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 Un soldat malien à Tombouctou. REUTERS/Joe Penney
Un soldat malien à Tombouctou. REUTERS/Joe Penney

Les cadavres du placard malien

Le portail Maliactu, qui soupçonne l'armée malienne d'avoir perpétré des exécutions sommaires, déclare subir la censure de Bamako.

La mer de sable qui s’étend au nord de Tombouctou est encore agitée. A travers les dunes du désert malien, les rafales de l’armée française poursuivent leur percée en direction des derniers sanctuaires djihadistes. A en croire Paris, les éléments rebelles qui refusent encore toute reddition, sont promis à une fin certaine. Mardi 11 décembre 2013, 19 d’entre eux ont été abattus, fait savoir l’AFP. Au sol, leurs corps sont venus en recouvrir d’autres.

Enfouis à quelques centimètres de la surface, Ali Ould Kabbad et Mohamed Lamine, n’ont pas été tués arme au poing. Ces membres de la communauté arabe du nord du Mali furent victimes d’une campagne de lynchage orchestrée, selon toute vraisemblance, en raison de leur couleur de peau. Ceux qui les ont vus pour la dernière fois racontent des histoires similaires: avant d’être retrouvés enterrés, M. Kabbad et M.Lamine étaient escortés, à leur corps défendant, par l’armée malienne.

Interrogé par Associated Press, le ministère malien de la Défense rejette toute responsabilité: 

«Vous n’avez aucune preuve, montrez-moi les preuves», se défend son porte-parole, le Colonel Diarran Kone. A l’évocation des corps exhumé aux abords de Tombouctou, M. Kone se réfugie dans le silence: «Nous n’avons rien d’autre à dire à ce sujet.»

Certains membres de l’armée sont plus loquaces:

«Dirige toi vers le nord, et après le monument en ciment, tourne à gauche. En te promenant dans les dunes, tu verras les corps», avait expliqué l’un d’eux à Rukmini Callimachi, responsable de l’Afrique de l’Ouest pour Associated Press. Sur place, la journaliste avait constaté que d’autres cadavres gisaient à moitié ensevelis.

Exactions extrajudiciaires

Depuis janvier 2013 et le lancement de l’opération Serval, vingt-quatre meurtres de civils et onze disparitions ont été dénombrés par Human Rights Watch et Amnesty International. Il fait peu de doutes que bien d’autres ont été enfouis trop profondément pour figurer sur les chiffres officiels.

En avril déjà, L’Express faisait état d’exécutions extrajudiciaires à Sévaré, dans la banlieue est de Mopti. La parution de l’article avait valu à son auteure, Dorothée Thiénot, d’être expulsée de Gao. Une mesure qui s’apparente aux nombreuses tentatives d’intimidations dont les médias sont victimes au Mali.

Mardi 10 décembre 2013, les menaces ont pris la direction de Paris. Basé dans la capitale française, le portail Maliactu, qui avait repris l'enquête de l'agence Associated press montrant l'implication de l'armée malienne dans des exécutions sommaires, déclare subir la censure de Bamako.

Son responsable éditorial, Segah Diarra, aurait subi des pressions de la part du ministère malien de la Défense et de la Communication. Alors qu’il relayait l’enquête d’Associated Press sur les morts retrouvés au nord de Tombouctou, M. Diarra se serait vu intimer l’ordre de retirer l’article sous peine de voir son site bloqué.

«J’ai été contraint de retirer l’article», a expliqué M. Diarra à l'équipe d'Associated Press, dans des propos qui ont ensuite été cités dans le rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Contactés par le CPJ, le colonel Diarran Koné et le colonel Souleyman Maïga ont tous deux affirmé ne pas être au courant.

«Personnellement je n’ai jamais demandé à qui que ce soit de retirer une information d’un site Internet», a déclaré M.Maïga.

Lu sur Associated Press, CPJ

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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