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Centrafrique: nuit de terreur dans les ténèbres de Bangui

La nuit est tombée d'un coup, à 18H00 (17H00 GMT), comme chaque jour et ce jeudi comme le couvre-feu. Pour les habitants de Bangui c'est une longue nuit de terreur qui commence. Tous redoutent une chose, que ce soit pire encore que la veille.

"Dans certains quartiers, ça va être terrible, ça va tuer", craignait dès l'après-midi un jeune homme, cloîtré chez lui comme la quasi-totalité de la ville. Et il n'était pas le seul à vouloir arrêter le cycle du soleil qui descend inexorablement et à regarder sa montre. "Déjà 17 heures, mon dieu".

Peur au ventre et ventre vide. La ville a cessé de vivre depuis jeudi matin. Tous les commerces sont restés fermés. Personne n'a travaillé. Rien à ramener à la maison.

Un seul espoir dans l'esprit. Que la force internationale à laquelle le Conseil de sécurité de l'ONU à donné son feu vert jeudi pour rétablir l'ordre dans le pays vienne tout de suite.

Le président français François Hollande a annoncé dès jeudi soir une action militaire "immédiate" de la France après le vote de l'ONU. Des militaires français sont déjà à l'aéroport de la capitale, aux côtés des soldats d'une force africaine, et ils ont patrouillé la ville, se positionnant dans les quartiers.

Au coeur de la nuit, entre le ronronnement du climatiseur et le sifflement des néons, chacun guette les bruits de la ville. Y aura-t-il des tirs, des cris? Seuls résonne le son des moteurs des pick-ups bondés des soldats qui foncent sur les boulevards.

 

"On a tout dépassé"

 

Après les horreurs de ce jeudi, tout le monde va vouloir se venger. Ils sont très nombreux à le penser. Tous les témoignages recueillis par des journalistes de l'AFP vont dans ce sens.

Dans son histoire troublée, Bangui est habituée aux crises, aux coups d'Etat, aux violences, mais "là, on a tout dépassé", dit un employé d'hôtel qui n'a pu rentrer chez lui, couvre-feu oblige, et cherche des nouvelles de sa famille. Les réseaux sont saturés, les coupures multiples. Impossible d'acheter du "crédit" pour les portables, les vendeurs eux aussi sont terrés chez eux.

La journée terrible de jeudi a débuté avant l'aube, lorsque de violents affrontements ont éclaté dans le nord de la capitale. "Des groupes armés ont lancé une offensive sur la ville. Les forces de l'ex-Séléka (ex-rébellion, au pouvoir) ont rétorqué", selon Médecins sans frontières (MSF).

Dans l'après-midi, les journalistes de l'AFP ont comptabilisé au moins 54 cadavres rassemblés dans une mosquée du centre-ville, et 25 cadavres gisant dans les rues voisines, abandonnés sur le bas côté. Les corps portaient des marques de blessures à l'arme blanche et par balles.

Aux abords de la mosquée, des hommes, machette à la main, criaient leur colère. "C'est une guerre qu'ils veulent mener", lançait l'un. "Ils savaient que c'était les maisons des musulmans" quand ils sont venus tuer, lançait l'autre. Un troisième ajoutait: "c'est trop, on ne va pas supporter ça".

A l'hôpital communautaire de Bangui, MSF en fin en de journée a fait état de 50 morts et 80 blessés. D'autres quartiers de la ville restaient inaccessibles, laissant présager un nombre bien plus élevé de victimes.

La Centrafrique est plongée dans le chaos et un engrenage de violences communautaires et inter-religieuses entre chrétiens et musulmans depuis le renversement en mars du président François Bozizé par une coalition hétéroclite à dominante musulmane, la Séléka.

Ces violences se sont multipliées ces dernières semaines, à Bangui et en province, dans un pays en totale décomposition, comptant 4,6 millions d'habitants sur un territoire plus vaste que la France, au coeur du continent.

La résolution de l'ONU autorise les soldats français en RCA à "prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca (force africaine en RCA) dans l'accomplissement de son mandat".

AFP

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