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Algérie: agenda électoral bousculé avec l'hospitalisation de Bouteflika

L'état de santé du président algérien Abdelaziz Bouteflika, ramené lundi à Paris pour un "contrôle de routine", suscite interrogations et inquiétude sur sa capacité à convoquer rapidement le corps électoral pour permettre l'élection d'un chef de l'État en avril.

Le dernier délai est le dimanche 19 janvier pour cette convocation qui doit précéder de 90 jours le scrutin, selon l'avocat Mokrane Aït-Larbi. La presse avait jusque-là retenu le vendredi 17, tel qu'indiqué par l'agence nationale APS.

L'explication tient au fait qu'Abdelaziz Bouteflika avait entamé son troisième mandat le 19 avril 2009.

Et il n'est toujours pas rentré de Paris où il est parti lundi effectuer "un contrôle de routine", selon la présidence. Dans ce communiqué diffusé mardi par l'APS, il était aussi précisé que son état de santé s'améliore "sûrement" et de "façon progressive". 

M. Bouteflika a passé 80 jours en France à partir du 27 avril 2013 pour les suites d'un AVC, d'abord au Val-de-Grâce puis à l'Institution nationale des Invalides, spécialisée dans la prise en charge notamment du grand handicap. Déjà hospitalisé à Paris en 2005 pour un ulcère hémorragique de l'estomac, il avait alors déclaré avoir survécu "miraculeusement".

M. Bouteflika, 76 ans et 14 ans de présidence, n'a toujours pas annoncé s'il comptait ou pas se présenter pour un 4e mandat, un suspense qui bloque le processus politique alors qu'une quinzaine de personnalités ont déjà annoncé leur candidature.

Sa nouvelle hospitalisation "prouve encore une fois son incapacité à accomplir le minimum de ses fonctions et conforte ceux qui appellent à la déclaration de l'état d'empêchement, comme le stipule l'article 88 de la Constitution", affirme Atmane Mazouz, porte-parole du parti du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, opposition laïque).

Cet article avait été invoqué avec insistance dès avril, mais il nécessite deux-tiers des voix du Parlement pour être adopté. Le Parlement étant dominé par le Front de Libération nationale (FLN, 221 sièges sur 462), le parti de M. Bouteflika qui l'a déjà désigné comme candidat à la prochaine présidentielle, l'empêchement n'a aucune chance de passer.

 

"Inimaginable qu'il se présente"

"Il est inimaginable qu'il se présente. Tout le monde sait qu'il est malade", s'est insurgé jeudi Abderrazak Makri, chef du Mouvement social pour la Paix (MSP, opposition proche des Frères musulmans), dans une déclaration à l'AFP.

"Les gens ne parlent que de sa maladie, alors qu'ailleurs les gens parlent de l'action d'un président, de son bilan", poursuit-il.

En fait, juge un expert des méandres de la politique algérienne, tout vise à préparer Bouteflika à un 4e mandat. "Nous sommes dans une démarche de politique de la terre brûlée mais sans la violence", juge-t-il.

"Bouteflika est parti en France se faire faire un certificat médical qui rend caduques toutes les autres velléités politiques", affirme cet observateur qui a requis l'anonymat.

Car, souligne le quotidien privé arabophone El-Khabar, "la question du certificat médical va se poser de façon plus pertinente pour une raison très simple: l'état de santé du président est plus précaire. Il ne peut même pas faire entendre sa voix ou se mettre debout", juge le commentateur.

L'atmosphère qui règne à Alger a été croquée jeudi en une phrase dans l'éditorial du Quotidien d'Oran (privé): "Jamais nous sommes tombés aussi profond dans la futilité au point de chercher des signes dans les mouvements des paupières".

Son homologue El-Watan dénonce une période de "rumeurs" et de "spéculations". Pas plus tard que mercredi soir, une "bonne source" avait fait appeler plusieurs médias pour annoncer qu'une importante information serait diffusée dans le bulletin d'information du soir sur la chaîne de télévision nationale A3. Il ne s'est rien passé.

Le ministre de la Justice Tayeb Louh, un proche du président a tenu à rassurer mercredi: "Les préparatifs de l'élection présidentielle se déroulent normalement".

AFP

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