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A l'aéroport de Bangui, un camp de déplacés proche de la "catastrophe"

Fuyant les violences de Bangui, environ 45.000 personnes s'entassent près de l'aéroport, cherchant la protection de l'armée française, dans des conditions sanitaires proches de la "catastrophe" selon les rares responsables humanitaires présents sur place.

Une petite fille fait ses besoins devant quatre latrines. Elle n'a pas eu le courage d'attendre son tour. Les déplacés circulent par dizaines, certains masquant leur visage pour tenter d'échapper aux odeurs, entre les roseaux ou sur des petits chemins.

La nourriture manque, les points d'eau sont aussi rares que les toilettes, dans ce camp improvisé accablé par la chaleur, autour de la base des militaires français qui s'efforcent depuis lundi de désarmer les milices responsables de multiples exactions dans la capitale centrafricaine.

"C'est un peu la catastrophe. C'est le bordel", résume Tessy Fautsch de Médecins sans Frontières, la seule ONG présente sur le camp, qui s'inquiète du "risque d'épidémie". Les agences de l'ONU estiment à 110.000 au total le nombre de déplacés dans la trentaine de camps de Bangui, à la population d'environ 800.000 personnes.

Sous des ailes d'épaves d'avion

Les femmes s'occupent comme elles peuvent de leurs enfants, souvent en bas âge, pendant que les hommes sont partis chercher de la nourriture. Maximine Touabet, 27 ans, s'inquiète pour ses deux jumeaux d'un peu plus d'un an. "On vit à une quinzaine ici" sous une toile de fortune de quelques mètres carré. "On n'a pas rien à manger. On n'a pas d'eau. C'est dur. (...) On dort par terre", raconte-t-elle.

Un peu plus loin, des familles se sont installées sous des ailes d'épaves d'avion. "On vit comme des moins que rien. Pas d'eau, pas de vivres, pas de latrines, par terre... Il fait très chaud, mais s'il pleut ce sera la boue", relève Seraphin Poumali.

Marie Deio et Anita Omboudou, voisines du quartier de Yangatou, situé à moins de deux km de l'aéroport, ont planté leurs affaires l'une à côté de l'autre. Une pléthore d'enfants sont là. "Ils meurent de faim", dit la première. "On a fui les violences. Les balles passaient partout. (...)On attend un nouvel ordre pour revenir. On a encore peur. Ici, ce n'est pas bien mais on est en sécurité".

"On a vidé les quartiers pour venir ici près des Français", renchérit Jean Menga, 53 ans, quatre enfants, dont un bébé d'un an. Le camp est peuplé dans son écrasante majorité de Chrétiens fuyant les violences des anciens rebelles Séléka, musulmans.

La hantise des Séléka

A l'entrée du camp, une quinzaine de jeunes, armés de machettes et de bâtons, fouillent les nouveaux venus. "Des Séléka envoient des espions ou des gens avec des grenades. On a arrêté une femme qui avait des grenades dans ses casseroles. Ils veulent nous tuer", affirme Firmin Mandebalay.

La vie au camp s'organise. Des boutiques improvisées vendent des arachides, des pommes de terre. Un homme se propose de charger les téléphones portables via un petit groupe électrogène pour 100 F CFA (15 centimes d'euro) les deux heures.

Judas Paterno sue quant à lui à grosse gouttes: il porte une encadrure de fenêtre prise sur les boutiques pillées, qu'il va casser en petit bois avec l'espoir d'en tirer 1.000 francs (1,5 euros). "De quoi manger", dit-il.

A un des deux points d'eau, des volontaires de la Croix rouge organisent les queues. Une pour boire, une autre pour les bassines. "On est obligé de surveiller. Sinon on nous volerait les robinets", confie un de ces volontaires, Arnaud Yakete.

MSF a installé un hôpital de fortune, loin de pouvoir satisfaire les besoins. Seuls sont acceptés les femmes enceintes, les bébés et les blessés, souvent atteints par une balle perdue. 300 personnes par jour sont traitées, à condition de faire la queue de longues heures.

Une quinzaine de femmes enceintes attendent d'être vues par un médecin. Six enfants sont nés dans les dernières 24 heures. Une jeune maman présente son nouveau-né qui frôle les 40 degrés de fièvre. L'enfant est né mardi, lors de la brève visite du président français François Hollande à l'aéroport. L'enfant, qui sera baptisé dans quelques jours, se nommera François Hollande Findiro.

AFP

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