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Centrafrique: l'aide aux déplacés suspendue sous la menace d'hommes armés

La distribution de vivres dans l'immense camp de déplacés de l'aéroport de Bangui a été suspendue samedi en raison de menaces d'hommes armés de machettes, renforçant l'extrême tension qui règne dans la capitale centrafricaine traumatisée par les récents massacres interreligieux. 

La distribution d'huile, de riz et de petits pois aux 45.000 déplacés de ce camp n'a pas pu commencer samedi, les humanitaires du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l'ONG italienne Cooperazione internacionale ayant été encerclés par des hommes, certains armés de machettes, à leur arrivée.

La veille, la première distribution de vivres organisée avait fini en pillage généralisé

"Nous avons été entourés par des jeunes organisés et très nombreux. Il y a eu un déferlement de jeunes qui nous a inquiété, on a dû arrêter la distribution", a expliqué à l'AFP et RFI Guy Adoua, directeur adjoint du PAM Centrafrique.

Le responsable évoque "des bandits dont quelques-uns ont des machettes", venus des "quartiers environnants". "Nous avons peur que des gens soient assassinés pendant la distribution", a-t-il martelé.

"Nous suspendons momentanément la distribution". "Notre combat, nous le menons pour des populations en détresse. Nous avons besoin que la distribution soit sécurisée. Si la Fomac (la force multinationale de l'Afrique centrale) ou les Français ne sont pas présents en permanence, nous ne pourrons rien faire", affirme-t-il.

Le camp, situé aux abords immédiats des pistes non clôturées de l'aérodrome, est l'un des plus grands de Centrafrique.

159.000 déplacés à Bangui

A Bangui, 159.000 déplacés ont été comptabilisés par l'ONU depuis que des violences interreligieuses ont éclaté dans le pays. Le PAM estime à 70.000 le nombre de rations distribuées aux déplacés ces derniers jours, dans une quinzaine de camps situés dans la capitale. Hormis le camp de l'aéroport, "dans la quinzaine de sites où nous sommes présents, nous ne rencontrons pas de problèmes", assure M. Adoua.

Ajoutée à la détresse des déplacés, une tension extrême régnait samedi à Bangui, où un musulman a été tué à coups de machette, en dépit des appels de l'ONU et d'autorités locales à mettre un terme aux massacres interreligieux.

Le musulman, qui circulait à moto a été tué à coups de machette par des habitants dans le quartier Combattant, près de l'aéroport, selon des témoignages recueillis par l'AFP. Quelques instants plus tard, des gens brandissaient les mains coupées de la victime.

Un deuxième homme a été blessé, mais a pu trouver refuge à la base française toute proche.

Les tueries entre chrétiens et musulmans ont fait "plus de 600 morts" en une semaine dans tout le pays.  Une agence de l'ONU a fait état vendredi du massacre de 27 musulmans dans un village de l'ouest du pays.

Jusqu'à l'arrivée au pouvoir de la rébellion Séléka - majoritairement composée de musulmans - en mars 2013, chrétiens et musulmans vivaient en bonne entente dans ce pays de 4,5 millions d'habitants, chrétien à 80%.

"La question n'est pas de savoir si on peut se réconcilier, on doit le faire, un point c'est tout", a affirmé samedi à l'AFP Crépin Mboli-Goumba, ministre de l'Equipement.

appel au calme des autorités religieuses

Les autorités des communautés chrétiennes et musulmanes multiplient les appels au calme et tentent de lancer des opérations communes, des dons de nourriture ou des cérémonies religieuses avec la présence de membres de l'autre communauté.

Mais elles ne sont pas toujours bien accueillies. Un jeune musulman sous couvert de l'anonymat a affirmé à l'AFP que des représentants religieux pourtant invités par des pasteurs et prêtres ont été refoulés par les chrétiens à Notre-Dame-de-Fatima jeudi à Bangui.

Les soldats français et ceux de la force africaine multiplient les patrouilles dans la capitale et poursuivent leurs opérations de désarmement, qui visent principalement les ex-combattants de la Séléka, accusés d'innombrables exactions par les habitants.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, en visite vendredi matin à Bangui, a affirmé que les 1.600 soldats français déployés dans le pays, accusés par la communauté musulmane de faire le jeu des chrétiens, étaient "impartiaux".

Aux Français, s'ajoutent environ 3.000 hommes de la Misca (le nouveau nom de la Fomac).

Parti ensuite à N'Djamena, M. Le Drian a déclaré samedi qu'il était nécessaire de démarrer le processus de transition politique "dès 2014" en Centrafrique, à l'issue d'un entretien avec le président tchadien Idriss Déby.

"J'ai évoqué avec le président Déby les voies et moyens pour le déploiement des forces de la Misca et je compte aussi sur le Tchad pour rétablir la paix et la stabilité", a-t-il ajouté.

Le Tchad voisin est accusé d'avoir soutenu la Séléka lors du renversement du président François Bozizé en mars 2013. Il compte un important contingent dans la Misca, des soldats aguerris mais accusés par de nombreux Banguissois d'être complice des ex-rebelles.

Un ancien Premier ministre centrafricain, Anicet Georges Dologuélé, surnommé "Monsieur Propre",  a estimé samedi, depuis Monaco, que les forces françaises et africaines devaient "imposer la sécurité à marche forcée" et mener leur intervention dans son pays comme "une guerre".

La violence sévit de façon inégale dans la capitale. Ainsi, dans certains quartiers plus épargnés que d'autres, les Banguissois tentent de retrouver une vie normale. 

Les taxis, seul moyen de transport, ont recommencé à circuler sans atteindre le flot d'une journée habituelle. Beaucoup d'échoppes sont ouvertes au marché Petevo du 6e arrondissement mais la crise et les difficultés d'approvisionnement pèsent sur les prix. Ainsi le prix de la baguette de pain est resté à 100 francs CFA (15 centimes d'euros) mais elle a perdu en poids.

"Les gens n'achètent pas beaucoup. Ils ont peur de sortir et l'argent ne circule pas", raconte Giscard Kouzoundou.

La France va demander la création d'un fonds européen destiné à financer les interventions d'urgence dans les pays en crise lors du Conseil européen des 19-20 décembre, afin de ne pas supporter seule le poids d'une facture qui risque d'être lourde.

Signe de l'incertitude des jours à venir, le Cameroun, pays voisin, a commencé à organiser le rapatriement de ses ressortissants vivant en Centrafrique.

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