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Centrafrique: tirs

Des tirs ont retenti jeudi matin dans plusieurs quartiers de Bangui, à quelques heures du feu vert attendu de l'ONU à une intervention française destinée à mettre fin au chaos en Centrafrique.

En prélude à l'opération Sangaris, la France, ancienne puissance coloniale, a acheminé des renforts vers ce pays de 4,6 millions d'habitants, l'un des plus pauvres d'Afrique, livré aux violences de bandes armées depuis le renversement en mars du président François Bozizé par la coalition rebelle Séléka.

Jeudi à l'aube, des tirs d'armes automatiques et des détonations d'armes lourdes ont retenti dans plusieurs quartiers de la capitale avant de diminuer d'intensité quelque trois heures plus tard.

Selon un officier de la force africaine déjà présente en Centrafrique, les tirs ont commencé après que des ex-rebelles Séléka, intégrés dans les nouvelles forces de sécurité, eurent détecté des "infiltrations" de milices hostiles au régime près de l'aéroport.

Ils se sont ensuite étendus à d'autres quartiers tandis qu'une partie de la population cherchait refuge dans une église et que d'autres se terraient chez eux. On ignorait si ces tirs avaient fait des victimes.

Ce regain de tension survient alors qu'une résolution proposée par Paris, qui préside actuellement le Conseil de sécurité, doit être adoptée dans la journée à l'unanimité des 15 membres du Conseil, selon des diplomates.

Elle donne mandat à la force de l'Union africaine en RCA (Misca), déjà présente, de se déployer "pour une période de douze mois", avec une clause de révision à six mois.

Sa mission sera de "protéger les civils, rétablir l'ordre et la sécurité, stabiliser le pays" et faciliter l'acheminement des secours dont la population centrafricaine a un besoin urgent. 

Le texte autorise surtout aussi les forces françaises en RCA à "prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca dans l'accomplissement de son mandat".

 "Autour de 1.200" soldats seront déployés et l'intervention débutera "dans les jours qui viennent", entre le vote de la résolution à l'ONU et la date que choisira le président François Hollande, a déclaré jeudi le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius.

 La Misca doit compter jusqu'à 3.600 hommes mais n'en rassemble pour l'instant que 2.500, mal équipés et mal entraînés. Selon la résolution, sa montée en puissance sera financée par un fonds géré par l'ONU et alimenté par des contributions volontaires des Etats.

Le contingent français, qui compte déjà plus de 600 hommes, sera chargé notamment de sécuriser l'aéroport de Bangui et les principaux axes par où transiteront les convois humanitaires.

"Dès que le président de la République aura donné le top, les choses vont aller très vite", a souligné M. Fabius.

"Ca tombe bien puisque nous avons entre aujourd'hui et samedi à Paris à la fois tous les Etats africains, plus le secrétaire général des Nations unies, plus le président de l'Union européenne", a-t-il rappelé.

Un sommet franco-africain sur la paix et la sécurité en Afrique s'ouvre vendredi à Paris, avec une réunion prévue samedi sur la Centrafrique.

Le vote de l'ONU intervient aussi après un nouveau massacre près de Bangui où au moins 12 civils, des éleveurs peuls musulmans, ont été tués à la machette par des milices formées essentiellement de chrétiens dans la nuit de lundi à mardi.

"Ces attaques contre la population civile de Centrafrique prouvent qu'il y a urgence", a souligné mercredi l'ambassadeur français à l'ONU Gérard Araud. "Il nous fallait une résolution, nous allons l'avoir demain".

Schéma déjà appliqué pour le Mali

La résolution est placée sous le chapitre 7 de la Charte de l'ONU qui prévoit le recours à la force, la situation en RCA "représentant une menace à la paix et la sécurité internationales".

Elle demande au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon des recommandations dans les trois mois pour "une transformation éventuelle de la Misca en opération de maintien de la paix de l'ONU" si les conditions politiques et la sécurité le permettent.

Suivant un schéma déjà appliqué pour le Mali, cette transformation demandera une nouvelle décision du Conseil dont certains membres du Conseil rechignaient à lancer d'emblée l'ONU dans une nouvelle opération complexe et dangereuse en Afrique, quelques mois après le déploiement de 6.000 Casques bleus au Mali.

La résolution prévoit également une commission d'enquête sur les droits de l'homme ainsi qu'un embargo sur les armes à destination de la RCA. 

Le Conseil brandit la menace de sanctions contre les responsables d'exactions et ceux qui tenteraient de violer l'embargo, ou de bloquer la transition politique en RCA, ou encore d'en piller les ressources naturelles comme les diamants.

Le Conseil exige enfin des autorités de transition de Bangui qu'elles accélèrent l'organisation d'élections législatives et présidentielle "libres et équitables", qui doivent en principe se tenir avant février 2015.

 

 

AFP

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