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Un soldat contrôle le dépouillement des votes, Le Caire, 15 janvier 2014. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany
Un soldat contrôle le dépouillement des votes, Le Caire, 15 janvier 2014. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Référendum en Egypte: le retour des militaires consacré par la nouvelle Constitution

Le texte qui était soumis à l'approbation des Egyptiens marque de facto le retour de l'armée au pouvoir.

Les 14 et 15 janvier 2014, les Egyptiens ont été invités à voter pour ou contre le projet de Constitution, soumis à référendum par le régime du général Al-Sissi. Cette consultation que d’aucuns disaient à hauts risques, a pourtant connu une participation massive des Egyptiens qui ont voulu par là traduire tout leur attachement à la démocratie et aux principes de liberté.

Ainsi, ni l’appel au boycott lancé par la confrérie des Frères musulmans, ni les menaces d’attentats proférées par ces derniers, n’ont eu raison de la détermination du peuple égyptien à prendre en main son destin. Comme le dit l’adage, on ne sait apprécier l’importance d’une chose que lorsqu’on l’a perdue. En ce sens, le peuple égyptien est plutôt bien placé pour apprécier la saveur de ce fruit qu’est la liberté, et que les 12 mois de règne des Frères musulmans avaient sérieusement confisquée.

Retour de l'armée

Cette consultation, qui prend des allures de rectification, ne pouvait que rencontrer le soutien des Egyptiens, particulièrement les femmes dont la mobilisation a été à la hauteur de leur attachement aux principes d’égalité entre tous les Egyptiens, hommes ou femmes.

Ainsi, demain, le peuple égyptien se réveillera avec une nouvelle Constitution qui, sans être parfaite, aura au moins le mérite de faire l’unanimité autour des fondamentaux d’une société humaine moderne. Une Constitution débarrassée des scories des fanatiques Frères musulmans.

Une Constitution dans laquelle la femme égyptienne retrouve sa place; une place bien mieux que celle que les islamistes lui avaient donnée. Cela dit, la nouvelle Constitution, si elle est adoptée, ouvrira de facto la voie à un retour de l’armée au pouvoir en Egypte. Une perspective qui ne semble pourtant pas contrarier outre mesure les Egyptiens, plutôt satisfaits d’échapper à l’impitoyable machine liberticide des Frères musulmans.

Même des partisans des Frères musulmans n’ont pas hésité à se rendre aux urnes et à avouer avoir donné leur voix au "oui". Le général Al Sissi à l’origine de ce compromis dynamique, pourra dès aujourd’hui se prévaloir de faire entrer le pays des pharaons dans une nouvelle ère politique et sociale. Déjà, il ne fait plus mystère de son rêve présidentiel. «Je serai candidat si le peuple me le demande et si l’armée me soutient», a-t-il déclaré.

Vieille entente

Mais on devine mal comment ce soutien pourrait lui faire défaut. Les Frères musulmans, seule force politique organisée à même de lui barrer la route, est en pleine déconfiture; il faut dire que par leur entêtement à vouloir coûte que coûte imposer au peuple égyptien un pouvoir théocratique et totalement anachronique, ils ont favorisé, sinon même rendu indispensable le retour de l’armée au pouvoir.

Pire, en adoptant les attentats et explosions comme stratégie de reconquête du pouvoir, les Frères musulmans ont validé le statut de terroriste à eux conféré par l’armée. Ce faisant, ils «remplissent désormais à peine l’œil du peuple».

Al Sissi est devenu si populaire en Egypte que même le prix Nobel de la paix, Mohamed El Baradei, ne se risquerait pas à se présenter contre lui.

En face de lui donc, «tout est maïs». Comme avant lui, Moubarak, et Anouar El Sadate, cette montée d’Al Sissi semble confirmer un accord tacite qui, depuis des lustres, lie le peuple égyptien à son armée. Mais à la différence de ses prédécesseurs, Al Sissi appartient à une génération qui fait du respect des libertés individuelles et collectives une valeur sacrée. Du reste, le Général Al Sissi n’ignore pas que ce plébiscite qu’il reçoit de ses compatriotes porte le message suivant: «Touche pas à ma liberté.»

Dieudonné Makieni

Cet article a d’abord été publié dans Le Pays

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