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Au Soudan du Sud, la traversée de marais mortels pour fuir les combats

A la recherche du moindre centimètre carré d'ombre, dans la bourgade sud-soudanaise de Minkammen, des dizaines de milliers de réfugiés se reposent, les tirs de la ligne de front en bruit de fond. La plupart ont traversé les marais mortels du Nil Blanc pour échapper aux combats.

"Ils avaient des mitrailleuses installées sur un banc de sable, ils tiraient et tiraient alors que nous nagions", confie Gabriel Bol, éleveur de bétail, en référence aux forces rebelles alliées à l'ex-vice président Riek Machar. "Les balles frappaient l'eau, mais nous ne pouvions pas nous arrêter, sinon ils nous touchaient".

Comme des milliers d'autres, Gabriel Bol et ses quatre jeunes enfants ont préféré risquer la traversée du Nil Blanc, infesté de crocodiles, plutôt que de rester à Bor, la capitale de l'Etat du Jonglei (est). La ville stratégique, actuellement tenue par les rebelles, a changé trois fois de mains depuis trois semaines.

Selon l'ONU, quelque 80.000 personnes ont fui la région.

"Beaucoup ont été tués dans l'eau", poursuit Gabriel Bol en attendant de recevoir de la nourriture et des couvertures distribuées par des agences humanitaires comme la Fédération internationale de la Croix rouge et du Croissant rouge ou Oxfam. "Nous avons flotté en suivant le courant (...) puis nous avons traversé, nageant d'île en île pour nous échapper".

"Nous sommes venus, dit-il, avec les habits qui nous portions, rien de plus".

Des milliers de civils épuisés s'entassent désormais dans le petit village de pêcheurs de Minkammen, situé à quelque 25 km au sud-ouest de Bor et jusqu'ici simple bourgade faite de huttes de chaume. Des enfants se rafraîchissent de la chaleur écrasante en plongeant dans le Nil, leurs mères cuisinent les céréales distribuées.

Villages incendiés

Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, est ravagé par les combats depuis le 15 décembre.

Les affrontements ont d'abord opposé des unités de l'armée loyales au président sud-soudanais Salva Kiir et d'autres fidèles à l'ex-vice président Riek Machar, limogé en juillet. Puis les combats ont dégénéré, la rébellion menée par M. Machar fédérant désormais une alliance hétéroclite et plus ou moins stable de commandants de l'armée mutins et de milices ethniques.

Les rebelles "ont tout pillé dans la ville, beaucoup ont été tués dans les combats", raconte à son tour Samuel Chiek Aler, un prêtre de Bor, installé à l'ombre d'un arbre.

Pour certains, comme Ntanwut Bior, une grand-mère, les combats sont encore pire qu'en 1991, année pourtant de l'un des pires massacres de l'histoire sud-soudanaise. Bien avant la partition du Soudan (2011), en pleine guerre civile entre les forces de Khartoum et les sudistes indépendantistes, une scission au sein des forces rebelles avait débouché sur un carnage à Bor.

"Ils ont tué nos familles, ils ont tué nos gens, ils ont brûlé nos maisons, ils ont brûlé nos champs", énumère Ntanwut Bior, originaire d'un petit village en périphérie de Bor, elle aussi en référence aux rebelles pro-Machar. Au moins en 1991 "nous n'avons pas dû quitter nos maisons".

Certains ont aussi traversé le Nil Blanc à bateau, voyageant de nuit et se laissant parfois dériver, moteur coupé, pour passer la ligne de front et éviter d'être pris pour cible par les forces gouvernementales ou les rebelles.

"Nous avons réussi à traverser par bateau, avec une centaine d'autres personnes", raconte John Kur à l'ombre d'un arbre où il a installé pour lui et sa famille un tapis en plastique entouré d'une moustiquaire suspendue à des branches. "D'autres bateaux se sont fait tirer dessus".

Depuis la capitale sud-soudanaise Juba, Toby Lanzer, le chef des opérations humanitaires de l'ONU souligne que ce petit village transformé en camp de réfugiés "est le plus grand site de déplacés".

Sur place, les travailleurs humanitaires creusent des latrines, distribuent de l'eau, tentent de maintenir les réfugiés en aussi bonne santé que possible.

"Nous installons un système pour chlorer l'eau, pour qu'elle soit potable", explique Lam Jordan, d'Oxfam.

Même s'ils sont encore proches de la zone de combats, les réfugiés semblent se détendre, confiants dans la capacité des larges marais à les protéger du conflit.

"Le fleuve est une bonne frontière, mais le conflit n'est pas loin", dit John Parach, coordinateur local pour l'agence humanitaire gouvernementale.

Mais les réfugiés sont amers. "Je ne rentrerai jamais", confie notamment Gabriel Bol. "Même s'ils signent un accord de paix, je ne peux pas leur faire confiance, après ce que je les ai vu faire".

AFP

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