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L'Italie dépassée par l’immigration tunisienne

Passée la Révolution du jasmin, beaucoup de Tunisiens ont préféré fuir leur pays pour l’«eldorado» européen. Au large de la Sicile, l’île de Lampedusa (la plus méridionale des îles italiennes) a vu débarquer plus de 5.000 immigrés clandestins en moins d'une semaine. Venus tout droit de Tunisie, ils affluent depuis début février.

Selon le quotidien italien Il Giornale, beaucoup préfèrent «mourir de faim que retourner en Tunisie. […] Il y a toujours l’envie d’un futur meilleur de l’autre côté de la Méditerranée. Parce que d’un côté, il y a la peur que rien ne change malgré la Révolution du jasmin, et de l’autre, celle que les choses puissent encore s’empirer».

Alors que le pays fête le 14 février son premier mois sans Ben Ali, de nouveaux problèmes surgissent qui détériorent les conditions de vie de nombreux Tunisiens. Notamment la fin de la contrebande entre la Tunisie et la Libye —une activité fructueuse et illégale, mais qui faisait vivre des milliers de Tunisiens.

En effet, «nombre de désespérés qui attendent le voyage de l’espérance sur les plages tunisiennes auraient en fait perdu, avec la fuite du président, leur source de revenus: la contrebande de marchandises, par exemple, de produits fabriqués en Chine importés de Libye. […] La Révolution a bloqué ce commerce qui faisait vivre une partie de la population», explique Omeya Sedik, représentant du Parti démocratique progressiste (PDP), actuellement membre du gouvernement provisoire.

Face à l’affluence croissante des migrants, le gouvernement Berlusconi a décrété le 13 février l’état d’urgence humanitaire et a expressément appelé au soutien de l’Union européenne. Et comme les autorités tunisiennes ne sont pas en mesure de contenir leurs frontières, Roberto Maroni, le ministre de l’Intérieur italien, leur a proposé une aide logistique et matérielle.

Le gouvernement de transition s’est d'abord opposé à une «quelconque ingérence dans ses affaires internes», avant de se raviser pour se déclarer «prêt à coopérer avec les autres pays pour faire front à la vague d’immigration clandestine qui se déverse en Europe», rapporte le quotidien la Repubblica Palermo.

Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, et Franco Frattini, le ministre des Affaires étrangères italien, sont attendus aujourd’hui en Tunisie pour parvenir à un compromis.

Jusqu'à la réouverture dimanche 13 février d'un centre d'accueil fermé depuis mars 2009, les réfugiés étaient accueillis dans le stade de football de Lampedusa. Ils sont plus de 2.000 à occuper les locaux; la capacité du centre étant limitée à 850 personnes, de nombreux réfugiés dorment à même le sol.

«Ici nous sommes bien traités, et ils ne nous ramèneront pas d’où nous venons», témoigne un immigré à la Repubblica Palermo. Tous connaissent les risques d’une telle traversée, et pour cause: déjà 29 personnes ont péri en tentant de gagner les côtes italiennes.

Lu sur Il Giornale, la Repubblica Palermo