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Centrafrique: Mercia, 2 ans, rescapée de la crise en attente d'adoption

De ses petits pas mal assurés, Mercia, 2 ans, vient s'agripper de justesse à la robe de Pierrette, directrice d'un petit orphelinat de Bangui perdu au milieu des tôles et de la poussière: la vieille dame accueille ici des enfants de tous âges, victimes collatérales du conflit centrafricain dont certains sont en attente d'adoption.

"Il n'y a personne sur qui compter (...) Les parents, sauvez nous", chantent en coeur une trentaine d'enfants aux visiteurs, survivants d'une crise sans précédent qui n'a pas épargné les plus jeunes.

Parmi eux, Mercia, le regard un peu perdu, ne se souvient sans doute pas des bras de sa future maman adoptive, Laure, qui l'attend à 5.000 Km de là.

"J'ai pu la voir lors d'un seul séjour à Bangui en octobre", explique Laure, 37 ans, jointe par téléphone, et qui parle déjà de Mercia comme de "sa fille".

Cette future mère célibataire sait que dans un pays comme la Centrafrique, "la procédure sera longue, peut-être que l'on peut espérer qu'elle soit là en 2014, mais l'essentiel, c'est qu'elle arrive un jour".

Née de père inconnu et d'une mère prostituée qui a "disparu", la petite fille est loin d'être complètement tirée d'affaire: aux violences qui frappent quotidiennement la ville s'ajoute désormais une grave crise alimentaire qui touche ou a touché la plupart de ses petits camarades d'infortune.

"La petite Omega par exemple, son père a été égorgé, sa mère est devenue folle", explique Pierrette en caressant la tête d'une autre enfant blottie contre elle, avant de raconter l'histoire d'un petit pensionnaire de trois ans qui "pesait 4 kilos en arrivant ici".

Derrière la maison, un autre petit bâtiment suintant d'humidité abrite quelques lits pour les plus grands. Au dessus de l'un d'entre eux est accrochée une perfusion vide : "Un des enfants était malade hier, j'ai fait avec ce que j'avais, heureusement il va un peu mieux", explique la directrice.

Dans la petite cour d'une maison délabrée, Pierrette fait ce qu'elle peut, mais sans financements, sans médicaments, tout est difficile, sans compter "le monde extérieur" où règne le chaos. Quelques jours plus tôt, trois balles perdues tombaient dans l'enceinte du bâtiment, heureusement sans faire de victimes.

"Quand c'est comme ça, que ça tire, on ne peut rien faire d'autre que prier avec les enfants", raconte la vieille dame sans jamais cesser de sourire.

Ne pas mélanger adoption et humanitaire

Non loin de cette ambiance familiale où résonnent toute la journée les chants des gamins, des anti-balakas, miliciens luttant contre le pouvoir en place, errent, armes au poing. L'un d'entre eux regarde attentivement passer les véhicules, la main cramponnée à un fusil d'assaut Famas mal dissimulé sous son imperméable.

Pendant ce temps en France, Laure passe son temps au téléphone et sur internet, multipliant les contacts avec des humanitaires et des journalistes présents sur place afin d'avoir des nouvelles de l'enfant promis.

Pour l'instant, la future maman se démène pour trouver un visa et faire avancer la procédure complexe qu'elle a engagée, même si elle est loin d'en voir le bout, en particulier dans un pays en guerre où il est extrêmement difficile de mener les enquêtes préliminaires aux adoptions.

"Le mélange entre adoption et humanitaire n'est jamais une solution à envisager", affirme pour sa part le Mouvement pour l'adoption sans frontières (MASF) dans un communiqué récent.

"L'adoptabilité réelle des enfants" est difficile à vérifier et "il est malheureusement fréquent, dans les situations de conflit ou d'urgence humanitaire, de voir des tentatives d'adoption engagées au mépris des règles les plus élémentaires du droit international de l'enfant", ajoute le texte.

Laure reste toutefois confiante: "J'espère pouvoir revenir en mars. Je suis terriblement inquiète parce que je sais que la vie de ces enfants tient à un fil", explique-t-elle, espérant que les violences épargnent la petite Mercia.

 

 

AFP

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