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Mandela: ultime adieu au géant bien-aimé avant son inhumation

"Adieu mon cher frère, mon mentor, mon leader". Le dernier hommage à Nelson Mandela, dimanche lors des funérailles d'Etat dons son village d'enfance, Qunu (sud), a mêlé la solennité digne de ce héros mondial et l'émotion pure de ses proches.

Après dix jours de deuil national et une série d'hommages en Afrique du Sud et dans le monde, une dernière cérémonie officielle s'est tenue dans ce petit village rural du sud-est du pays, où il doit être inhumé en milieu de journée dans l'intimité familiale.

Coups de canon, escorte militaire, hymnes religieux, choeurs d'enfants, 95 cierges (autant que le nombre d'années de sa vie): toute la pompe due à un homme d'Etat de sa stature avait été déployée pour ces funérailles, en présence de 4.500 invités.

Mais son vieil ami et camarade de lutte Ahmed Kathrada n'a pas tardé à faire jaillir la personnalité unique du héros de la lutte anti-apartheid, un géant chaleureux et accessible, évoquant "son amour, sa simplicité, son humilité, son courage..."

"J'avais vu à l'hôpital un homme impuissant et réduit à l'ombre de lui-même et l'inévitable s'est produit", a-t-il noté d'une voix chevrotante. "Ma vie est face à un vide et je ne sais plus vers qui me tourner."

L'une des petites-filles du défunt, Nandi Mandela, a détendu l'atmosphère en revenant sur les qualités de conteur de son "tatamkhulu" (grand-père). "Il préférait les histoires qui lui permettaient de se moquer de lui-même", a-t-elle rappelé, mais il était "aussi un grand-père strict, attaché à la discipline, qui nous préparait à la vie." 

"Tu vas nous manquer Tatamkhulu. Ta voix sévère quand tu n'étais pas content de nous va nous manquer. Ton rire va nous manquer..."

Même les dirigeants africains appelés au pupitre sont sortis des hommages convenus, la présidente du Malawi Joyce Banda évoquant notamment la manière dont "tout le monde tombait amoureux de Mandela", sous les applaudissements de l'assemblée.

L'esprit des ancêtres

Quelques personnalités étrangères, le prince Charles, les anciens Premiers ministres français Lionel Jospin et Alain Juppé, ou l'entrepreneur britannique Richard Branson, s'étaient glissés dans l'assemblée, où les Sud-Africains dominaient nettement.

Cette cérémonie avait un ton nettement plus intime que l'hommage international mardi, au stade de Soweto, en présence d'une centaine de dirigeants étrangers, dont le président américain Barack Obama, qui avait salué un "géant de l'Histoire".

Pendant deux heures, l'Afrique du Sud est restée figée pour suivre ces funérailles, retransmises à la télévision et sur écrans géants. De nombreux magasins sont restés fermés, contrairement à l'usage dans la période qui précède Noël. 

Après cette cérémonie, les caméras allaient s'éteindre. La famille de Nelson Mandela a souhaité le mettre en terre à l'écart des médias. Privée de son patriarche pendant ses 27 ans de prison, obligée de le partager ensuite avec la nation puis le monde entier, elle pourra se le réapproprier pour un dernier adieu.

Seules 450 personnes, des proches donc, doivent assister à l'inhumation, dans un coin du domaine familial, où sont déjà enterrés les parents et trois des enfants de Nelson Mandela.

La mise en terre sera dirigée par des chefs du clan Thembu, une branche de l'ethnie xhosa. Un b½uf devait être sacrifié pour contenter les esprits des ancêtres et s'assurer qu'ils réservent un bon accueil au père de la Nation arc-en-ciel.

Ce sont des anciens du clan, également, qui ont veillé le corps dans la nuit. Ce sont eux aussi qui devaient communiquer avec les ancêtres lors des rituels depuis samedi, afin d'apaiser l'esprit du défunt.

Le sourire aux lèvres

Dès l'aube aux portes de la propriété de Mandela, dont tous les accès routiers sont coupés depuis plusieurs jours, des résidents de Qunu s'étaient rassemblés, espérant pouvoir se glisser à l'intérieur. "Je suis là depuis hier soir, j'ai dormi à l'arrière d'un pick-up", déclarait Nomvula Luphondo, un enseignant de 44 ans. "Peut-être qu'ils vont me laisser entrer ? Ce serait bien de pouvoir lui dire au revoir". 

D'autres se résignaient à rester à l'écart. "Si la famille le ressent comme cela, qui sommes nous pour dire quelque chose ? C'est leur corps, leur Mandela, à eux de décider. Qu'il ait été chef de l'Etat ou pas", estimait Gugulethu Gxumisa, 19 ans.

Son enterrement mettra un point final à dix jours de deuil et d'hommages à celui qui a réussi le "miracle sud-africain": la fin de l'apartheid sans plonger son pays dans la guerre civile. Son crédit, déjà énorme auprès de la population noire qu'il a libérée, avait encore grandi lors de sa présidence (1994-1999) placée sous le signe du pardon envers la minorité blanche.

L'amour de son pays s'est manifesté de mercredi à vendredi quand 100.000 personnes sont venues s'incliner sur sa dépouille exposée dans un cercueil semi-ouvert au siège de la présidence, à Pretoria.

Souvent effondrés, les Sud-Africains avaient pu jeter un dernier regard sur le visage de leur icône, les traits figés pour l'éternité. Et peut-être auraient-ils souhaité déceler un mouvement à la commissure des lèvres...

"Je ne doute pas un seul instant que lorsque j'entrerai dans l'éternité, j'aurai le sourire aux lèvres", avait écrit Mandela en 1997.

 

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