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L'adieu

L'Afrique du Sud s'était préparée à l'absence de Nelson Mandela, malade, âgé et retiré de la vie publique depuis cinq ans. Sa mort n'a pas donné lieu à des débordements émotionnels, mais est vécue "comme une célébration", explique à l'AFP Boitumelo Sethlatswe, chercheuse à l'institut des relations raciales (IRR).

 

Q: L'effusion collective semble contenue et aucun jour férié n'a été décrété, pourquoi?

R: "Principalement parce qu'il y a des lieux identifiés pour se recueillir, comme la fondation Nelson Mandela, sa maison de Houghton ou son ancienne maison rue Vilikazi à Soweto, les Sud-Africains sont respectueux, et se rendent là où cela a un sens. Cela n'a rien à voir avec le fait de savoir s'ils aimaient beaucoup ou un peu Mandela mais les gens respectent les espaces de commémoration choisis pour célébrer sa vie. 

On a vu des gens immédiatement se mettre en chemin après avoir entendu la nouvelle le soir (jeudi dernier) et depuis c'est une procession constante dans le pays quand les gens trouvent du temps. 

Cela peut être difficile à comprendre mais la vie continue heureusement. Bien que ce soit une période de deuil, nous continuons d'aller au travail. Même mardi, jour de la cérémonie hommage, les gens doivent prendre du temps sur leur vie personnelle, pour y aller et exprimer leur respect".

 

Q: Cette période de deuil national a des airs positifs, pourquoi ?

R: "Clairement, dans la culture africaine, cela ne peut être autre chose qu'une célébration de sa vie, particulièrement pour quelqu'un comme Mandela qui a vécu 95 ans et a fait d'aussi grandes choses. Quand quelqu'un a bien vécu et pour le bien, on lui témoigne son respect en faisant de sa mort, non pas une occasion de joie, mais une célébration.

Le plus important, c'est de célébrer car il était un symbole de réconciliation et d'espoir pour le pays et nous avons beaucoup de raisons de lui être reconnaissants et d'être fiers de nous et du chemin parcouru en 20 ans. 

Personne ne nie que nous avons des problèmes et encore une longue route à parcourir pour réaliser les aspirations de Mandela et sa génération. Mais c'est aussi incroyable de voir comment tout le monde se rassemble pour ce moment et pour réfléchir à notre pays.

 

Q: Le décès de Mandela fait-il resurgir un passé récent où tous les espoirs étaient permis?

R: Avec sa mort, cela nous fait revivre le moment où il a été libéré de prison en 1990, ou celui où il a prêté serment comme président en 1994, et cela fait revenir des images du passé, de la période juste avant la fin de l'apartheid et du nouvel ordre (démocratique).

Mandela est le symbole de notre libération, et bien sûr il y l'histoire avant cette libération, mais pour la mémoire récente, nous pensons aux occasions joyeuses quand nous avons commencé à construire notre nation Arc-en-Ciel, quand nous n'étions pas conscients des défis auxquels nous sommes confrontés actuellement et encore pour un bon moment.

En tant que Sud-Africains nous aimons tous Mandela et je crois que nous n'avons pas réalisé à quel point il était aimé aussi à l'étranger, et tout cet intérêt, cette compassion, ces chefs d'Etats qui viennent, c'est un moment de fierté, même si cela va de pair avec la lourde responsabilité de continuer la réconciliation dans notre pays.

Le pays a vécu l'isolement, les sanctions, été le paria du monde et en vingt ans cela a complètement changé. Et pour beaucoup de gens ordinaires qui n'ont jamais été mentionnés et qui ont eu un membre de leur famille impliqué dans la lutte anti-apartheid, je suppose que cette reconnaissance donne un sens au sacrifice consenti par cette personne.

 

 

 

 

 

 

AFP

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