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En Egypte, crainte du retour

Des jeunes filles dans la cage d'un tribunal, condamnées à 11 ans de prison, des manifestants non islamistes dispersés pour la première fois depuis la destitution de Mohamed Morsi par l'armée: en deux jours, le nouveau pouvoir égyptien a choqué même parmi ses partisans.

Au-delà désormais des cercles des défenseurs des droits de l'Homme --qui dénonçaient depuis plus de trois mois la très sanglante répression visant les manifestants partisans de Morsi-- des Egyptiens dénoncent un retour du pouvoir autoritaire, près de trois ans après la chute de Hosni Moubarak.

Certes, l'armée, qui a destitué le 3 juillet le président islamiste Mohamed Morsi et nommé un gouvernement intérimaire, jouit toujours d'une large popularité. Certes une majorité d'Egyptiens sont bien plus avides de retrouver la stabilité dans un pays à l'économie en ruine que de se soucier du sort de ceux qu'ils considèrent comme une poignée de jeunes agitateurs.

Mais une loi décrétée dimanche par le président intérimaire, interdisant toute manifestation n'ayant pas l'aval des autorités, a mis le feu aux poudres dans la rue et jusque dans les rangs des partisans de l'armée et des militants laïcs, estimant jusqu'alors que les militaires étaient un moindre mal après un an de présidence Morsi.

Depuis la destitution de M. Morsi, police et armée se sont lancées dans une implacable répression des manifestations de ses partisans, soutenues par les médias unanimes et une large partie de la population décidée à tourner la page des Frères musulmans. Depuis le 14 août, plus de mille manifestants pro-Morsi ont été tués et des milliers arrêtés, ce qui n'a guère ému la vaste majorité des Egyptiens.

Mais mardi, la police a appliqué la nouvelle loi et dispersé à coup de canon à eau et de grenades lacrymogènes deux manifestations --de taille modeste-- des mouvements laïcs de la jeunesse, arrêtant les militantes les plus connues du pays avant de les relâcher au beau milieu de la nuit au bord d'une route en plein désert, à 15 km du Caire.

11 années de prison

Ces rassemblements pacifiques dénonçaient la nouvelle loi sur les manifestations et un article maintenu dans la Constitution en cours de révision qui autorise les militaires à juger des civils. 

Toujours en vertu de cette loi jugée liberticide par les ONG et ayant provoqué l'inquiétude du secrétaire général de l'ONU, la justice a ordonné l'arrestation d'Ahmed Maher et Alaa Abdel Fattah, deux figures de la révolte de 2011 contre Moubarak, accusés d'avoir appelé à ces rassemblements. "Du déjà vu, je vais de nouveau me livrer aux autorités samedi", tweetait aussitôt ironiquement M. Abdel Fattah, déjà arrêté sous le régime Moubarak puis sous le pouvoir militaire qui a assuré l'intérim avant l'élection de M. Morsi.

Et mercredi, une nouvelle décision a apporté de l'eau au moulin de la contestation: la justice a condamné 14 jeunes partisanes de M. Morsi à 11 années de prison, et envoyé en maison de correction sept mineures, simplement accusées d'avoir participé à des manifestations pro-Morsi et d'être des membres des Frères musulmans.

Hamdeen Sabbahi, ex-candidat à la présidentielle et l'un des opposants les plus virulents à Morsi, interpellait peu après les autorités sur Twitter: "J'appelle le président (par intérim) Adly Mansour à utiliser son droit de grâce pour les filles condamnées à 11 ans de prison".

Ces lourdes peines ont provoqué une onde de choc en Egypte, jusque dans les rangs de ceux qui avaient manifesté le 30 juin par millions pour réclamer le départ de M. Morsi.

Pour Mohamed Sayyed, serveur dans un café au Caire, "ce verdict dit aux Egyptiens: +vous n'avez aucuns droits".

Pour Gehad Gamal, employé dans une compagnie d'assurance, "ces condamnations nous renvoient à l'époque de Moubarak, où les droits politiques étaient réprimés".

Ces nouvelles critiques pourraient creuser le fossé au sein d'un gouvernement nommé par l'armée entre les faucons et les plus "libéraux". Gouvernement chargé par les militaires d'amender la Constitution et d'organiser des élections législatives et présidentielle en 2014.

Issandr El Amrani, directeur du projet Afrique du Nord d'International Crisis Group, estime que "plutôt que de consolider la coalition, cela l'affaiblit. Elle perd même des soutiens parmi ses partisans".

"Durant les trois dernières années, la brutalité policière a été un des facteurs importants de la crise politique et ce cycle se poursuit", prévient-il.

AFP

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