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Rwanda: l'ex-chef du renseignement tué

L'ancien chef des services de renseignement extérieur du Rwanda Patrick Karegeya, un opposant notable au président Paul Kagame, a été retrouvé mort dans un hôtel de Johannesburg, des opposants rwandais estimant qu'il s'agit d'un assassinat politique fomenté par Kigali.

Le corps de Patrick Karegeya, qui vivait en exil en Afrique du Sud depuis six ans, a été retrouvé mercredi à 17H30 (15H30 GMT), a indiqué jeudi la police sud-africaine, qui a ouvert une enquête pour "meurtre".

"Il a été trouvé dans la chambre d'hôtel, mort sur le lit. Les premiers éléments de l'enquête ont montré que son cou était enflé. Une serviette tachée de sang et une corde ont été trouvées dans le coffre de la chambre. Il est possible qu'il ait été étranglé", a précisé la police dans un communiqué.

"La police suit toutes les pistes possibles. Le motif du meurtre est inconnu à ce stade et ils (les enquêteurs) vont très probablement demander l'assistance de l'ambassade du Rwanda", a précisé à l'AFP une de ses porte-parole, Katlego Mogale.

Le gouvernement sud-africain s'est de son côté refusé à tout commentaire.

Ancien chef des services de renseignement extérieur du Rwanda, Patrick Karegeya, 53 ans, était peu à peu devenu un opposant acharné au président Paul Kagame, dont il était initialement un proche.

Cette brouille s'est pour lui traduite par une rétrogradation au rang de porte-parole de l'armée. Il a ensuite été arrêté et emprisonné, et privé de son grade de colonel en 2006, avant de fuir le Rwanda pour l'Afrique du Sud l'année suivante.

C'est son parti, le Congrès national du Rwanda (RNC), qui avait le premier annoncé sa mort dans un communiqué reçu à Nairobi.  

"L'opposition du Rwanda est très triste d'annoncer l'assassinat du colonel Patrick Karegeya à Johannesburg", avait-t-il indiqué dans la nuit.

"C'est triste qu'il puisse avoir été tué"

"Il a été étranglé par les agents du (président rwandais Paul) Kagame", a accusé , le président du RNC, Frank Ntwali, précisant que M. Karegeya devait assister à une réunion de son parti dans cet hôtel Michelangelo Towers de Sandton -quartier des affaires de Johannesburg- où il a été retrouvé mort.

"C'est triste qu'il puisse avoir été tué. Jusqu'à présent nous ne savons pas qui a fait ça, c'est une mauvaise nouvelle", a réagi l'ambassadeur du Rwanda à Pretoria, Vincent Karega.

A propos des accusations des opposants au régime rwandais, "c'est une réaction émotionnelle et une façon opportuniste de faire de la politique", a-t-il déclaré à la chaîne d'informations ENCA. "Nous n'avons pas une telle politique."

"Il est malheureux que tous les problèmes qu'ils rencontrent soient mis à l'actif du gouvernement. Oui, il y a aussi d'autres Rwandais non impliqués en politique qui ont été tués par des voleurs, qui ont eu des accidents en Afrique du Sud... et comme ils n'appartiennent à aucune organisation politique, c'est considéré comme normal. Mais quand ça arrive à ces soi-disant dissidents, ils jouent la politique."

Théogène Rudasinga, lui aussi un ancien collaborateur de Paul Kagame qui est maintenant un haut responsable du RNC basé aux Etats-Unis, a raconté à l'AFP que le corps de M. Karegeya avait été trouvé dans la chambre de l'homme qu'il devait rencontrer, par ce dernier.

"Le type qu'il devait rencontrer était bien connu de Patrick (Karegeya). Le corps de Patrick a été trouvé dans la chambre réservée par ce monsieur",  un Rwandais voyageant fréquemment entre son pays et l'Afrique du Sud, a-t-il dit.

Un autre dissident rwandais appartenant au RNC et en exil en Afrique du Sud, Faustin Kayumba Nyamwasa, a subi deux tentatives d'assassinat en juin 2010. Six hommes -trois Rwandais et trois Tanzaniens- sont poursuivis en justice pour avoir tenté de le tuer. Kigali a vigoureusement nié toute implication dans ces affaires.

Patrick Karegeya et Faustin Kayumba Nyamwasa, ainsi que deux autres anciens dignitaires rwandais exilés et passés à l'opposition, ont été jugés par contumace par un tribunal militaire rwandais pour désertion, diffamation et menace à la sécurité d'Etat, et condamnés à de lourdes peines de prison.

AFP

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