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Ethiopie: rapatriement massif de travailleurs illégaux en Arabie Saoudite

Quand l'Ethiopie a commencé le mois dernier à rapatrier ses citoyens vivant illégalement en Arabie saoudite, 30.000 personnes étaient attendues. Mais quatre fois plus d'Ethiopiens ont en fait déjà été ramenés chez eux.

"C'est un très gros défi, faire rentrer 120.000 personnes en moins d'un mois (...) C'est une situation d'urgence", explique Sharon Dimanche, de l'Organisation internationale des migrations (OIM), qui aide le gouvernement dans son programme massif de rapatriement.

"Nous devons sauver des vies", ajoute-t-elle, estimant à 13,1 millions de dollars (9,5 millions d'euros) les financements encore nécessaires à l'opération.

Au total, l'Ethiopie estime désormais à 150.000 le nombre de personnes qui seront rapatriées. Depuis le début, Addis Abeba a dû constamment revoir ses prévisions à la hausse, alors que les candidats au retour ne cessaient de se présenter.

Parmi les milliers de personnes qui continuent d'atterrir tous les jours, nombreux sont ceux qui dénoncent les mauvais traitements dont ils ont été victimes en Arabie saoudite.

"Vivre en Arabie saoudite, c'est pleurer tous les jours", glisse Kamer Hajji, 36 ans, quatre ans menuisier dans le royaume pétrolier. "On essaie de rester fort, mais en réalité, à l'intérieur, on est détruit (...) Ils prenaient notre argent, toutes nos affaires, et certains sont morts".

Les autorités éthiopiennes avaient annoncé début novembre qu'elles allaient rapatrier leurs citoyens vivant illégalement en Arabie saoudite, après la mort, selon Addis Abeba, de trois Ethiopiens dans des émeutes consécutives à une campagne d'expulsion massive de clandestins décidée par Ryad.

Cette campagne avait commencé à l'expiration d'un délai de sept mois accordé aux étrangers en situation irrégulière pour régulariser leur statut ou quitter le royaume.

Des milliers d'Ethiopiens émigrent chaque année, notamment vers le Moyen-Orient et les émirats du Golfe, à la recherche d'emplois, le plus souvent de domestiques.

Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), les migrants éthiopiens au Moyen-Orient subissent des violences physiques et mentales, des conditions de travail indignes, perçoivent des salaires dérisoires et sont soumis à des discriminations.

Trafiquants

Ganzeb Tefera, 30 ans, dit avoir rejoint l'Arabie saoudite il y a dix mois, espérant y faire rapidement fortune et pouvoir envoyer de l'argent à sa famille restée dans son pays. En Ethiopie où, selon l'OIT, le chômage dépasse les 20% et où la plupart des 91 millions d'habitants vivent avec moins de deux dollars par jour, trouver un emploi est un casse-tête.

Mais une fois sur place, elle a attendu sept mois d'être payée pour son travail de domestique.

"Je m'attendais à une belle vie, je pensais que je pourrais avoir un travail décent, que je serais bien payée et que je reviendrais en Ethiopie avec de l'argent pour aider ma famille", raconte-t-elle, assise dans un centre de soins au terminal des arrivées de l'aéroport d'Addis.

A la place, elle a été jetée à la rue après s'être plainte de sa charge de travail, puis ramassée par la police.

"En prison, j'ai vu des gens qui étaient là depuis cinq mois ou un an, certains se suicidaient, d'autres devenaient fous", dit-elle.

En Ethiopie, "il y a des problèmes de pauvreté, les gens sont pauvres, mais ce n'est pas l'unique raison pour laquelle les gens partent, nous avons des trafiquants, qui profitent de ces pauvres gens", déplore Mme Dimanche.

L'Ethiopie dit vouloir s'attaquer à la cause profonde de ces migrations de masse -- la pauvreté -- avec un ambitieux plan pour l'emploi.

Mais dans l'immédiat, Addis Abeba devra faire face au retour massif de réfugiés qui ont souvent tout perdu. Et peut-être tenter de dissuader ceux qui, malgré les mauvais traitements, préfèrent encore repartir que d'affronter le chômage massif en Ethiopie.

"Je n'ai pas fini de payer l'argent emprunté", confie Ganzeb Tefera, en référence au prêt contracté pour payer son voyage en Arabie saoudite. "Si je trouve pas de travail ici, j'aimerais repartir (...) pour payer mon prêt et aider mon enfant".

AFP

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