sa réélection en 2015, il avait décidé de jouer la carte de Khartoum en obtenant le redémarrage du flux pétrolier afin de disposer de fonds suffisants pour assurer sa victoire électorale

Suite à la réunion du Conseil national de libération, six opposants ont été jetés en prison, chacun d'une tribu différente, y compris des Dinkas. Ce n'est que dans un second temps que «le glissement du politique à l’ethnique» s'est amorcé.

Lu sur Le Monde

Servan Le Janne

Servan Le Janne est journaliste à Slate Afrique.

Ses derniers articles: Ces conflits dont plus personne ne parle  Les Libyens veulent l'argent qu'on leur a volé  Ça ne va pas être possible, c'est une ville privée 

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