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Une manifestation contre Areva à Niamey. Boureima HAMA / AFP
Une manifestation contre Areva à Niamey. Boureima HAMA / AFP

Bataille de chiffres en terrain miné entre Areva et le Niger

Aux difficiles négociations entre Areva et le Niger sur l'exploitation de l'uranium s'ajoutent des accusations de mise en danger de la santé des populations.

C'est une lutte à couteaux tirés que se livrent actuellement le géant de l’énergie français Areva et l’Etat nigérien. Engagés dans une renégociation des contrats miniers qui sont arrivés à échéance le 31 janvier 2013, les deux parties campent sur leurs positions dans un climat dont l’âpreté contraste avec l’apparente amabilité des relations franco-nigériennes. Mais, après presque un an de tractations, ce sont les marchés financiers qui pourraient bien arbitrer ce match en faveur d’Areva.

C’est du moins ce qu’a laissé entendre le ministre des Affaires étrangères nigérien, Mohamed Bazoum, en constatant que «le cours de l'uranium a baissé sur le marché, ajoutant que cela peut amener [le gouvernement] à écouter les arguments d'Areva quand elle dit que [si le Niger met en œuvre] “la fiscalité de 2006, financièrement les sociétés ne vont pas tenir, on va les fermer.”»

Présent sur le site d’Arlit depuis 1965, le groupe nucléaire Areva avait été mis sous pression par le nouveau code minier publié en 2006 qui prévoit un alourdissement des impôts, taxes et redevances minières, et par la promesse de campagne du président Mahamadou Issoufou, élu en 2011, de revoir à la hausse les retombées pécuniaires de l’exploitation de l’uranium pour le peuple nigérien.

Areva, qui souhaite conserver certaines exonérations fiscales a fait l’objet de nombreuses critiques des milieux syndicaux nigériens et de l’association internationale Oxfam qui indique dans un récent rapport que l'uranium, qui représente 70% des exportations du pays, ne participe qu'à 5,8% de son Produit intérieur brut (PIB). L’ONG recommande aussi au gouvernement français, actionnaire majoritaire d’Areva, de «garantir la transparence et l’équité de cette renégociation».

De son côté, le groupe, qui nie les chiffres d’Oxfam, soutient que le Niger a perçu 871 millions d'euros, soit 85% des revenus directs; Areva, 129 millions d'euros, soit 13%; et que 24 millions d'euros sont allés aux partenaires directs étrangers, soit 2%.

«Il y a 150 millions d'euros d'achats par an, plus de 100 millions de retombées fiscales», s’est défendu une porte-parole du groupe au magazine français L’Express, vantant «un partenariat gagnant-gagnant».

En attendant de trouver une issue aux négociations, Areva a fermé les sites d’exploitation, officiellement pour y effectuer des opérations de maintenance. Mais la manœuvre, associée au report de la construction de la mine d’Imouraren pour fin 2014, pourrait également être utilisée afin de peser sur Niamey. Un tel retard est dû à «des raisons de sécurité» note-t-on du côté d’Areva, qui rappelle que sept employés du site d’Arlit avaient été enlevés en septembre 2010. L'extension de la coopération militaire française avec le Niger pourrait aussi être mise dans la balance.

Sur le terrain, l’association britannique Sci Dev Net a constaté qu’en dépit du gisement d’emplois qu’offrait le groupe français, la population se plaignait des externalités négatives de l’extraction d’uranium. En cause, l’incapacité d’Areva à protéger les locaux des résidus radioactifs, et sa propension à capter une partie considérable de l’eau potable. «Il est plus facile d’obtenir de l’essence de contrebande venant d’Algérie que de l’eau à Arlit», s’inquiète Sci Dev Net.

Alors que l'association environnemntale Greenpeace avait relevé des degrés de radioactivité supérieurs aux normes de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le groupe, par la voie de son responsable de la communication, Christian Noyer, dément:

«Lorsqu’on fait des prélèvements, les calculs montrent qu’on est en deçà des normes réglementaires et on est aussi très en deçà des niveaux à partir desquels il peut y avoir l’apparition de pathologies.»

Slate Afrique

Servan Le Janne

Servan Le Janne est journaliste à Slate Afrique.

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