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Centrafrique: tirs, panique et peur de nouveaux massacres dans Bangui

Des tirs d'origine indéterminée ont semé la panique mercredi à Bangui, dans les quartiers nord puis près de l'aéroport, tenu fermement par les soldats français dans une ville livrée au chaos et à une insécurité généralisée qui font craindre de nouveaux massacres.

Ces tirs ont cessé progressivement avec la tombée de la nuit. Vers 19H00 locales (18H00), un calme précaire régnait sur la ville plongée dans l'obscurité, où les communications téléphoniques étaient de plus en plus difficiles.

Après de multiples incidents et tirs intermittents au cours de la matinée dans plusieurs quartiers de la capitale, les tirs se sont concentrés et intensifiés au fur et à mesure de la journée, progressant vers le centre-ville plus au sud.

Vers 15H00 locales (14H00 GMT), ils se sont rapprochés à proximité directe de l'aéroport, où sont basés les soldats français de l'opération Sangaris et les différents contingents de la force africaine (Misca).

Les tirs ne visaient apparemment pas l'aéroport, mais il était très difficile, dans la confusion générale, d'en identifier l'origine et les auteurs. 

Depuis l'aéroport, le journaliste de l'AFP a pu voir des centaines d'habitants paniqués des quartiers voisins fuir à pied. Courant entre les maisons en tentant de rester à couvert, ils prenaient la direction du centre-ville ou venaient trouver refuge dans la cohue aux abords des pistes de l'aéroport, où s'agglultinent déjà dans la précarité plusieurs dizaines de milliers de déplacés ayant fui les violences de ces trois dernières semaines.

Position de combat

Une dizaine de blindés français se sont un moment déployés devant l'entrée de l'aéroport, déjà sécurisé par les soldats français qui étaient en position de combat derrière leurs sacs de sable, a-t-on constaté.

Les événements de la journée restent très confus. L'identité des belligérants restent pour le moment inconnue: miliciens "anti-balaka" (chrétiens), combattants de l'ex-rébellion Séléka. L'usage de mitrailleuses lourdes, et la présence dans les zones de combats de 4X4 et blindés du contingent tchadien de la Misca laissent à penser que ces militaires tchadiens étaient impliqués.

Aucun bilan n'était disponible. Un habitant du PK5, un quartier mixte à dominante musulmane sur la route du centre-ville, a fait état de plusieurs personnes tuées par des "anti-balaka" infiltrés dans le secteur. Les corps des victimes, dont il n'a pas précisé le nombre, ont été rassemblées dans une mosquée du quartier.

Toute la matinée, des tirs et incidents d'origine indéterminée ont éclaté dans plusieurs quartiers chauds de la ville, alimentant la psychose et le sentiment d'insécurité généralisée.

Les rues se sont rapidement vidées, les habitants se sont cloitrés chez eux en famille. Dans les secteurs les plus exposés, les familles terrorisées s'accroupissaient sous les tables, se réfugiaient sous les lits par peur des balles perdues, appelant sans cesse leurs proches au téléphone.

"Les Séléka (ex-rébellion, au pouvoir) nous tuent, ils sont entrés dans le quartier, ils tirent sur la population", a affirmé à l'AFP l'un de ces habitants. D'autres évoquaient au contraire une attaque des milices d'auto-défense chrétienne "anti-balaka".

Un millier de personnes ont été tuées depuis le 5 décembre à Bangui et en province, dans les attaques des milices "anti-balaka" (anti-machette, en langue sango) et dans les représailles de la Séléka contre la population.

Après un court répit, les violences ont repris dans la capitale en fin de semaine dernière, montant en puissance au fil des jours. Le dispositif français (1.600 hommes, dont un millier déployé à Bangui) et les 4.000 hommes de la Misca n'étaient manifestement pas suffisants pour éteindre l'incendie qui continuait de couver, dans une ville toujours étouffée par les haines confessionnelles, où les chrétiens -victimes pendant des mois des exactions des Séléka- ont soif de vengeance contre les ex-rebelles et les civils musulmans qui leur sont désormais associés.

Des soldats tchadiens en théorie sur le départ

Mis en cause dans plusieurs incidents récent, et accusé par de nombreux Banguissois de complicité avec l'ex-Séléka, le contingent tchadien de la Misca  devrait prochainement quitter Bangui et être redéployé dans le nord du pays à majorité musulmane.

"Tout le contingent tchadien va être envoyé pour sécuriser le nord dans les prochains jours", a annoncé un porte-parole de la Misca, qui n'a donné aucune précision sur les modalités de ce redéploiement.

Cette annonce intervient deux jours après des tirs fratricides au sein même de la force africaine entre militaires tchadiens et burundais. Mardi, le chef du contingent burundais a révélé que ses hommes avaient été la veille la cible d'une attaque de soldats tchadiens, avec tirs d'armes automatiques et jet de grenade. L'attaque avait été repoussée et trois soldats tchadiens blessés.

Le matin même, une patrouille tchadienne avait brièvement ouvert le feu --sous l'oeil des journalistes-- sur des manifestants anti-Séléka devant l'aéroport, faisant un mort.

Ces incidents à répétition ont suscité un ressentiment croissant chez de nombreux Banguissois, et entamé encore un peu plus la crédibilité des militaires de N'Djamena, pourtant aguerris et combatifs, et surtout partenaires incontournables des Français pour espérer rétablir un semblant de stabilité dans le pays.

A Rome, le pape François a demandé mercredi dans son message de Noël l'arrêt des violences en Centrafrique.

"Donne la paix à la République Centrafricaine, souvent oubliée des hommes.", a affirmé Jorge Mario Bergoglio depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre.

AFP

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