mis à jour le

André Ayew avec l'OM, le 27 février 2011. REUTERS/Vincent Kessler
André Ayew avec l'OM, le 27 février 2011. REUTERS/Vincent Kessler

Le clan Ayew, une dynastie de footballeurs

Chez les Ayew, on est footballeur professionnel de père en fils. L'ancien international ghanéen Abedi Pelé doit apprécier la réussite familiale. Ses deux derniers enfants, André et Jordan, font notamment beaucoup parler à Marseille.

Mise à jour du 6 février: Grâce à un but d'André Ayew, le Ghana a battu, hier, la Tunisie et s'est qualifié pour les demi-finales (2-1). Les Black Stars affronteront les Zambiens dans le dernier carré de la compétition.

***

Mise du 16 décembre: le joueur ghanéen de l’Olympique de Marseille André Ayew a été nommé joueur de football africain de l’année 2011 de la BBC. Il devance Yaya Touré, Gervinho, Samuel Eto’o et Seydou Keita.

***

Mise à jour du 7 novembre: La famille Ayew a joué a un rôle clé dans la victoire de l'OM sur Nice, le 6 novembre (2-0). Jordan a marqué le premier but (72e) et André a provoqué le penalty transformé par Loïc Rémy dans les arrêts de jeu.

***

D’ordinaire, se faire un nom est le premier objectif des jeunes talents du football. Mais parfois, certains grillent cette étape. Parce qu’ils sont «fils de», «frère de», ou «cousin de», la lumière est déjà sur eux. Et on les attend au tournant. Dès lors, le but est de se faire un prénom, de dépasser la célébrité de son aîné. Ce défi, relevé avec succès par quelques-uns, sclérose les carrières de beaucoup d’autres.

Chez les Ayew, on se range plutôt dans la première catégorie. Au jeu des 7 familles, les Ghanéens Kwame, Jordan et compagnie sont presque imbattables. Dans la lignée du patriarche Abedi, ils sont cinq à avoir chaussé les crampons du haut niveau, avec des fortunes diverses.

Abedi Pelé, l’illustre guide

Abedi Pelé, le 19 janvier 2008. REUTERS/Bruno Domingo

Paradoxalement, l’initiateur de la dynastie Ayew est connu sous un autre patronyme. Abedi Pelé, de son vrai nom Abedi Ayew, est une figure du football africain. De Domé, son village natal dans le nord d’Accra (la capitale ghanéenne), à Marseille, le virevoltant milieu de terrain offensif a charmé les amateurs de beau jeu.

Né en 1962, le petit Abedi s’éveille au ballon rond dans la rue. Rapidement reconnu comme l’un des meilleurs potentiels nationaux, ce joueur de poche (1 m 73) au toucher de balle soyeux est âgé d’à peine 19 ans quand il est convoqué avec le Ghana pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 1982, disputée en Côte d’Ivoire. Les Black Stars, surnom des joueurs ghanéens, remportent le trophée face à la Libye aux tirs au but. Le jeune homme, entré en cours de finale, écrit la première ligne d’un palmarès amené à en compter d’autres.

Abedi Ayew prend alors le nom d’Abedi Pelé en hommage au célèbre Brésilien et parce que son jeu rappelle celui du «joueur du XXe siècle». Sous ce nom, il s’inscrit dans la liste des premiers footballeurs africains connus en Europe, tels que le Camerounais Roger Milla ou les Algériens Mustapha Dahleb et Rabah Madjer.

Après le Qatar, la Suisse et le Bénin, Abedi Pelé rejoint la France en 1986. Une terre où il va connaître ses plus grands succès avec la machine Olympique de Marseille de Bernard Tapie. Sous le maillot des Ciel et Blanc, le Ghanéen glane trois fois le Ballon d’Or africain entre 1990 et 1992, ainsi que trois championnats de France. Mais surtout, en plus de ravir le Stade Vélodrome de ses dribbles chaloupés, il accède à la postérité en donnant à Basile Boli le but du sacre marseillais en finale de Ligue des champions 1993 contre l’AC Milan (1-0) à Munich.

Retraité depuis 2000, le meilleur buteur de l’histoire du Ghana (33 buts) a été cité, en 2004, dans la FIFA 100, une liste des 125 joueurs les plus exceptionnels et les plus talentueux de leur génération. Une liste composée à l’occasion du centenaire de la Fifa par un certain… Pelé. En 2007, Abedi Pelé a connu des heures difficiles: il fut accusé de corruption après que le club dont il est le président-fondateur, le FC Nania, a remporté un match sur le score de… 31-0!

Et depuis peu, Abedi Pelé observe avec attention l’émergence de ses fils Rahim, André et Jordan.

Kwame Ayew, le frère de l’ombre

Moins connu que son grand frère Abedi, Kwame Ayew n’en a pas moins eu une carrière plutôt honorable. Né en 1973, Kwame s’est illustré au poste d’attaquant. Après s’être essayé au championnat de France du côté de Metz, puis en Arabie saoudite et en Italie, il prend la direction du Portugal en 1995.

Au sein de l’élite lusitanienne, ses talents de buteur se révèlent avec plus d’évidence, surtout lors de son passage à Boavista, club pour lequel il score 31 buts en deux saisons. Parallèlement, Kwame porte aussi le maillot de la sélection ghanéenne, avec parcimonie.

Son principal fait d’armes remonte à l’été 1992: il fait partie de l’équipe médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Barcelone. Un titre dont lui peut se targuer, au contraire d’Abedi Pelé, trop âgé pour disputer ces olympiades! Jusqu’en 2000, Kwame marque 9 buts en 25 sélections pour son pays, dont certaines sous la coupe de son frangin devenu capitaine.

Par la suite, Kwame Ayew connaît une fin de carrière plus modeste, avec des escapades en Chine et en Turquie. Retiré des terrains depuis 2007, l’ancien attaquant s’est reconverti dans la religion. Il a fondé, en 2010, une église évangéliste au Ghana. Il est aussi un fervent militant des causes luttant contre la pauvreté.

Abedi et Kwame ont un autre frère, Sola Ayew, également footballeur. Quasi inconnu du grand public, ce dernier a vu sa carrière se limiter aux frontières ghanéennes.

Rashim Ayew, l’aîné d’Abedi

Fils aîné d’Abedi Pelé, Ibrahim Ayew, plus connu sous le nom de Rashim Ayew, est le premier à perpétuer la tradition familiale. Après son père et ses oncles, il amorce la nouvelle génération des Ayew. Rashim est né en 1988 à Tamale, au nord du Ghana. Contrairement à ses frères André et Jordan, il est le seul natif du pays.

Milieu de terrain défensif, Rashim Ayew a été formé au sein du club de papa, le FC Nania, avec lequel il a aussi effectué ses débuts professionnels. Après une brève expérience du côté du club égyptien du Zamalek SC, il rallie l’Europe et la formation belge de Lierse SK en janvier 2011.

Appelé en sélection dès 2009, il a pris part à la campagne des Black Stars durant la CAN 2010, qui a vu le Ghana échouer en finale devant l’Egypte. Présent en Afrique du Sud pour le Mondial 2010, Rashim Ayew n’en a cependant pas disputé une seconde. C’est des tribunes qu’il a assisté aux exploits de son frère André, étincelant avec le Ghana.

Rashim, motivé par la réussite de ses frères en France, espère lui aussi se faire un prénom. Conscient que ses cadets ont accédé à un niveau supérieur au sien, le plus grand des trois entend bien lui aussi faire honneur au nom qu’il porte:

«Moi aussi, je me bats ici [en Belgique] pour porter haut notre nom de famille et pour que le Ghana reste au top. Notre père a mis la barre très haut, et il sera difficile pour nous de l’égaler. Mais il sera fier si nous en sommes capables. C’est un challenge pour chacun de nous», a-t-il déclaré récemment.

André Ayew, la pépite de l’OM

André Ayew avec l'OM, le 27 février 2011. REUTERS/Vincent Kessler

Il est la nouvelle coqueluche du Stade Vélodrome. André Ayew a, il est vrai, tout pour séduire l’exigeant public olympien: il est le fils d’une légende locale, il en a hérité le talent, et il a été formé à l’OM! Le deuxième des trois fils Ayew a vu le jour en 1989 à Seclin, dans le Nord, alors que son père évoluait à Lille.

Comme son paternel, André se tourne vers le football dès son plus jeune âge, au Ghana. L’histoire s’accélère quand il rejoint l’Hexagone pour intégrer, en 2004, le centre de formation de l’Olympique de Marseille, alors présidé par Pape Diouf, le dirigeant sénégalais.

En août 2007, «Dédé» franchit un cap en faisant ses premiers pas avec l’équipe de l’OM et la sélection du Ghana, en dépit de son âge et de son inexpérience. Installé dans le groupe ghanéen de Claude Le Roy pour la CAN 2008, le milieu de terrain offensif, en quête de plus de temps de jeu, est prêté par l’OM en 2008. Une première année à Lorient, puis une seconde à Arles-Avignon en Ligue 2, jusqu’en mai  2010. Juste avant de chavirer dans un autre monde.

Titulaire avec le Ghana lors de la Coupe du monde 2010, il brille sur les terres sud-africaines. Ses performances sont telles qu’il compte parmi les trois postulants au titre de Meilleur espoir de la compétition. Une récompense qui revient finalement à l’Allemand Thomas Muller, plébiscité devant Ayew et le Mexicain Giovani Dos Santos. Mais qu’importe, la machine est lancée.

Ses récents progrès incitent Didier Deschamps, le coach marseillais, à l’incorporer dans son groupe. Et André Ayew se montre plus que digne de cette confiance, en réalisant une saison 2010-2011 époustouflante. D’entrée incontournable, il trouve le chemin des filets à onze reprises, martyrise les défenses adverses, et les supporters marseillais l’élisent Olympien de la saison. Et papa applaudit, bien sûr.

Inévitablement, le nouveau joyau de la Canebière commence à attirer les regards des grands clubs. Le Bayern Munich et les Anglais d’Arsenal notamment suivent avec beaucoup d’intérêt André Ayew, lié contractuellement à l’OM jusqu’en 2014 avec une clause de départ de 13 millions d’euros. En attendant un éventuel transfert, Marseille toute entière chérit l’enfant prodige de son ancienne idole.

Jordan Ayew, le jeune qui pousse

Jordan Ayew avec l'OM, le 16 décembre 2009. REUTERS/Stéphane Mahé

Et dans cette famille en or, voici le petit dernier, Jordan. Pour quel autre club que l’Olympique de Marseille le troisième fils d’Abedi Pelé pouvait-il jouer? Né en 1991 dans la cité phocéenne, Jordan Ayew a suivi l’exemple de son frère André. D’abord plutôt attiré par la mécanique et l’automobile, l’adolescent attrape malgré tout le virus du football et garnit à son tour les rangs des équipes de jeunes de l’OM en 2005, alors qu’il n’a que 13 ans.

Vivant mal le déracinement avec ses proches restés au Ghana, Jordan a la chance de pouvoir compter sur les conseils de son frère, dont il est très proche. C’est pourtant sans lui qu’il débute en Ligue 1 fin 2009 (André est alors prêté à Lorient). L’attaquant en devenir est même sacré champion de France 2010 avec Marseille. Un titre qu’il espère bien glaner désormais en compagnie de son aîné, avec lequel il vit.

Depuis l’éclosion marseillaise d’André, Jordan est quelque peu passé au second plan dans les esprits. Moins décisif que son frère, l’international ghanéen (encore un!) conserve cependant une marge de progression évidente. Lui qu’on présentait, il y a quelques années, comme le plus doué des deux, a tout pour suivre les traces de son père et de son frère. Et perpétuer encore et encore la dynastie Ayew.

Nicolas Bamba

 

A lire aussi, du même auteur

Amantle Montsho, la Botswanaise qui court plus vite que son ombre

A la Coupe du monde des sans-abris, les Kényans marquent les esprits

Caster Semenya, la revanche d'une femme de fer

Eto'o, le choix de l'argent

Nicolas Bamba

Nicolas Bamba est un journaliste français, attaché au thème du sport notamment. Il a collaboré avec L'Equipe et Sports.fr

Ses derniers articles: Demba Ba, dans la cour des grands  L'Algérie retrouve de l'ambition  Le portrait-robot du parfait footballeur africain 

Abedi Pelé

Football

Les 10 meilleurs joueurs africains

Les 10 meilleurs joueurs africains

CAN 2012

Ce Ghana qui déçoit

Ce Ghana qui déçoit

CAN 2012

Les dix plus grosses surprises de l'histoire de la CAN

Les dix plus grosses surprises de l'histoire de la CAN

andré ayew

sport roi

Top 10 des footballeurs à suivre

Top 10 des footballeurs à suivre

CAN 2012

Les 10 incontournables de la CAN

Les 10 incontournables de la CAN

Coupe du monde 2010

Football

Les scandales de corruption autour de la Coupe du monde 2010 ont eu raison de Blatter

Les scandales de corruption autour de la Coupe du monde 2010 ont eu raison de Blatter

Corruption à la FIFA

L'Afrique du Sud justifie les 10 millions de dollars versés à la Fifa

L'Afrique du Sud justifie les 10 millions de dollars versés à la Fifa

Coupe du monde 2010

L'Afrique du Sud également prise dans le tourbillon qui entoure la Fifa

L'Afrique du Sud également prise dans le tourbillon qui entoure la Fifa