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Des Sud-Africains saluant le passage du cortège funèbre de N. Mandela, 11 décembre 2013 / AFP
Des Sud-Africains saluant le passage du cortège funèbre de N. Mandela, 11 décembre 2013 / AFP

«Le Moïse du monde»

La dépouille de l'ancien président Nelson Mandela est exposée au public, qui peut lui rendre un dernier hommage à Pretoria.

Un convoi funéraire a conduit tôt le matin le cercueil, recouvert d'un drapeau sud-africain, de l'hôpital militaire vers l'Union Buildings, l'imposant siège du gouvernement dans la capitale administrative sud-africaine. Ce bâtiment sera désormais appelé Nelson Mandela Amphitheatre, comme l’a déclaré le président Jacob Zuma lors de la grande cérémonie du Soccer City de Johannesburg.

Une foule clairsemée a fait un dernier signe au combattant de la lutte contre le régime raciste d'apartheid. «C'est un moment de fierté pour un Sud-Africain», déclarait Aubrey Makgobela, 24 ans, venu assister au passage du cortège avant de se rendre au travail.

«Nelson Mandela était le Moïse du monde. Hier, Obama et Castro se sont serré la main pour la première fois, c'est arrivé en Afrique du Sud. Mandela l'a fait», a-t-il ajouté, en référence à la poignée de mains historique échangée entre les présidents américain et cubain mardi à Soweto, pendant la cérémonie d'hommage à Mandela.

«J'ai été électrisée en le voyant», commente Thuli Nong, une femme de 35 ans, «je me demande maintenant qui va nous remettre sur la carte du monde.»

La fin d'une ère

Le cercueil a été acheminé dans un corbillard noir vitré, escorté par des escadrons de motards, une ambulance et une vingtaine de voitures.

Au départ de l'hôpital militaire, le personnel s'était rassemblé pour entonner des chants à la gloire de Mandela. En ville, quelques centaines de personnes attendaient sur les trottoirs l'arrivée du cortège.

«On a l'impression que c'est la fin d'une ère», soupirait Faaiqia Hartley, une fonctionnaire de 37 ans, presque en larmes.

A l'entrée de l'Union Buildings, un massif bâtiment centenaire en grès, des centaines de personnes faisaient déjà la queue pour pouvoir approcher le cercueil et voir une dernière fois le corps sous un couvercle de verre.

Le monument aux morts des deux guerres mondiales disparaissait sous une avalanche de fleurs, messages et ours en peluche apportés ces jours derniers par la foule au père fondateur de la nouvelle Afrique du Sud. 

«Ons lief jou» (Nous t'aimons), peut-on lire sur un panneau rédigé en afrikaans, la langue des descendants des premiers colons hollandais. Un enfant a écrit sur une carte: «Cher Tata (papa) Madiba, merci de m'avoir appris à pardonner.»

Jusqu'à vendredi, le cercueil sera ainsi transporté chaque matin à travers la ville, puis le public pourra venir s'incliner devant la dépouille mortelle du prix Nobel de la Paix 1993, récompensé pour avoir négocié la fin du régime d'apartheid avec le pouvoir blanc, sans provoquer de guerre civile raciale.

Durant trois jours, les Sud-Africains auront donc l'occasion de prendre congé de leur grand homme, dans un émouvant tête-à-tête, avant son inhumation dimanche, dans sa lointaine province natale du Cap oriental (sud).

Hommage au Cap avec Johnny Clegg

Au Cap, la mairie a prévu mercredi son propre hommage dans le stade de la ville, avec des concerts de Johnny Clegg, des Ladysmith Black Mambazo, et des interventions de l'ancien capitaine de l'équipe sud-africaine de rugby Francois Pienaar —vainqueur de la Coupe du monde de 1995 sous les encouragements de Mandela— et de la chef de l'opposition sud-africaine, Helen Zille.

Cette célébration joyeuse de la vie et de l'œuvre de Nelson Mandela pourrait contraster avec la cérémonie d'hommage la veille dans le stade de Soweto. La pluie, les huées essuyées par le président Jacob Zuma, et une piètre réalisation en son et images ont empêché une réelle communion dans l'émotion.

A l'évidence, l'organisation n'a pas répondu à l'envie de célébration de la foule, venue danser et chanter pour Mandela.

Le président américain Barack Obama a volé la vedette. Répétant son admiration pour Nelson Mandela «qui a montré le pouvoir de l'action», M. Obama n'a pas hésité à dénoncer une certaine hypocrisie dans les louanges qui s'élèvent du monde entier depuis l'annonce de sa mort, jeudi dernier.

«Il y a trop de dirigeants qui se disent solidaires du combat de Mandela pour la liberté, mais ne tolèrent pas l'opposition de leur propre peuple», a-t-il tonné, sous les acclamations de la foule.

La presse sud-africaine de mercredi retenait pour sa part l'«humiliation» (The Star) subie devant le monde entier par le président Zuma. Le quotidien de Soweto, Sowetan, commentait toutefois: «Huer un président en exercice, hôte de plusieurs chefs d'Etat en une telle occasion était une insulte à Mandela.»

Slate Afrique avec AFP

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