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Kenya: des violences tribales ternissent le 50e anniversaire de l'indépendance

A l'endroit où la machette s'est abattue, trois longues entailles strient le crâne d'Abdi Isse, 20 ans, un des nombreux blessés d'une nouvelle vague de violences tribales dans le nord du Kenya, à quelques jours du cinquantenaire de l'indépendance du pays.

"Ils ont attaqué à l'aube, tirant sur tout le monde et n'importe qui, femmes et enfants compris, découpant les autres à la machette", explique un de ses proches, Adan Hassan, alors qu'une infirmière du dispensaire rudimentaire chasse les mouches du blessé en sueur.

Dans la chambre voisine, se reposent deux hommes blessés par balles.

Les violences ont éclaté mi-novembre entre communautés Gabra et Borana dans le canton de Moyale, zone reculée des confins du nord du Kenya, à la frontière avec l'Ethiopie, avec leurs habituels corollaires: morts, blessés, pillages, commerces saccagés, habitations incendiées...

Les tensions sont historiquement récurrentes autour de l'eau, des pâturages ou du bétail entre les deux communautés - toutes deux membres du peuple Oromo, partagé entre le nord du Kenya et une vaste part de l'Ethiopie. Episodiquement, elles donnent lieu à des éruptions de violence meurtrière, dans une région où les armes pullulent et où la kalachnikov a souvent remplacé le bâton du berger.

Comme dans d'autres régions rurales du Kenya, à ces conflits traditionnels sont venues s'ajouter plus récemment des luttes, souvent alimentées par des politiciens du cru, pour le contrôle des instances politiques locales.

La vaste décentralisation, prévue par la Constitution de 2010 et entamée avec les élections générales de mars dernier, et les postes et budgets qui l'accompagnent, ont exacerbé les conflits communautaires dans de nombreuses zones du Kenya ces derniers mois.

Des violences sanglantes qui entachent sérieusement l'exaltation officielle de l'unité nationale à l'approche des célébrations du cinquantenaire du Kenya indépendant, le 12 décembre.

Et qui viennent rappeler ses profondes divisions à un pays encore traumatisé par les terribles violences politico-ethniques sur lesquelles avait débouché la présidentielle de fin 2007. Des violences qui ont mené l'actuel président Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto, élus en mars, dans le box de la Cour pénale internationale (CPI), accusés de crimes contre l'humanité.

"Il y a eu déjà des affrontements avec les Borana, mais il s'agit là de quelque chose de différent", explique Hassan, un chef traditionnel Gabra, à propos de l'intensité des dernières violences. En février 2012, pourtant, plus de 40.000 personnes avaient été déplacées par des violences entre Borana et Gabra, déjà décrites alors comme d'un niveau sans précédent.

Les deux communautés s'accusent l'une l'autre d'être à l'origine des derniers affrontements et mettent en cause des politiciens locaux.

"Les gars d'en face ne rigolent pas, ils nous attaquent avec des armes automatiques, des grenades", souligne Adan Mohammed, un jeune Borana tout juste diplômé de l'Université de Nairobi: "ils sont encouragés par les hommes politiques, afin que leur tribu prenne le pouvoir".

L'armée en renfort des forces locales

A Moyale, on parle de dizaines de morts, mais aucun bilan précis n'est disponible. "L'accès au champ de bataille a été limité", explique Stephen Bonaya, responsable local de la Croix-Rouge kényane, ajoutant que des milliers de personnes avaient fui la ville, qui s'étend de part et d'autre de la frontière éthiopienne.

"Beaucoup sont passés en Ethiopie, d'autres se cachent en brousse", poursuit-il, alors que la principale route en direction de Nairobi est coupée.

L'armée a été envoyée pour aider les forces locales, débordées. Dans une rue poussiéreuse et défoncée passe en trombe un camion rempli de soldats en tenue de combat. Au-dessus des quartiers d'où continue de s'élever la fumée de maisons incendiées, bourdonne un hélicoptère militaire.

Les soldats qui patrouillent en gilet pare-balles et casque lourd, semblaient dimanche avoir rétabli l'ordre dans le centre de Moyale, mais la situation autour de la ville restait précaire.

"On est tombé dans une embuscade en entrant dans un village à la recherche d'armes", raconte George Odur, policier au treillis taché de sang, blessé par balle à la cuisse et à l'épaule, allongé sur un chariot de l'hôpital de Moyale.

L'armée aura beau mettre fin aux combats, le fossé entre communautés restera difficile à combler. "Oui, on est tous musulmans, oui on parle la même langue (...) mais ce sont des gens mauvais", assure Ali Mohamed, chamelier, parlant de ceux d'en face: "si je me bats, c'est simplement parce que je n'ai pas d'armes".

AFP

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