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En Centrafrique, l'hôpital c'est du luxe

Obstiné, méthodique, pour que rien ne soit oublié, il consulte chaque matin le registre des décès de la morgue du complexe pédiatrique de Bangui qui, dans l'écrasante majorité des cas, porte la mention "décédé à domicile".

"C'est simple, les gens meurent à la maison. Ils n'ont plus les moyens de venir à l'hôpital" dans un pays où l'économie est à l'arrêt, dit ce cadre de l'établissement de la capitale centrafricaine qui, comme beaucoup de personnes en ces temps troublés, préfère taire son nom.

L'hôpital est le plus grand de Centrafrique - 250 lits - et le seul à avoir un service pédiatrique, dans un pays de 4,6 millions d'habitants et plus vaste que la France, où tous les indicateurs statistiques de santé sont au rouge depuis longtemps et dégringolent d'année en année.

Malgré tout, le personnel se démène dans tous les sens à longueur de journées, avec l'aide d'une ONG qui a pris en charge la chirurgie, désormais gratuite. Tout le reste - consultations, médicaments, examens,... - est payant. Impossible de faire autrement pour que l'institution continue de fonctionner dans un pays en faillite.

Et pourtant, il manque de tout dans l'hôpital, à l'origine une simple maternité, modernisé grâce à un financement de la fondation France-Libertés de Danielle Mitterrand, épouse de l'ancien président français François Mitterrand.

"Le gros problème, c'est les médicaments", témoigne une cadre de l'hôpital qui y travaille depuis vingt ans. Elle interrompt la conversation pour interpeller un agent: "en néo-nat, le frigo est en panne. Il faut vite réparer, tous les produits vont se gaspiller".

Une colère immense

L'hôpital manque de médicaments, même pour des pathologies bien identifiées et communes en climat tropical, mais mortelles si elles ne sont pas traitées. "Pour le paludisme, il y a des ruptures constantes de stocks", s'insurge-t-elle. Lors des pics saisonniers de la maladie, il y a deux, voire trois patients par lit.

La crise actuelle, depuis début 2013 avec la prise du pouvoir par les rebelles de la Séléka dirigées par Michel Djotodia, n'a rien arrangé. Mais cela dure depuis des années. "A chaque fois, on projette des choses pour avancer. Mais à chaque fois, il y a la rébellion et il faut tout recommencer", dit-elle.

Le chef du service de pédiatrie, le professeur Gustave Dobossi, témoigne lui aussi du quotidien du personnel hospitalier, avec un seul exemple. "Il y avait un enfant diabétique. Ses parents n'avaient pas les moyens de payer le traitement. Ils nous ont regardés et ont dit: que Dieu l'emporte".

Un seul exemple, mais beaucoup de familles vivent la même tragédie. Un père témoigne: "il me fallait 10.000 francs (CFA, 15 euros) pour acheter les médicaments", antibiotiques et poche de perfusion. Pas de salaire depuis des mois. Après des heures à courir à travers la ville chez les uns et les autres, il n'a pas trouvé les dix mille.

Il n'est pas repassé par la clinique de quartier où son fils mourait. La honte et la douleur. Et à l'intérieur, une colère immense, contre tout. Derrière le masque d'un sourire de politesse et d'insouciance feinte. Question d'éducation sur le continent à l'égard du visiteur.

Si beaucoup d'agents du complexe sanitaire jugent que la situation ne fait qu'empirer d'année en année, le professeur Dobossi se veut, lui, optimiste.

Si celui qui fait venir au monde la nouvelle génération ne croit pas en l'avenir, qui le fera ? Vaille que vaille, malgré les crises et les troubles, les choses avancent, souligne-t-il.

L'hôpital continue de s'agrandir, pavillon après pavillon, pour prendre en charge de nouvelles pathologies. Le dernier en date est celui destiné aux malades du sida.

AFP

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