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Nigeria: le président, affaibli, pressé de s'exprimer sur ses intentions

Au Nigeria, le président Goodluck Jonathan, confronté à une crise politique sans précédent, laisse planer le doute sur sa candidature à sa propre succession, l'an prochain, alors que certains le disent déjà mort politiquement.

Chacun se demande si le chef d'Etat de 56 ans a la capacité de rebondir avant les élections générales de 2015 ou si le Parti démocratique populaire (PDP), au pouvoir depuis la fin des dictatures militaires, en 1999, risque de connaître sa première défaite.

Le mois dernier, l'ancien dirigeant du Nigeria entre 1999 et 2007, Olusegun Obasanjo, a tiré la sonnette d'alarme et exhorté M. Jonathan à ne pas se représenter à la présidentielle de 2015.

Dans une lettre ouverte de 18 pages, il a accusé le président d'être resté impuissant face à la corruption, au vol de pétrole organisé dans le premier producteur de brut d'Afrique et aux graves problèmes de sécurité. Il est allé jusqu'à l'accuser de former une milice privée pour faire assassiner ses rivaux politiques.

Outre son ancien allié Obasanjo, le président a perdu de nombreux soutiens politiques ces dernières semaines.

Cinq influents gouverneurs d'Etats ont rallié le Congrès des progressistes (APC), principal parti d'opposition, le mois dernier, suivis la semaine dernière par 37 députés du PDP, faisant perdre au parti présidentiel sa majorité absolue au parlement.

Au Sénat, d'autres membres du PDP pourraient aussi basculer dans l'opposition, au moment où les partis commencent à s'organiser en vue du scrutin de 2015.

M. Jonathan "est un président très affaibli à l'heure actuelle", estime Clement Nwankwo, directeur du centre de réflexion et de recherche Policy and Legal Advocacy Centre, à Abuja. "Il est en position d'échec et il a beaucoup à faire s'il veut regagner le soutien de l'opinion publique", ajoute-t-il. 

Pour le commentateur politique Dapo Thomas, il est temps pour M. Jonathan de choisir s'il veut servir son parti ou se concentrer sur ses propres ambitions politiques. "Il doit lâcher un des deux et permettre aux mécanismes du parti d'opérer librement", pense le professeur de l'université de l'Etat de Lagos.

Chrétien originaire du Sud, le vice-président Jonnathan est parvenu au pouvoir en 2010 à la mort subite de son prédécesseur, Umar Musa Yar'Adua, un musulman du Nord qui n'avait pas servi trois ans.

Querelles intestines

Vainqueur de la présidentielle de 2011, M. Jonathan n'a pas encore annoncé s'il serait candidat en 2015. Mais s'il se représentait, il violerait une règle tacite du PDP voulant qu'après un chrétien du Sud, ce soit au tour d'un musulman du Nord de se présenter.

Les deux religions englobent chacune à peu près la moitié des 170 millions d'habitants du pays le plus peuplé d'Afrique et sont un facteur de division.

Officiellement, on reproche au président de ne pas avoir oeuvré au développement, notamment en matière d'infrastructures, et de ne pas  venir à bout de l'insurrection islamiste de Boko Haram qui a fait des milliers de morts dans le Nord.

Mais le scrutin de 2015 est en fait au coeur des querelles intestines qui déchirent le PDP depuis plusieurs mois.

Au sein du parti, on refuse de considérer que la crise actuelle a causé des dommages irréversibles.

Les défections récentes ne sont qu'un exemple de l'exercice de la démocratie, minimise Olisah Metuh, responsable de la communication du PDP, alors que les opposants de l'APC y voient déjà le signe d'un changement de rapport de forces.

Pour M. Nwankwo, le politologue, si ces défections ont donné plus de poids à l'opposition, elles ne sont pas pour autant une garantie de succès aux prochaines élections et le président peut encore jouer de son pouvoir pour attirer au PDP de nouveaux soutiens.

Mais il est possible que M. Jonathan ait à laisser la place à un autre candidat s'il veut laisser à son parti une chance de gagner, ajoute-t-il.

Pour l'analyste Thomas, plus le président tarde à aborder la question de sa candidature, plus les dommages seront importants pour le PDP. M. Jonathan doit s'engager à ne pas se représenter et "il devrait le faire maintenant pour sauver le parti" dont le déclin va se poursuivre, avertit-il, estimant que "les défections vont continuer aussi longtemps que ce désenchantement persiste".

 

AFP

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