mis à jour le

Hollande aux avant-poste

En se rendant en personne mardi à Bangui moins d'une semaine après avoir engagé une opération militaire en Centrafrique, François Hollande monte en première ligne sur cet épineux conflit, nouvelle manifestation d'une relation qu'il souhaite toujours plus étroite avec l'Afrique.

Une telle visite présidentielle, alors que les opérations militaires battent leur plein en République centrafricaine et dans sa capitale, où la situation est encore loin d'être sous contrôle, revêt un caractère exceptionnel.

François Hollande lui-même avait ainsi patienté près d'un mois après le déclenchement de l'opération militaire au Mali, le 11 janvier, avant d'en récolter les lauriers, accueilli triomphalement en "libérateur" à Tombouctou et Bamako.

L'épisode de Bangui en rappellera cependant d'autres: François Mitterrand dans Sarajevo assiégée, le 28 juin 1992, ou Nicolas Sarkozy à Tripoli puis à Bengazhi le 15 septembre 2011. Le leader libyen Mouammar Kadhafi était alors encore en vie.

Quoi qu'il en soit, François Hollande aura été rattrapé par le lien étroit que l'ancienne puissance coloniale entretient avec l'Afrique francophone. "Un président français se doit d'être à l'écoute de l'Afrique", observe l'un de ses proches collaborateurs qui y voit "une constante de l'histoire".

Et l'histoire l'aura généreusement servi. A peine arrivé au pouvoir, il se rend aux Etats-Unis pour un sommet de l'Otan et une rencontre en tête-à-tête avec le président américain Barack Obama à la Maison-Blanche. Le dossier malien est déjà au sommet de la pile et François Hollande fait part de sa préoccupation à son homologue américain, évoquant déjà la menace islamiste.

"L'affaire prend une dimension particulière, nous avons été rattrapés par l'histoire avec l'intervention au Mali, le choix d'aller à Kinshasa, au Sommet de la francophonie, porteurs d'un message calibré, et la Centrafrique aujourd'hui", note encore ce proche du président.

Pas "gendarme" mais soutien appuyé

Sur le fond, François Hollande a posé les fondations de sa doctrine africaine à Dakar, le 12 octobre 2012, proclamant que "le temps de la Françafrique est révolu". Sans le dire explicitement, il avait ainsi pris le contre-pied de son prédécesseur Nicolas Sarkozy qui avait affirmé, lui aussi à Dakar, que "l'Homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire", scandalisant son auditoire.

Le lendemain même de ce discours, le président Hollande s'était rendu à Kinshasa pour le sommet de la francophonie, s'y faisant l'avocat des droits de l'homme et de la démocratie sur le continent africain. Ses rapports avec le président congolais Joseph Kabila étaient apparus glaciaux. Les deux hommes avaient échangé une poignée de main furtive et François Hollande n'avait pas même mentionné le nom de son homologue congolais dans son discours.

La France a affiché la même fermeté pour le Sommet de l'Elysée sur le paix et la sécurité en Afrique, vendredi et samedi, déclarant persona non grata six dirigeants africains, soit parce qu'ils sont poursuivis par la justice internationale soit parce qu'ils ont été exclus de l'Union africaine.

Mais surtout, ce sommet aura été l'occasion de réaffirmer solennellement le coeur de la doctrine africaine de François Hollande, à savoir que "l'Afrique devait assurer elle-même sa sécurité", mais avec l'aide active de la France.

Certes, Paris ne veut plus apparaître en "gendarme" de l'Afrique. Mais en attendant la constitution d'une force militaire africaine de réaction aux crises qui secouent régulièrement le continent, la France exerce bon gré mal gré une "responsabilité particulière", observe-t-on dans l'entourage du président Hollande.

"Si nous n'avions pas décidé d'aller au Mali et en Centrafrique, personne n'y serait allé à notre place", ajoute-t-on de même source.

Quant à François Hollande, s'il n'était pas aussi familier que le furent certains de ses prédécesseurs de ces terres africaines, il avait eu l'occasion de nouer des contacts avec nombre de dirigeants africains pendant ses onze années à la tête du PS, de 1997 à 2008.

Son entourage évoque ses rencontres d'alors avec le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, le Nigérien Mahamadou Issoufou ou le Guinéen Alpha Condé, à la tête de leur pays aujourd'hui.

  

 

AFP

Ses derniers articles: Neuf éléphants en cavale meurent électrocutés au Botswana  L'affaire Grace Mugabe devant la justice sud-africaine  Soudan du Sud: au moins 25 morts dans un affrontement armé 

Hollande

AFP

La présence militaire française au Mali: "ce sera long" prévient Hollande

La présence militaire française au Mali: "ce sera long" prévient Hollande

AFP

A Bamako, les adieux réciproques de Hollande et de l'Afrique

A Bamako, les adieux réciproques de Hollande et de l'Afrique

AFP

Hollande et l'Afrique: des guerres et la fin d'une certaine Françafrique

Hollande et l'Afrique: des guerres et la fin d'une certaine Françafrique

symbole

AFP

Au large de Gorée, symbole de l'esclavage, l'archéologie sous-marine a le vent en poupe

Au large de Gorée, symbole de l'esclavage, l'archéologie sous-marine a le vent en poupe

AFP

La grève, symbole du désespoir des médecins kényans

La grève, symbole du désespoir des médecins kényans

AFP

Bama, ville martyre, symbole des ravages de Boko Haram

Bama, ville martyre, symbole des ravages de Boko Haram