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Soudan du Sud: mise en garde de Ban Ki-moon aux factions armées

Le chef de l'ONU Ban Ki-moon a prévenu les factions armées au Soudan du Sud que les accusations de crimes contre l'humanité feraient l'objet d'enquêtes, alors que des témoins évoquent des meurtres ethniques et que les réfugiés affluent dans les bases onusiennes.

"Le monde observe toutes les parties au Soudan du Sud", a déclaré le secrétaire général de l'ONU en marge d'une réunion du Conseil de sécurité sur la crise sud-soudanaise lundi soir à New York.

L'ONU "enquêtera sur les accusations de graves violations des droits de l'homme et de crimes contre l'humanité", a-t-il ajouté, affirmant que "ceux qui sont responsables à un haut niveau devront en répondre personnellement et faire face aux conséquences, même s'ils prétendent n'avoir pas été au courant des attaques".

Le Soudan du Sud est en proie à d'intenses combats depuis que le président Salva Kiir a accusé son ancien vice-président, limogé en juillet, de tentative de coup d'Etat il y a un peu plus d'une semaine.

Riek Machar dément, accusant Salva Kiir de vouloir éliminer ses rivaux, mais ses hommes ont depuis pris deux capitales régionales stratégiques, celles de Bor, dans l'Etat chroniquement instable du Jonglei, et de Bentiu, dans celui d'Unité, riche en pétrole.

Au moins 45.000 civils sud-soudanais sont réfugiés dans des bases onusiennes débordées, dont 20.000 dans la seule capitale Juba, a indiqué l'ONU mardi. Face à l'ampleur de la crise, M. Ban a recommandé au Conseil de sécurité de renforcer de 5.500 hommes le contingent de quelque 7.000 Casques bleus déjà présent dans le pays.

Des centaines de milliers d'autres personnes ont très probablement fui dans la brousse. Officiellement les combats qui frappent depuis un peu plus d'une semaine le Soudan du Sud ont fait 500 morts, mais là encore, ce bilan est certainement largement sous-estimé, jugent des travailleurs humanitaires.

Les combats touchent désormais la moitié des 10 Etats du jeune pays : ceux de Jonglei, d'Unité, d'Equateur central (Juba), mais aussi du Haut-Nil ou encore d'Equateur oriental.

Efforts diplomatiques

Des témoignages commencent à émerger sur des violences ethniques commises en série par les forces gouvernementales et les rebelles à travers le pays. Le conflit a pris une dimension ethnique: les Nuer, tribu de Machar, contre les Dinka, ethnie de Kiir.

Réfugiés dans une base onusienne de l'ONU, deux Nuer ont raconté avoir été arrêtés avec 250 autres hommes par des soldats sud-soudanais, qui ont ouvert le feu sur eux dans un poste de police de Juba. Simplement, disent-ils, parce qu'ils appartenaient à l'ethnie de Riek Machar.

"Pour survivre, il fallait se recouvrir des cadavres des autres, et pendant ces deux jours, les corps ont commencé à sentir vraiment mauvais. Je n'ai pas très envie d'en parler", a dit l'un d'eux à l'AFP, ne donnant que son prénom, Simon.

Le gouvernement nie être derrière toute violence à caractère ethnique.

Mais de nombreux autres témoignages laissent penser qu'un schéma brutal de violences à caractère ethnique, dont des meurtres et des viols, est en place depuis qu'ont commencé les affrontements le 15 décembre.

Un autre Nuer dit avoir déserté son travail à la garde présidentielle dimanche, après avoir assisté à des meurtres et des viols en série. Il craignait que ses collègues ne finissent par s'en prendre à lui.

Des informations similaires ont émergé d'autres régions du pays aux mains des rebelles opposés au président, dont l'attaque d'une base de l'ONU par des jeunes nuer à Akobo, dans l'Etat de Jonglei. Là, deux Casques bleus indiens ont été tués et l'ONU craint que des civils dinka qui s'étaient réfugiés dans la base aient été massacrés.

"Il y des informations crédibles d'exactions commises contre des civils dans différentes parties du pays, notamment des meurtres", a affirmé mardi l'ONU.

A Bor, située à 200 km au nord de Juba, la situation est particulièrement sensible : l'armée affirme préparer une offensive pour reprendre la ville aux rebelles. "A Bor, la situation des 17.000 personnes réfugiées dans la base (onusienne) est problématique, le manque de nourriture et d'abris devient aigu", a dit l'ONU, faisant état de "pillages de masse de complexes humanitaires et de maisons de civils" dans la ville.

La communauté internationale, ONU et Etats-Unis en tête, espère malgré tout stopper l'escalade de violence par la diplomatie.

Les Etats-Unis ont été les parrains de l'indépendance du Soudan du Sud en 2011 et le principal soutien de cet Etat depuis.

Lundi, l'émissaire de Washington pour le Soudan et le Soudan du Sud était à Juba, pour des entretiens avec le gouvernement et des détenus accusés de tentative de coup d'Etat. Il a réaffirmé que le président Kiir était toujours prêt à discuter avec son rival Machar, sans condition préalable.

 

AFP

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