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Centrafrique: Nouvel An sous tension

D'un pas lent, une colonne d'une trentaine de jeunes hommes remonte la piste principale et complètement défoncée de Boy-Rabe, l'un des quartiers les dangereux de Bangui: ce sont des anti-balakas, des miliciens chrétiens qui luttent contre le pouvoir centrafricain.

"On nous a dit que des Séléka (l'ex-rébellion qui a pris le pouvoir en mars) allaient venir dans le quartier... On les attend!", lance l'un d'eux, en regardant la petite troupe qui le suit, armée d'armes automatiques ou artisanales, de fusils à pompe, de grenades ou tout simplement de machettes.

Un peu plus loin dans la poussière, avancent quelques véhicules de l'armée française, venue sécuriser la zone, mais les hommes de l'opération Sangaris ne verront même pas l'ombre de l'un de ces miliciens. A leur approche, ils se sont fondus dans le quartier, dissimulant leurs armes de peur de se les voir confisquées.

Boy-Rabe est l'un des quartiers de la capitale centrafricaine qui a le plus souffert des violences de ces derniers mois. C'est aussi là que plusieurs dizaine de milliers de chrétiens, craignant les exactions des Séléka, majoritairement musulmans, se sont réfugiés.

Au bout d'un petit sentier s'élève le majestueux monastère "Marie mère du verbe", tenu par la Communauté des béatitudes, une congrégation catholique. Dans son petit bureau, le frère Yellen évite de commenter la politique, mais s'inquiète simplement du sort de ces 40.000 déplacés massés autour du lieu et qui ont bouleversé une vie d'ordinaire paisible.

"C'est par vague. Parfois, lorsque c'est calme, des gens retournent chez eux", explique le religieux.

"On ne sera pas toujours là"

Dans le monastère en briques rouges, de nombreuses familles sont assises à même le sol, et les quelques rayons de soleil qui filtrent les dessinent en ombres chinoises. Pas un seul recoin du lieu n'est inoccupé, y compris la chapelle, vidée de ses chaises, et sur le sol de laquelle galopent quelques enfants, ou se reposent blessés et personnes âgées.

Dehors, de nombreuses tentes ont été élevées, et à l'ombre d'une croix ou d'une statue représentant la Vierge, les réfugiés tuent le temps, en discutant de la rumeur du jour: "Les Séléka préparent quelque chose ici, tout le monde le sait, mais est-ce qu'ils vont oser entrer dans le monastère?", se demande, effrayée, une jeune mère de famille.

Dans toute la ville, entre les affrontements opposant les deux camps, une multitude de rumeurs circulent sur d'éventuels combats de plus grande envergure.

"Le problème c'est que les anti-balakas (anti-machettes) sont aussi dans le camp. Ils savent qu'ils ne peuvent pas rentrer avec des armes, d'ailleurs ils sont toujours fouillés lorsqu'ils viennent ici, mais à un moment ou à un autre, si on continue de les laisser rentrer, c'est ici que les Séléka vont venir les chercher", s'inquiète Thierry, un jeune homme de 23 ans qui aide à l'organisation du camp.

Et effectivement, aux abords des échoppes improvisées par les déplacés, les "rebelles" sont bien là, reconnaissables aux multiples gris-gris qu'ils arborent.

En passant devant un véhicule de l'armée française, l'un d'eux se retourne vers son compagnon, lui fait un clin d'oeil et soulève furtivement son tee-shirt, laissant apparaître la lame d'une machette.

"Tant qu'on sera là, je pense que les Séléka n'oseront pas attaquer, mais le problème, c'est qu'on ne sera pas toujours là", commente un soldat français qui lui aussi, tout comme de nombreux anti-balakas, Séléka ou soldats de la force de l'Union africaine, passera le Nouvel An arme au poing.

AFP

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