mis à jour le

Un habitant de Hargeisa célèbre les 22 ans de la déclaration d'indépendance du Somaliland. REUTERS/Feisal Omar
Un habitant de Hargeisa célèbre les 22 ans de la déclaration d'indépendance du Somaliland. REUTERS/Feisal Omar

Somaliland: le serpent de mer de l'indépendance

Autonome de fait, cette région du nord de la Somalie réclame depuis 22 ans la reconnaissance de sa souveraineté par la communauté internationale.

Proclamée en 1960, 1991, 1993, 1997 et 2001, l’indépendance du Somaliland demeure une fiction juridique. Etat de facto au sein d’un Etat failli, cet ancien dominion britannique affiche une stabilité en parfait décalage avec l’agitation entretenue par les groupes factieux du sud de la Somalie. Pourtant, les séparatistes du Nord peinent encore à faire reconnaître la souveraineté de leur territoire.

Depuis 1991 et la chute du dictateur somalien Siad Barre, la République du Somaliland est parvenue à se doter de tous les attributs d'un Etat. Alors même que Mogadiscio peinait à assurer la stabilité de ses institutions politiques et devait délocaliser le scrutin présidentiel de 2004 dans la capitale kényane de Nairobi, les nordistes organisaient des premières élections libres en 2005, dans le calme.

Désarticulé par les clans et défié par les shebabs, le pouvoir central somalien est aussi engoncé dans la dualité de son histoire coloniale qui est à la source du séparatisme du Somaliland. Divisée entre une partie anglaise et italienne au lendemain de la conférence de Berlin, la Somalie connut un développement administratif à deux faces. Alors que la Grande-Bretagne se contenta de profiter de la situation géographique stratégique du nord, l’autoritarisme dont fit preuve Rome désorganisa la Somalia Italiana, au sud.

A l’indépendance, acquise par les deux entités en 1960, des mois de négociations débouchèrent sur l’unification. Un Etat centralisateur vit le jour à la faveur du référendum constitutionnel de 1961 au cours duquel, les nordistes, favorablent à un Etat fédéral mais moins nombreux, subirent la loi du nombre. Puis celle de la dictature militaire de Mohamed Siad Barré qui s’empara du pouvoir en octobre 1969.

Proche des Soviétiques, et membre de la Ligue arabe à partir de 1974, la Somalie du général fut livrée à ses ambitions expansionnistes. Le concept de Grande Somalie qui avait contribué à réunir le Nord et le Sud, justifia l’attaque de l’Ogaden éthiopien en 1979, cédé par les britanniques à Addis Abeba au mitan des années 1940.

Défait par l’armée soviétique, qui avait pris le parti de l’Ethiopie, le pouvoir somalien fut mis à mal, dans la foulée, par le Mouvement national somalilandais (MNS) fondé en 1982. Aidé par l’Ethiopie, le MNS prenait la capitale du Somaliland, Hargeisa, en 1988. Un soulèvement réprimé dans le sang par Siad Barré dont l’aviation fit 50.000 morts et près de 250.000 réfugiés.

A l’abîme de la guerre civile, succéda les chaos. Le Somaliland parvint, à se préserver des luttes de clans qui cisaillaient les bases de la Somalie, mais ajouta un problème à l’équation complexe que Mogadiscio peinait déjà à résoudre. Les appels du Somaliland pour plus d'autonomie restèrent vains.

Aujourd’hui, pourtant, les sécessionnistes, pensent  que leur cause pourrait être entendue, en dépit de la résistance d’un pouvoir central rompu à l’épreuve de force et des réticences de l’Union africaine. Pour le ministre des Affaires étrangères, Yonis Bihi, cité par The Economist, l’indépendance «pourrait se produire bientôt».

Un tel optimisme est fondé dans l’autonomie économique grandissante dont jouit le Somaliland. Hargeisa a en effet remis une licence d’exploration pétrolière au groupe anglo-turc Genel Energy et espère signer un contrat juteux «d'une valeur de plusieurs centaines de millions [de dollars]» avec «l'un des meilleurs opérateurs portuaires du monde» pour développer le port de Berbera, selon Jason McCue, avocat des droits de l'homme qui fait campagne pour l’indépendance.

Qui dirige la Somalie ? Crédit : BBC
Lu sur The Economist

Servan Le Janne

Servan Le Janne est journaliste à Slate Afrique.

Ses derniers articles: Ces conflits dont plus personne ne parle  Les Libyens veulent l'argent qu'on leur a volé  Ça ne va pas être possible, c'est une ville privée 

divisions

AFP

Afrique du Sud: Zuma tente de faire taire les divisions

Afrique du Sud: Zuma tente de faire taire les divisions

AFP

Afrique du Sud: Zuma reconnaît que les divisions minent l'ANC

Afrique du Sud: Zuma reconnaît que les divisions minent l'ANC

AFP

Nigeria: ferveur et divisions autour du "tombeau des saints"

Nigeria: ferveur et divisions autour du "tombeau des saints"

indépendance

Emplois fictifs

Imposteurs dans la police sud-soudanaise

Imposteurs dans la police sud-soudanaise

Actualités

Le Soudan du Sud depuis son indépendance

Le Soudan du Sud depuis son indépendance

Leila Assam - Lemag

Algérie : «Ni fête, ni indépendance mais 51 ans d’exploitation», crient les manifestants

Algérie : «Ni fête, ni indépendance mais 51 ans d’exploitation», crient les manifestants

pétrole

AFP

Nigeria: Saisie de la luxueuse propriété d'une ex-ministre du Pétrole

Nigeria: Saisie de la luxueuse propriété d'une ex-ministre du Pétrole

AFP

Nigeria: l'ex-ministre du Pétrole embourbée dans des affaires de corruption

Nigeria: l'ex-ministre du Pétrole embourbée dans des affaires de corruption

AFP

Nigeria: la justice confisque une luxueuse propriété

Nigeria: la justice confisque une luxueuse propriété