Etienne Tshisekedi, la dernière lutte du sphinx

En s'engageant dans la présidentielle du 28 novembre en République Démocratique du Congo, l’opposant historique congolais est bien conscient qu’il mène son dernier combat politique.

Etienne Tshisekedi lors d'un meeting à Kinshasa. © REUTERS/David Lewis

Mise à jour du 23 décembre: Etienne Tshisekedi, qui s'est auto-proclamé «président élu», n'a pas pu prêter serment au stade des Martyrs comme il en avait l’intention. Empêché par la police de sortir de chez lui, il a fait son discours d'investiture à son domicile, situé dans le quartier de Limete à Kinshasa.

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Mise à jour du 9 décembre 2011: Le président sortant de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a été proclamé le 9 décembre vainqueur de l'élection présidentielle à un tour du 28 novembre, a annoncé la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Selon les résultats provisoires communiqués par le président de la Céni, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, Joseph Kabila, 40 ans, élu une première fois en 2006, l'a emporté avec 48,95 % des voix, devant l'opposant de 78 ans Etienne Tshisekedi qui a totalisé 32,33 % des suffrages. Mais son rival Etienne Tshisekedi s'est immédiatement proclamé "président élu".

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De tous les candidats en lice pour la présidentielle de novembre 2011 en République démocratique du Congo (RDC), Etienne Tshisekedi semble le plus déterminé, si l’on s’en tient à sa présence sur le terrain et à ses nombreuses sorties médiatiques.

Quand il n’accorde pas d’interview à la presse internationale, il sillonne les capitales européennes, sans doute à la recherche de soutiens dont il pense qu’ils ne seront pas de trop dans la bataille électorale qui va principalement l'opposer au président sortant, Joseph Kabila.

Sur place dans le pays, il arpente les onze provinces du Congo démocratique pour tenir des meetings qui, à chaque fois, sont d’immenses rassemblements populaires. C’était déjà le cas lors du coup d’envoi de sa campagne, le 22 avril, lorsqu’il a réuni près de 50.000 partisans au fameux stade Tata Raphaël de Kinshasa, la capitale de la RDC. C’était encore le cas, lors d’un autre meeting au stade des Martyrs, toujours à Kinshasa, où pas moins de 80.000 personnes se sont rassemblées pour applaudir leur favori.

C’est que, malgré l’âge et la maladie, Etienne Tshisekedi n’a rien perdu de sa verve. Il rêve d’écarter Kabila de la présidence et fait rêver une bonne partie des 69 millions de Congolais. Alors qu’il entre dans sa 79e année, le leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) n’entend laisser aucun répit aux onze candidats au prochain scrutin.

Il semble d’ailleurs le seul qui arrive à donner quelques sueurs froides au pouvoir de Kabila. Pourtant, avec des problèmes de santé qui l’ont contraint à s’exiler en Afrique du Sud et en Belgique fin 2007, tous ses concurrents avaient espéré s’être débarrassés de cet homme qui s’est opposé à tous les régimes en RDC, déjà depuis l’époque du tout premier Premier ministre congolais, Patrice Lumumba, au début des années 60.

La bête noire de Mobutu

La carrière d’Etienne Tshisekedi se confond avec l’histoire politique de son pays, grand comme 80 fois la Belgique. Au départ, Tshisekedi est mobutiste. Au point qu’il est l’un des rédacteurs de la Constitution congolaise de 1967 et est pendant près de vingt ans, l’un des membres les plus éminents des différents gouvernements de Mobutu Sese Seko, président de 1965 à 1997. Et bien sûr, l’un des hiérarques du Mouvement populaire de la révolution (MPR), à l’époque parti unique. Mais les relations sont tendues avec le «Maréchal» et la rupture est consommée en 1980, lorsqu’il crée sa propre formation politique, l’UDPS.

Dès lors s’engage un bras de fer avec le pouvoir autocratique de Mobutu. Tshisekedi devient la voix de tous ceux qui luttent contre la dictature dans le pays, à l’époque appelé Zaïre. Sa verve truculente, ses critiques acerbes contre le régime lui valent tantôt d’être emprisonné, tantôt de partager le pouvoir avec son pire ennemi.

Mais surtout, cela lui permet de mobiliser la communauté internationale et l’opinion publique nationale pour l’aider à apporter «le changement» dans son pays. La Conférence nationale souveraine du Zaïre, en 1992, passe par-là et Tshisekedi est pour la deuxième fois nommé Premier ministre. Celui que ses partisans appellent aujourd’hui «le Sphinx» profite ensuite de la chute de Mobutu et de la période précédant la prise de pouvoir de Laurent-Désiré Kabila en 1997, pour être Premier ministre pour la troisième fois.

Mobutu déchu, le métier d’opposant de Tshisekedi ne s’arrête pas pour autant. Il refuse d’entrer dans le gouvernement du tombeur de son ennemi de toujours. Tout comme il décline l’offre de participer au gouvernement de transition mis en place par Joseph Kabila en 2003, deux ans après l’assassinat de son père dont il a pris la succession. Il ne veut faire aucun compromis, explique-t-il alors, avec ce régime qui, selon lui, n’est en rien différent de celui du «Maréchal».

«Eternel opposant, Etienne Tshisekedi est persuadé que la démocratisation du Congo passe par lui. Il estime que, plus que jamais, son tour est venu», souligne la journaliste belge Colette Braeckman.

L’«apôtre» du changement

Etienne Tshisekedi est tellement convaincu qu’il est le seul à pouvoir instaurer une véritable démocratie dans son pays, qu’il boycotte les premières élections libres de 2006 en RDC. Pour lui, «il ne s’agissait ni plus ni moins que d'une mascarade». Certains considèrent pourtant aujourd’hui qu’il s’est agi là d’une erreur politique. Mais Tshisekedi ne regrette rien et parle même d’une «prophétie» ou d’une «grande vision politique», puisque ses mises en garde se sont avérées:

«Cette stratégie était la bonne. L’élection de Joseph Kabila a été décidée d’avance par quelques personnalités influentes au sein de la communauté internationale, et ceux qui ont cru en lui ont été profondément déçus. Aux yeux des Congolais, je reste celui qui les aura prévenus que rien de bon ne pouvait sortir de cette mascarade. J’en tire aujourd’hui profit. Je ne regrette rien», a-t-il confié en 2010, lors d’un entretien à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Seulement, l’intransigeance de Tshisekedi l’a tout de même marginalisé un temps. Sa formation politique est depuis lors exclue de toutes les instances représentatives du pays. Ce qui ne l’empêche pas de croire obstinément en ses chances pour le prochain scrutin.

«La victoire de Joseph Kabila à l’élection présidentielle est une hypothèse impossible», a-t-il lancé à ses sympathisants lors de son dernier meeting à Kinshasa.

Il espère capter les voix des électeurs déçus du régime de Kabila, ainsi que celles des militants du Mouvement pour la libération du Congo de Jean-Pierre Bemba, actuellement en détention à La Haye. Tshisekedi compte sur l’exaspération des Congolais, confrontés, entre autres problèmes, à des coupures intempestives d’eau et d’électricité.

L’échec d’une candidature unique

«On peut m’avoir oublié, mais on ne peut pas oublier ma lutte de 30 ans pour l’Etat de droit et la bonne gouvernance», a déclaré Etienne Tshisekedi en juin 2011 sur l'antenne de RFI.

Une manière, peut-être, de mieux souligner qu’il est le plus expérimenté de tous les candidats en lice pour le scrutin du 28 novembre, et donc le meilleur rempart contre un nouveau mandat de Kabila.

Même s’il est très populaire dans le pays et que sa candidature est soutenue par quelques 80 partis politiques, Tshisekedi n’a pas réussi à mobiliser toute l’opposition autour de son nom.

Il devra compter avec des adversaires tout aussi farouches que Vital Kamerhe, 52 ans. Cet ancien proche de Joseph Kabila a été président de l’Assemblée nationale avant d’entrer en dissidence en 2010. Mais il y a aussi Nzanga Mobutu, 41 ans, fils aîné de Mobutu Sese Seko. Ce dernier a fait alliance avec Kabila après les élections de 2006, puis il est entré au gouvernement comme vice-Premier ministre. Egalement dans la course, Léon kengo wa Dondo, 76 ans. Cet ancien mobutiste est, depuis 2007, le président du Sénat.

De tous ses concurrents, Tshisekedi dit qu’«ils ne sont pas depuis assez longtemps dans l’opposition pour être crédibles». De leur côté, ceux-ci reprochent à «l’éternel opposant» son culte de la personnalité. Ils estiment aussi que son parti, l’UDPS, même s’il est populaire, reste avant tout un parti «régional», localisé dans les seules provinces du Kasai et de Kinshasa.

 Autant de querelles qui risquent bien de faire le jeu du président sortant qui a l’avantage du scrutin à un tour et qui, par ailleurs, bénéficie de la complicité du président de la Commission électorale nationale indépendante, Daniel Ngoy Mulunda, dont la partialité est dénoncée par tous.

Mais tout cela ne semble pas inquiéter outre mesure Etienne Tshisekedi. Celui qui se fait appeler de manière un pompeuse par ses partisans «le combattant suprême» ou encore «Moïse», est convaincu que son heure est arrivée pour prendre les rênes du Congo.

L’un de ses plus grands atouts est de s’être opposé à tous les régimes en RDC sans jamais recourir à la violence. Et c’est peut-être en cela qu’il suscite de l’espoir chez nombre de Congolais. Mais si cet espoir est déçu, a-t-il affirmé lors d’une rencontre il y a quelques semaines avec la diaspora congolaise en Belgique, de toutes les façons, ce sera son «dernier combat».

Raoul Mbog

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6 réactions
Ce que l'article dit est
Soumis par Backdoorobserver, le 21/09/2011 à 08h12

Ce que l'article dit est vrai. Mais il oublit de dire qu'Etienne Tshisekedi fut un des premiers commissaires de Mobutu, qu'il participa a la mise en place du parti unique de Mobutu. Qu'il entra dans l'opposition le jour ou Mobutu lui refusa le poste de president de l'assemble nationale zairoise. Qu'il avait, en son temps, supporter le RCD Goma...
A democrate, democrate et demi. Etienne Tshisekedi estime que c'est son destin voulu par dieu de devenir president de la RDC. D'ailleurs, il n'est meme pas en campagne en RDC mais en Europe.
Il serait peut etre temps pour Etienne Tshisekedi et son entourage de se pencher sur la RDC, sur le quotidien des congolais dont ils n'ont aucune idee et de faire effectivement campagne dans les 11 provinces de la RDC et pas uniquement a Kinshasa et Lubumbashi.
On est en 2011, pas en 1965!

Lutte du Sphinx
Soumis par Makiese, le 28/09/2011 à 08h23

Observant la dérive dictatoriale grandissante de Mobutu, Tshisekedi commenca deja début des années 70 à s'opposer à Mobutu au sein meme du MPR. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Mobutu l'écarta de la seine politique congolaise en l'envoyant en tant qu'ambassadeur au Maroc ou il passa 5 ans. A son retour 1976, Tshisekedi recommenca son travail d'opposition en constamment interpeller les ministres de Mobutu au parlement, ce que ce dernier considerait comme des attaques personnelles. Le mandat du président de l'assemblée de l'époque venant à son terme, Tshisekedi devait succéder à ce dernier en tant que vice-président de l'assemblée mais Mobutu le craignant tellement s'y est opposé fermement. Tshisekedi a alors continué son opposition au parlement jusqu'en 1980 date du début de l'opposition officielle avec la fameuse lettre ouverte des 13, suivi par la création du premier parti d'opposition l'UDPS.

Lutte du Sphinx
Soumis par Makiese, le 28/09/2011 à 08h47

Quant au soi-disant support de Tshisekedi au RCD Goma, il y a eu des discussions certe mais cela n'a finalement abouti à rien, ceux qui continuent à soutenir la thèse selon laquelle Tshisekedi aurait "supporter" le RCD Goma, je leur pose la question suivant: quel est alors l'interet que Tshisekedi aurait obtenu en contre partie de son soutien à ce parti???
Quant à la campagne je signale aux lecteurs que celle-ci débutera officiellement le 26 octobre jusqu'au 26 novembre. L'opposition ne dispose pas de moyens logistiques et financiers très importants,contrairement aux partis du pouvoir qui eux utilisent simplement l'argent et les moyens (avions, hélicoptères...) de l'état. C'est pour ca que l'opposition se doit d'utiliser à bon essien le peu de moyens dont elle dispose, ceci se fera principalement entre le 26/10 et 26/11. Après Bruxelles, Berlin, Londres et Stockholm Tshisekedi est maintenant en route vers les USA et puis Canada. Après ceci il rentrera en Afrique en passant par l'Angola, de la il s'envolera pour le Kisangani, puis le Nord-Kivu et Sud-Kivu. Toutes les autres provinces suivront! Chaque chose à son temps! Tshisekedi a déjà prouvé que le Katanga n'est pas le fief de Kabila et il fera la même chose dans le grand Kivu!! Question: est-ce que Kabila ira dans les provinces considerées comme des fiefs de l'opposition (les 2 Kasai,Bas-Congo,Equateur,Bandundu...) et s'addresser à la population??? Acceptera-t-il un débat en direct avec Tshisekedi??? Qui vivra verra!

Tshitshi la gaffe
Soumis par atomiseur, le 29/11/2011 à 11h31

Il faut ajouter qu'il était aux côtés de Mobutu lors des 2 coups d'etat (1960-1965) et qu'il a cautionné l'exécution publique d'opposants politiques tels que Kimba. À la vue de tous, il n'a été qu'un opposant de façade qui à la fin de sa carrière politique prône la violence suite à son incapacité de s'assurer une victoire électorale claire et nette.

Appelle des ancêtres congolais
Soumis par bankambua, le 06/12/2011 à 14h10

SVP !!!! prenez cet avertissement au sérieux ! Encore une fois nous fils et filles de la RD Congo nous disons aux congolais naturaliser et qui ont cet état d'être (pensée macabre) d'infiltrer, détruire et désorienter les liens de nos ancêtres autochtones congolais, qu'il sachent que nous sommes téléguidé depuis le monde réel la où vivent nos ancêtres ,en plus nous disons ceci tout ce qui se passent et qui vont passé comme soulèvement, contestation et mécontentement sont les œuvres des ancêtres du Congo (RDC)s qui se manifestent sur ce pays... une grande âme interpelle le Mr Joseph soit fils de (Laurent Désiré Kabila) et Mr Etienne TSHISEKEDI qu'ils sachent tout ce qui est en haut est comme ce qui est bas... à vrai dire tout ce qui s’est focalisé comme énergie en forme des prières d'apaisement pour les élections n'est que le déclenchement d'une vérité... peu importe la forme que cette vérité peut prendre pour s'imposer (soulèvement de la population à grande échelle, destruction, tuerie...) personne peut accepter que tout cela arrive, alors personne aussi peut interdire que la pluie tombe, que le vent souffle, qu'il fasse beau... si c'est ne que le Dieu Créateur et son armée... je dis encore attention!!! bien que ce message peut profite à l'un de candidat à la présidentielle et ce candidat sache que ce n'est pas sa force physique ou sa volonté qui va provoquer tout cela....

Tshisekedi, un politicien incompris, ou plutôt incompréhensible.
Soumis par colombus, le 23/12/2011 à 15h05

Que celui qui parvient à lire en Tshisekedi s'exprime.
S'il est constant sur son opposition radicale, sur les sujets auxquels il s'oppose, il est loin de la constance.

1966 : Il justifie la pendaison d'opposant politiques. Ceux là même que l'on appellera Martyrs de la Pentecote, du nom du stade ou il veut preter serment: http://www.youtube.com/watch?v=PJHbPDeAQm4&list=PLF14847316D87E126&index...

1980 : Loupant la place de président de l'assemblée Nationale, après la mort de Kalume, frustré, il commence a se démarquer du MPR, qu'il a participé a créer. Il ne faut plus *UN* parti unique mais *DEUX* partis http://www.youtube.com/watch?v=W4T7Lrtl5K0&list=PLF14847316D87E126&index... on est loin du démocrate combattant du multipartisme...

1997 : Jaloux du Mzee Kabila accueilli en libérateur, il exige que celui-ci renvoit les rwandais avant de collaborer avec lui.

2002 : Sur de la victoire des rwandais, il s'en va chercher leur soutient afin de devenir le vrai libérateur: http://www.africatime.com/rwanda/nouvelle.asp?no_nouvelle=23291

2011 : Toujours dans sa quête de pouvoir, il confirme son soutient à ces amis du RCD, quitte à les suivre jusqu'à La Haye : http://www.youtube.com/watch?v=l77vdOf-twg&list=PL37C66C9393CE1C96&index...

Vous soutenez Tshisekedi, le connaissez-vous vraiment?

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mise à jour 20/09/2011, 6 réactions (réagir)

 
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