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Algérie: un an après l'attaque d'In Amenas, les questions des victimes

Un an après l'attaque meurtrière menée par des islamistes sur le complexe gazier d'In Amenas, des rescapés soulèvent toujours des questions sans réponse, sur la sécurité du site et l'intervention de l'armée algérienne.

L'attaque, suivie d'une prise d'otages dans cette zone à 1.300 km au sud-est d'Alger, s'était déroulée du 16 au 19 janvier 2013 et s'était soldée par la mort de 40 employés de dix nationalités et 29 assaillants du groupe des "signataires par le sang" de Mokhtar Belmokhtar.

"Nous, survivants, devons passer à autre chose, mais il y a tellement de zones d'ombre (...) que les questions reviennent", explique à l'AFP Murielle Ravey, infirmière responsable des urgences sur le site, qui avait pu fuir au sein d'un groupe au deuxième jour de l'attaque.

De passage à Paris pour la sortie de son livre "25:00 In Amenas, Histoire d'un piège", cette femme grande et mince de 47 ans s'est désormais installée "dans un coin assez reculé" d'Europe du Nord. Loin des grandes villes, dont elle veut éviter "le bruit", "la foule", sources d'angoisse, ses questions demeurent.

"Comment ce groupe, qui était très lourdement armé, a pu arriver jusqu'au site sans jamais (...) être inquiété?", demande-t-elle.

"La sécurité a péché (...) Quand une quarantaine d'hommes armés sont de l'autre côté du grillage, c'est clair que quelque chose a cloché", constate aussi Kolbjoern Kirkeboe, un Norvégien de 52 ans, chef de projet pour Statoil, qui se trouvait dans le bus pris pour cible au début de l'attaque.

Pour autant, relativise-t-il, "rares sont ceux qui auraient pu prédire une attaque de cette envergure".

La surveillance du site était confiée à l'armée algérienne. Quant à la sécurité intérieure, elle devait être assurée par les services du groupe gazier algérien Sonatrach, qui exploitait le site avec le britannique BP et le norvégien Statoil.

"Il y avait eu un relâchement dans la sécurité", estime Murielle Ravey en évoquant notamment une longue grève du personnel local. D'après elle, "des personnes avaient pu s'introduire sur le site et circuler" sans autorisation avant l'attaque, une affirmation confirmée à l'AFP par Marie-Claude Desjeux, la soeur de Yann Desjeux, un responsable sécurité et logistique tué pendant l'attaque.

Se pose donc la question d'éventuelles complicités intérieures. Un membre du commando tué pendant l'attaque avait été chauffeur sur le site.

"La sécurité nous échappe"

Dans un rapport, Statoil s'interroge sur une trop grande "dépendance à l'égard de la protection militaire algérienne". Le groupe évoque aussi une détérioration de la sécurité dans la région depuis 2011, avec la révolution libyenne et le nord du Mali devenu "un havre pour jihadistes et terroristes". L'assaut du commando se voulait d'ailleurs une riposte à l'opération militaire française Serval, lancée cinq jours plus tôt au Mali.

Plusieurs enquêtes sont en cours, en Algérie, où sont détenus les trois islamistes ayant survécu, et dans des pays dont des ressortissants figurent parmi les victimes. Le parquet de Paris a ouvert une enquête judiciaire. A Londres, le cabinet Slater and Gordon, qui représente 37 rescapés ou proches de victimes, n'exclut pas une action collective.

Une autre zone d'ombre porte sur le raid de l'armée algérienne, le 17 janvier, contre un convoi de plusieurs 4X4 mené par les assaillants pour déplacer les otages. Plusieurs d'entre eux ont alors trouvé la mort.

"Comment a été décidée cette attaque et quelles précautions ont été prises ou non pour sauver des otages?", demande Guillaume Denoix de Saint Marc, de l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT).

De son côté, Marie-Claude Desjeux ne sait toujours pas si son frère se trouvait dans ce convoi, ni où son corps, touché de neuf projectiles, a été retrouvé. "Quand on aura cette information, on saura si notre frère a été tué par les terroristes ou par des tirs de l'armée."

Murielle Ravey, elle, doit composer avec ses souvenirs. Quelques jours avant l'attaque, Paul Morgan, chef d'un service de logistique et de sécurité, "était venu me dire au revoir", raconte-t-elle. "Il m'a dit +je ne reviendrai plus ici. La sécurité nous échappe complètement, je ne contrôle plus rien+". Mort dans l'attaque, "il ne peut plus témoigner".

AFP

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