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Ouganda: le président bloque une loi contre l'homosexualité

Le président ougandais Yoweri Museveni a refusé de promulguer une nouvelle loi controversée durcissant considérablement la répression des personnes homosexuelles, une question qui concerne nombre de pays africains. 

Cette loi, votée à une majorité écrasante le 20 décembre 2013 par le parlement, prévoyait notamment la prison à vie pour les récidivistes. Un article sur la peine de mort avait été rejeté mais la législation avait été très critiquée par les pays occidentaux et l'ONU.

Le porte-parole présidentiel, Tamale Mirudi, a déclaré vendredi à l'AFP que le président ougandais avait refusé de signer le texte, confirmant des informations de presse.

Cette décision de Yoweri Museveni prend le contre-pied de son homologue nigérian Goodluck Jonathan, qui, deux jours auparavant, a promulgué une nouvelle loi réprimant l'homosexualité dans son pays.

La nouvelle loi au Nigeria prévoit une peine de 14 ans de prison en cas de mariage homosexuel et 10 ans d'emprisonnement pour les personnes de même sexe affichant publiquement leur relation. Une loi dénoncée mercredi par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

 Le président ougandais "n'approuve pas l'homosexualité mais il pense que ces personnes ont le droit d'exister", a déclaré M. Mirudi. Le chef de l'Etat estime que les gays sont "malades" mais que la répression ne constitue pas un remède. 

"Vous ne pouvez tuer une personne malade. Les personnes reconnues coupables de pratiques homosexuelles ne peuvent être emprisonnées à vie", a ajouté M. Mirudi.

"Ce que le président a dit, c'est que nous ne persécuterons pas ces homosexuels et ces lesbiennes. C'est le point important. Peut-être la société leur en voudra-t-elle, mais ils ne peuvent être persécutés pour cette question", a-t-il dit.

Dans une lettre au Parlement citée par le Daily Monitor de vend redi, le président Musenevi a estimé que l'homosexualité masculine s'expliquait comme la possible conséquence de la multiplication "des coucheries" ou par la prostitution. Pour les lesbiennes, a-t-il dit, elles choisissent des partenaires féminines à cause de leur "misère sexuelle".

"La question centrale sur le débat portant sur l'homosexualité est que fait-on avec une personne anormale"? écrit le président. "Même avec une loi, ils poursuivront tout simplement dans le secret et continueront de pratiquer leur homosexualité, leur lesbianisme, par besoin d'argent", a-t-il écrit pour expliquer son refus de promulgation. 

"Vous ne pouvez appeler orientation différente ce qui est une anormalité. Il se peut que, dans les sociétés occidentales, la multiplication des coucheries ait engendré beaucoup de gens anormaux", a-t-il dit.

Pour le président ougandais, l'amélioration de l'économie -notamment une rapide industrialisation et la modernisation de l'agriculture- est la meilleure façon de "sauver" les jeunes gens du risque d'avoir un "comportement dégoûtant".

Lesbiennes victimes de viols dit de "correction"

Le rejet de la nouvelle loi a été considérée comme un "progrès" par le principal militant de la défense des droits des homosexuels d'Ouganda, Frank Mugisha.

"La vision du président évolue, mais il a besoin de plus d'informations scientifiques, de plus d'informations de notre part", a dit M. Mugisha.

"Je pense qu'il essaie d'amener le Parlement à ne criminaliser ni l'homosexualité, ni aucune sorte de minorité", a-t-il dit.

Le député à l'origine du texte, David Bahati, s'est dit au contraire "déçu" et qu'il le défendrait à nouveau "pour protéger les générations présentes et à venir".

Jonah Lwanga, membre du Conseil interreligieux de l'Ouganda a assuré que le président s'était "incliné devant la pression de ses donateurs" américains et européens.

Les hommes et femmes homosexuels sont souvent harcelés et menacés de violences en Ouganda, tandis que les militants des droits de l'homme ont révélé des cas de lesbiennes victimes de viols dits "de correction". 

En 2011, un militant des droits des homosexuels en Ouganda, David Kato, a été poignardé à mort à son domicile, après la publication dans un journal de noms, photos et adresses d'homosexuels vivant en Ouganda,sous le titre: "Pendez-les!"

Les militants de la cause anti-sida disent que la loi, si elle avait été signée, aurait empêchée les gays d'avoir accès aux informations en matière de santé publique, par exemple comment se protéger du virus VIH et avoir accès aux traitements et services d'aide. 

Selon un rapport d'Amnesty International publié en juin 2013, l'homosexualité reste passible des tribunaux dans 38 des 54 pays africains, et même de la peine capitale en Mauritanie, au Soudan et en Somalie.

 

 

AFP

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