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Soudan du Sud: faut-il pactiser avec le diable pour trouver une solution?

Le conflit fratricide sud-soudanais a surtout besoin de solutions politiques bien négociées. Et c'est pas gagné!

Les négociations pour un cessez-le-feu entre protagonistes sud-soudanais, qui ont eu du mal à démarrer à Addis-Abeba, ont connu une petite avancée sur les modalités du dialogue. Cependant, aussitôt entamées, elles ont achoppé sur un point majeur: la libération d’une dizaine de prisonniers politiques, réclamée et posée comme condition sine qua non pour la poursuite des négociations par le camp de la rébellion de Riek Machar, mais dont la partie gouvernementale ne veut pas entendre parler.

Obstination

Ce point de divergence est, à l’heure actuelle, le nœud gordien de ces négociations qui connaissent un blocage sérieux au point que l’équipe de médiation a dû faire un break pour effectuer un déplacement dare dare à Juba en vue de convaincre le président Salva Kiir d’accéder à cette requête pour permettre aux négociations d’avancer.

Pour le moment, chacun campe sur sa position et personne ne veut se résoudre à lâcher du lest. Cette intransigeance dans les deux camps est guidée par le fait que chacun espère être en position de force sur le terrain.

Dans ce jeu de dupes, si les soutiens de Machar restent un mystère, Salva Kiir, quant à lui, a bénéficié de la visite du voisin Béchir venu négocier avec lui des conditions pour sécuriser les champs de pétrole dans l’intérêt des deux parties car, autant Béchir ne peut se passer de la manne pétrolière du Soudan du Sud, autant Juba a besoin des ports maritimes du Nord. Et même si son ennemi d’hier ne le porte pas vraiment dans son cœur et qu’il est clair que Béchir agit pour ses intérêts, Salva Kiir tire un certain avantage de cette médiation, étant donné que Béchir était vu comme un parrain potentiel de son adversaire avec qui il avait d’ailleurs pactisé par le passé.

D’un autre côté, l’Ouganda, que la partie rebelle accuse de soutien actif et avéré à Salva Kiir sur les champs de bataille avec des hélicoptères de combat, malgré ses dénégations, peut s’avérer un soutien déterminant dans l’issue de ces affrontements.

Flou

Fort de tous ces soutiens, Salva Kiir n’est pas prêt à des concessions même sous la pression de la communauté internationale car l’évolution des événements est en sa faveur, du moins pour l’instant. Mais au-delà de ces négociations dont l’issue est pour le moment incertaine, c’est l’avenir même de ce jeune Etat qui est dangereusement menacé. Et les différents protagonistes devraient en prendre conscience et mettre de l’eau dans leur vin, car, à l’analyse, ils sont tous blâmables.

D’une part, Riek Machar, pour avoir déclenché les hostilités contre son président qui a l’excuse d’être tout droit sorti du maquis pour diriger, sans aucune expérience, un Etat qui vient d’accéder à l’indépendance, et d’autre part Salva Kiir, qui doit se débarrasser de ses oripeaux de maquisard, pour instaurer une gouvernance plus vertueuse et cela en revêtant la tenue de démocrate. Et si par extraordinaire, c’est Béchir qui parvenait à sauver le trône de Salva Kiir, cela pourrait avoir des conséquences énormes sur les relations entre ces deux nations, étant entendu que le second se sentirait beaucoup redevable au premier qui n’a jamais accepté de gaieté de cœur l’indépendance du Soudan du sud. Le prix à payer pourrait alors être trop lourd pour Juba quand la crise sera passée.

En tout état de cause, à l’étape actuelle, on est dans l’impasse totale, et ce qui importe le plus, c’est de sortir d’abord de cette situation. Et quelle que soit l’issue des combats, ce conflit fratricide a surtout besoin de solutions politiques bien négociées pour une paix durable dans ce pays. Autrement, les mêmes causes risquent de reproduire les mêmes effets.

Outélé Keita

Cet article a d’abord été publié dans Le Pays

Le Pays

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