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Egypte: une famille dans la tourmente de la répression anti-Morsi

Pour Amany Sonbol, le cauchemar a commencé quand son mari a été arrêté fin 2012 à Dubaï, accusé d'être un Frère musulman. Aujourd'hui, elle pleure son fils tué le 14 août au Caire comme des centaines de partisans de Mohamed Morsi.

Cette Egyptienne de 54 ans est sans nouvelles de son époux et démunie avec ses cinq filles depuis la mort d'Ahmad, le seul homme au foyer depuis qu'Ali croupit dans une prison d'Abou Dhabi.

Elle maudit à jamais le gouvernement installé et dirigé de facto par l'armée, qui a destitué et arrêté le 3 juillet l'islamiste Morsi, premier président élu démocratiquement en Egypte.

Car depuis le 14 août, jour où soldats et policiers ont massacré des centaines de manifestants pro-Morsi sur les places Rabaa al-Adhawiya et Nahda au coeur de la capitale égyptienne, le gouvernement intérimaire réprime sévèrement les Frères musulmans, influente confrérie qui avait largement remporté les législatives fin 2011.

L'armée avait invoqué, pour justifier son coup de force du 3 juillet, les millions d'Egyptiens qui avaient manifesté fin juin pour réclamer le départ de ce président, membre de la confrérie islamiste accusé de vouloir islamiser la société à marche forcée.

Trois mois après la tragédie, dans son appartement du Caire aux murs tapissés de photos d'Ahmad, de sa naissance à quelques jours avant sa mort, Amany pleure toujours à chaudes larmes son fils chéri tombé à 24 ans sous les balles des forces de l'ordre à Rabaa. Sur cette seule place du Caire, 627 manifestants ou simple sympathisants des islamistes ont été tués ce jour-là.

Puis elle s'emporte: "J'ai perdu mon fils dans un massacre perpétré par ce gouvernement, lui ne reviendra plus et je ne sais pas quand mon époux sera de retour".

Pourtant, selon sa famille, Ahmad était loin du fanatique "terroriste" que décrivent à longueur de journée les médias égyptiens, quasi-unanimes et au diapason du gouvernement quand ils évoquent les Frères musulmans. 

Pour le jeune homme, tué deux semaines avant de commencer des études de biologie marine en Turquie, Morsi représentait un "changement" pour l'Egypte qui venait de passer trois décennies sous la férule de Hosni Moubarak, chassé début 2011 du pouvoir par une révolte populaire dans la lignée des Printemps arabes, explique sa soeur Sarah.

"Il a participé à la révolution de janvier 2011 contre Moubarak, il croyait en une cause, il n'était influencé par personne", s'enflamme la jeune fille.

Ahmad était un fanatique de plongée sous-marine et était devenu un assistant du professeur Edwin Cruz-Rivera, spécialiste de cette science à l'université américaine du Caire. "C'était un islamiste engagé dans sa foi mais pas un extrémiste, parce qu'il était ouvert à d'autres idéologies", se rappelle M. Cruz-Rivera, interrogé par téléphone au Bangladesh où il a été muté trois jours après le drame de Rabaa.

Ahmad était littéralement l'homme du foyer depuis que son père Ali, médecin, travaillait à Dubaï."Il faisait tout, il prenait soin de ses soeurs et faisait les courses", souffle Amany, les larmes aux yeux, avant de lâcher à nouveau sa colère: "Toute la communauté internationale est responsable du massacre, le monde s'est contenté de regarder la loi de la jungle se déchaîner sur des gens innocents !".

Les six femmes de la famille attendent aujourd'hui dans l'angoisse des nouvelles d'Ali, arrêté en décembre 2012 par des policiers en civils à Dubaï.

Selon des médias et la famille Sonbol, Ali est emprisonné avec un groupe d'Egyptiens jugés pour avoir créé aux Emirats Arabes Unis une branche illégale des Frères musulmans, confrérie très influente dans le monde arabe fondée il y a 85 ans en Egypte où, après des décennies de clandestinité, elle a remporté largement les législatives fin 2011.

Amany jure qu'Ali n'a rien à voir avec les Frères, il a simplement voté Morsi en 2012. Dubaï a confisqué ses économies accumulées au service du ministère émirati de la Santé, selon Amany. "Mais le plus terrible, c'est qu'il n'a pu voir son fils pour ses derniers jours, ni même assister à ses funérailles", lâche Sarah.

"C'est une bande de tueurs, il y a une différence entre disperser des manifestants et les massacrer", s'emporte sa soeur Huda, étudiante en médecine.

AFP

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