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Centrafrique: nouvelles violences

Une douzaine de personnes ont été tuées près de Bangui, nouvelle poussée de violences inter-communautaires à la veille de l'adoption programmée d'une résolution de l'ONU qui ouvre la voie à une intervention militaire française imminente dans une Centrafrique en pleine anarchie.

A une centaine de kilomètres au nord de la capitale - où la tension monte dans les quartiers à l'approche du vote à l'ONU, dans un climat détestable de suspicion et de soif de vengeance - au moins douze civils, des éleveurs peuls musulmans, ont été massacrés à la machette dans la nuit de lundi à mardi, selon des sources militaires.

Dix très jeunes enfants ont été sauvagement blessés dans la même attaque, aux membres ou la tête, eux aussi à coups de machettes, et étaient hospitalisés mercredi à Bangui, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"On voit assez régulièrement des gens blessés à la machette, mais autant en une seule fois, on ne l'a jamais vu en Centrafrique", racontait, choqué, un infirmier du complexe pédiatrique de la capitale.

Les coupables désignés sont des membres de milices d'auto-défense paysannes, les "anti-balaka" (anti-machettes). Ces groupes ont émergé depuis septembre dans le nord-ouest du pays, en réaction aux exactions sans fin d'hommes armés issus des rangs de la coalition rebelle Séléka - depuis dissoute - dirigée par Michel Djotodia qui a renversé en mars le président François Bozizé, arrivé au pouvoir dix ans plus tôt par un coup d'Etat.

A Damara, à environ 80 km à l'est de la capitale, les 30.000 habitants ont déserté la ville ces derniers jours, terrorisés eux par des "Séléka", intégrés pour certains dans les nouvelles forces de sécurité centrafricaines par M. Djotodia.

Les milices anti-balaka sont formées de paysans chrétiens, alors que les "Séléka" se revendiquent musulmans.

Pour mettre un terme à cet engrenage infernal de violences qui menace de plonger le pays dans une guerre civile et affecte déjà une grande partie des 4,6 millions de Centrafricains, le Conseil de sécurité de l'ONU va adopter jeudi un projet de résolution de la France - ancienne puissance coloniale - autorisant le recours à la force, ont indiqué mardi soir des diplomates à l'ONU.

"On ne peut plus attendre"

 

La résolution autorise la force africaine (Misca) sur place en cours de renforcement à se déployer "pour une période de douze mois" afin de "protéger les civils et de rétablir l'ordre et la sécurité par les moyens appropriés".

Elle autorise aussi les forces françaises en RCA à "prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca dans l'exercice de son mandat".

La résolution prévoit aussi la création d'une commission d'enquête sur les droits de l'Homme, un embargo sur les armes et la menace de sanctions contre les responsables d'exactions.

Son adoption donne le feu vert à une intervention militaire française, désormais imminente. Six cents soldats français sont déjà présents à Bangui, où depuis 2002 ils tiennent l'aéroport et sont prêts à évacuer si nécessaire les ressortissants européens.

Selon l'ambassadeur français au Nations unies, le contingent français en Centrafrique sera chargé non seulement de rétablir l'ordre dans Bangui, mais aussi de "sécuriser les axes routiers pour permettre un accès humanitaire".

L'armée française a baptisé son opération "Sangaris", du nom d'un petit papillon rouge. Pour les entomologistes du monde entier, la Centrafrique est en effet le paradis des papillons où, en saison, il suffit d'emprunter une piste forestière à la sortie de Bangui pour croiser des nuages de millions de ces insectes.

Mais pour les Centrafricains éprouvés dans leur chair par des mois de souffrances et de violences, l'heure n'est pas à la contemplation des splendeurs de la nature de leur pays.

De tous côtés de la population, les mêmes appels montent, résumés mercredi par une requête sur un ton de supplique d'un haut-cadre de l'administration hospitalière: "les gens sont en train de mourir. On se tue. Il ne faut plus attendre. On ne peut plus attendre".

 

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