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Etudiants en médecine, Tunis byAmine Ghrabi via Flickr CC
Etudiants en médecine, Tunis byAmine Ghrabi via Flickr CC

Tout ce que vous devez savoir sur les médecins tunisiens

Ce n'est pas le projet d'imposer un service obligatoire de 3 ans aux médecins qui résoudra les problèmes de l'hôpital en Tunisie.

J’aimerais essayer de corriger quelques âneries qui circulent en ce moment sur la satanée loi des 3 ans obligatoires pour les médecins spécialistes dans les déserts médicaux.

1 — «Ils ne se sacrifient pas pour leur pays»

Connerie numéro 1. Malheureusement, c’est pas du tout en exposant la situation d’une manière aussi simpliste que vous saisirez l’affaire. J’aurais pensé que le populisme et les phrases toutes faites de ce genre étaient dépassées, apparemment non.

2 — «C'est compliqué et complexe»

Lors d’une discussion en ligne, quelqu’un balance la connerie numéro 2: «Un étudiant en médecine qui ne fait qu’apprendre par cœur des polycopiés te dit que tu n’y comprends rien et que c’est compliqué et complexe», là pour le coup c’est plus du populisme, c’est du kitsch. No Comment.

3 — «Le service obligatoire»

«Tout le monde subit le service obligatoire, notamment les instits et les militaires.» Que je sache, le service obligatoire dans la majorité des métiers ne dure pas 3 ans, et encore moins dans les métiers dont le diplôme est livré à 30 ans.

4 — «Le service public»

«Les médecins ne veulent pas servir la santé publique et veulent s’installer au privé illico presto.» Je rappelle que le spécialiste fraîchement diplômé, c’est-à-dire 30 ans d’âge au mieux, a d’office servi la santé publique 7 ans au minimum. Je pense (et j’espère!) que vous savez tous que les 2 ans d’internat (700 dinars/mois pour travailler de 8h à 15-16h tous les jours + 2 à 3 gardes par semaine) et les 4 à 5 ans de résidanat (900 dinars/mois pour travailler de 8h à 15-16h tous les jours + 2 à 3 gardes par semaine, encore une fois) se font à l’hôpital public et pas en libéral.

5 — «Fracture sanitaire»

L’intérieur grouille de structures sanitaires très bien aménagées et désertées par les médecins“. J’invite tout le monde à consulter les photos publiées sur cette page et à me dire ensuite s’ils pensent que mobiliser des spécialistes allongerait ne serait-ce que de 5 minutes la survie des pauvres patients qui s’y rendront. Je signale en passant qu’au-delà d’un rayon de 10 kilomètres des 4 plus grandes villes de Tunisie, et à quelques exceptions près, les structures sanitaires ne disposent ni d’électrocardiographes, ni d’appareils de radiographie, ni même de paracétamol injectable (je n’évoquerai même pas les scanners ou autres outils diagnostiques un tout petit peu plus sophistiqués). Y déporter même des centaines de professeurs en médecine ne changerait rien à cette fracture sanitaire!

6 — Les médecins croulent  sous le fric»

Connerie numéro 6: «Les médecins tunisiens croulent sous le fric; plus ils en ont, plus ils en veulent, et c’est le salaire dérisoire qui les fait fuir.» Tout le monde sait que les déserts médicaux n’épargnent plus aucun pays dans le monde, même pas les pays développés qui disposent des moyens nécessaires au bon exercice du métier dans les régions reculées. La grosse différence c’est que, en France par exemple, on sait attirer les nouveaux spécialistes vers ces régions en leur offrant des avantages matériels. Nous n’avons pas d’argent, me direz-vous? C’est pas du tout ce qui se devine de la gestion catastrophique de l’économie du pays. Ce qui se devine plutôt, c’est que l’argent part entre autres dans les poches des ministres et des nahdhaouis sous le faux prétexte des réparations.

Personnellement, je suis persuadé depuis le début de cette affaire qu’il ne faudra compter sur la sympathie de personne pour combattre cette loi; ni sur la droite populiste, ni sur la gauche caviar. Il n’y a aucune volonté de compréhension et nul n’est plus sourd de que celui qui ne veut entendre. Je suis donc pour qu’on arrache nos droits nous-mêmes, et c’est d’ailleurs dans ce sens que va le SIRT (Syndicat des internes et résidents de Tunisie).

Grèves de plus en plus allongées, pas de choix des stages pour les futurs-résidents, et possibilité de démission collective prochainement, et on verra comment “docteur” Mekki gérera ça, lui qui fait partie d’un gouvernement de transition supposé gérer les problèmes imminents du pays, et pas les problèmes de fond dont la réforme demande d’énormes réflexions et des dizaines d’années.

Nawaat

Nawaat

Ses derniers articles: Peut-on (encore) se passer des banques au quotidien en Tunisie?  En Tunisie, le "plus grand drapeau au monde" ne fait pas l’unanimité  Tunisie-Union européenne: une mise sous tutelle déguisée 

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