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Egypte: les manifestants islamistes ne craignent pas les autorités

"Les Egyptiens ne connaissent pas la peur", lance dans un sourire Houeida, les cheveux couverts d'un voile bleu nuit, au bras de son mari, imposantes lunettes de soleil sur le nez. Ce vendredi, ils défilent avec leurs quatre enfants contre "le régime putschiste" en Egypte.

Comme des milliers de partisans islamistes du président Mohamed Morsi destitué par l'armée début juillet, ils ont bravé les menaces des nouvelles autorités qui ont promis de punir de cinq années de prison tout participant à une manifestation organisée par les Frères musulmans.

La confrérie du chef d'Etat déposé, longtemps cantonnée à la clandestinité, est sorti de l'ombre à la faveur de la révolte de 2011 qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak, remportant toutes les élections depuis. Mais la semaine dernière, le gouvernement l'a déclaré "organisation terroriste", plaçant de fait ses centaines de milliers de membres sous le régime d'une sévère loi anti-terrorisme.

Houeida, qui manifeste dans le quartier de Nasr City, dans l'est du Caire, ne redoute ni la prison, ni les violences. "Je préfère mourir ici en défendant la vérité que dans mon lit", dit-elle. 

Depuis le début de l'été, la répression a fait un millier de morts et des milliers d'arrestations. Vendredi encore, treize personnes sont mortes dans des heurts entre forces de sécurité et partisans de M. Morsi.

Avec son mari, Houeida ferme le cortège. Leurs quatre enfants sont devant, au milieu de bataillons de jeunes qui reprennent en coeur des slogans dénonçant pêle-mêle "le coup d'Etat militaire", les "médias égyptiens" et le général Abdel Fattah al-Sissi, le chef de la puissante armée.

"Je suis venue avec mes quatre enfants et si j'en avais eu plus, je les aurais aussi amenés", jure-t-elle. "Moi, je suis vieux déjà, mais je manifeste aujourd'hui pour les générations futures", renchérit son mari, Alaa Abou el Ala. "Nous avons vécu plus de trente sous la dictature et je veux leur éviter cela", poursuit-il, qualifiant la destitution de M. Morsi de "putsch".

Pour Sarah, 19 ans, le visage caché derrière un niqab (voile intégral, ndlr) noir, "le mur de la peur qui était à l'intérieur de nous a été cassé". "Les filles n'ont plus peur désormais", ajoute-t-elle, évoquant les arrestations musclées il y a peu de jeunes étudiantes sur le campus de l'université islamique Al-Azhar du Caire.

Autour d'elle, des centaines de manifestants brandissent la main, pouce replié et quatre doigts en l'air, en référence à la place Rabaa al-Adawiya -rabaa, signifie le quatrième en arab- où des centaines d'islamistes ont péri dans la dispersion violente de leur sit-in par la police et l'armée mi-août.

Mais dans le cortège, tous sont convaincus d'une chose: ils combattent "l'oppression" de l'armée qui a destitué M. Morsi, le "seul président légitime" et sont de ce fait "du côté de la vérité", comme le dit Manal, 50 ans. Venue avec son mari et leurs trois enfants, elle martèle derrière de coquettes lunettes de soleil qu'elle n'a "pas peur du tout".

A ce moment-là, des tirs éclatent. Les grenades de la police fusent, inondant les rues de gaz lacrymogène. Le cortège se disloque, certains commencent à suffoquer, mais quelques irréductibles poursuivent leur défilé. Sur l'avenue Mostafa Nahass, légèrement pentue, un bus fou, lancé par des manifestants qui en ont retiré le frein, dévale la rue, forçant les policiers à reculer leurs blindés et à se ruer sur les bords de la route.

Ailleurs au Caire, dans le faubourg de Maadi, dans le sud de la capitale, des policiers tirent en l'air et poursuivent les manifestants. "Faites les courir comme des poulets!", lance un officier à ses hommes. Apostrophé par un journaliste égyptien qui l'appelle à tirer à balles réelles, un membre des forces spéciales se fend d'un laconique: "non, c'est exactement ce qu'ils attendent".

AFP

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