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Centrafrique:

A Bossombelé, ville du centre de la Centrafrique célèbre pour ses deux prisons sous l'ex-président François Bozizé, le fossé s'est creusé entre chrétiens et musulmans depuis l'arrivée de la Séléka au pouvoir et les violences interreligieuses qui ont secoué le pays ces derniers jours.

Avec l'arrivée des soldats français de l'opération Sangaris samedi, de nombreux chrétiens ont commencé à réapparaître en ville après avoir fui en brousse par peur de représailles après les massacres de musulmans à Bangui.

La ville est toujours tenue par les hommes de la Séléka (ex-rébellion composée majoritairement de musulmans) qui ont investi depuis leur arrivée au pouvoir en mars le camp militaire où jadis, le régime de Bozizé enfermait les prisonniers au secret dans des conditions inhumaines.

Aujourd'hui, les habitants de Bossombelé accusent les rebelles d'y enfermer à leur tour des Centrafricains de manière arbitraire. "Ca a commencé à +merder+ avec l'arrivée de la Séléka", affirme Geneviève Seper, 23 ans, racontant que son grand-frère a été arrêté par des Séléka "dans sa maison", emmené au camp et "enfermé dans un conteneur". "Il est commerçant. Ils voulaient de l'argent. Ils lui ont pris 20.000 francs CFA (30 euros)", explique-t-elle.

"La population paysanne ne peut plus aller travailler par peur", explique Pierrot Félicien Gbewenguende, 45 ans, enseignant, qui a fui pendant plusieurs jours en brousse, lors des premières grosses tensions à Bangui le 5 décembre. Comme souvent dans le pays lors d'attaques rebelles, les populations terrorisées quittent leurs habitations et attendent que les choses se calment. "Beaucoup de maison sont encore fermées", souligne M. Gbewenguende.

Il accuse les civils musulmans d'avoir pris fait et cause pour la Séléka: "Avant on vivait tous en symbiose (chrétiens et musulmans) mais dès que la Séléka est arrivée, ils (les musulmans) se sont mis contre nous. Ce n'est plus comme avant". Un sentiment renforcé par le fait que pendant l'offensive de début 2013, les pillages des Séléka ont souvent épargné les commerces musulmans mais pas les chrétiens.

Il reproche aussi à la Séléka de vouloir "islamiser le pays", composé de 10% de musulmans et de 80% de chrétiens.

"la paix est possible"

Les musulmans de la ville voient la situation différemment. "Bozizé (renversé par la Séléka) a tué beaucoup de gens. Séléka est arrivée et c'était une bonne chose. Il fallait changer. Mais, le problème c'est que les chrétiens ne veulent pas un président musulman (Michel Djotodia, président intérimaire). Bozizé veut revenir au pouvoir", estime Abdallah Hadji, mécanicien chauffeur, 38 ans.

Après avoir subi des mois durant les exactions des ex-rebelles Séléka, beaucoup de Centrafricains chrétiens aspirent à la vengeance.

Cette colère des populations contre les Séléka, s'est traduite en septembre par la constitution de milices d'autodéfense paysanne, les anti-balaka ("anti-machettes"). Elle s'est progressivement reportée contre les civils musulmans, avec massacres et cycle infernal de représailles.

"Les anti-balaka ont tué des des musulmans innocents sans raison. Ils ont détruit une mosquée. La Séléka ne pouvait pas rester sans rien faire", poursuit Abdallah Hadji, balayant les détentions arbitraires au camp de la ville: "La Séleka arrête les anti-balaka. Pas les populations".

Un jeune Peul raconte que sa famille a fui sa maison et son village par peur des anti-balaka. Pourtant, malgré ces rancoeurs tous espèrent que "la paix va régner". "J'attends les élections, ce n'est pas un problème si le (prochain) président est chrétien", souligne Abdallah Hadji. "La paix est possible. On peut vivre ensemble comme avant mais il faut des élections, la démocratie", assure Guy Yombo, lui aussi mécanicien.

Environ 1.600 soldats français étaient déployés dimanche en Centrafrique, pour l'essentiel dans Bangui, afin de mettre fin au chaos.

Tous espèrent que l'armée française restera jusqu'au scrutin officiellement prévu en 2015. "Il faut que la France reste le temps qu'il faudra, jusqu'aux élections, dit M. Gbewenguende J'ai envie de dire au président Hollande: au lieu des 1.600 soldats, il faut qu'il nous en envoie 6.000!".

 

AFP

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