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Affrontements entre Ansar Charia et l'armée libyenne, Benghazi, novembre 2013 / Reuters
Affrontements entre Ansar Charia et l'armée libyenne, Benghazi, novembre 2013 / Reuters

Le problème de la Libye, c'est qu'elle manque d'un vrai leader

Et les islamistes d'Ansar Charia viennent davantage compliquer la situation.

En déclenchant la guerre ouverte à ce qui ressemble plus ou moins à une armée en Libye, les islamistes d’Ansar Charia, voudraient sans doute signifier que dorénavant, il va falloir compter avec eux pour l’avenir de la nation en construction.

Ils en rajoutent donc à la complexité de la situation sécuritaire en Libye. La Libye de l’après-Kadhafi est en effet devenue un vrai capharnaüm où soldats et miliciens, rebelles et pro-kadhafistes, se règlent les comptes sans discontinuer.

La Lybie peine à se retrouver pour diverses raisons. Il y a tout d’abord la multiplication des conflits fratricides, provoquée par la chute de tyrans que sont par exemple Ben Ali de Tunisie et Mouammar Kadhafi de Libye. Aujourd’hui, ces deux pays souffrent d’un manque réel de leaders. Il y a ensuite le rôle ambigu de l’Occident.

L'après-Kadhafi

Sous Kadhafi et Ben Ali, les Occidentaux avaient fermé les yeux sur des dossiers aussi cruciaux que ceux portant sur le respect des droits humains, la bonne gouvernance, etc. Le colonel libyen, en particulier, était beaucoup craint des Occidentaux. Ceux-ci ne l’aimaient pas vraiment ! Mais, aucun ne voulait se le mettre à dos. Les erreurs de Kadhafi au plan de la gouvernance, ont fini par lui coûter cher.

Certes, les Occidentaux ont beaucoup aidé le peuple libyen à se libérer. Mais, celui-ci envisageait une autre Libye. Le dossier hérité du clan Kadhafi, se révèle donc de jour en jour particulièrement difficile à gérer. Ce, d’autant qu’en France, François Hollande et les socialistes ont succédé à Nicolas Sarkozy et à la droite. Les points de vue et les méthodes sont différents et entre-temps, sur le terrain, la donne a évolué.

Quarante ans, ce n’est pas peu! Surtout que très méfiant tout au long de son règne, le Guide de la Jamahiriya arabe libyenne socialiste ne disposait pas d’une véritable armée classique; mais plutôt, de fidèles acquis qu’il a su armer jusqu’aux dents. Il va donc de soi que de nos jours, le réflexe tribal tende à l’emporter sur le reste. La loi du chacun pour soi et des prébendes a donc survécu dans un environnement où, livrés à eux-mêmes, les clans et les tribus ont resurgi. Rapidement, l’on a occupé le vide institutionnel. Livrés à eux-mêmes, certains acteurs politiques libyens commencent à inquiéter.

Le bal des islamistes

Après les miliciens, voilà en effet que des islamistes entrent dans la danse. Leur objectif avoué: instaurer la charia sur toute l’étendue du territoire libyen. Une autre forme de dictature, après le règne sans partage de quarante ans du clan Kadhafi. La pilule à avaler est vraiment très amère.

Les Occidentaux qui ont aidé à renverser Kadhafi sont contrariés. Les choses prennent des tournures imprévues: l’internationale du terrorisme islamiste se mêle de façon officielle aux événements. Or, s’ils atteignent leurs objectifs en Libye, les dirigeants d’Ansar Charia donneront du courage à tous ces groupuscules islamistes qui sèment le trouble et commencent à menacer sérieusement l’Afrique subsaharienne.

C’est sans doute avec amertume que les Occidentaux voient les islamistes émerger tout doucement dans un environnement où l’Etat est quasi-inexistant. C’est tout un symbole qu’Ansar Charia s’attaque à Benghazi. Cité laïque et d’obédience libérale, elle est en effet le point de départ de la révolution qui a fini par chasser le clan Kadhafi du pouvoir.

Echec d'une direction collégiale

Or, en Libye, l’émiettement des forces contraires fait craindre le pire. L’on constate avec regret, l’émergence difficile de leaders susceptibles d’assurer la relève des disparus, et de travailler à la cohésion nationale. Les révolutionnaires qui n’ont pas su se doter d’une direction collégiale avec laquelle évoluer, peinent à se frayer un chemin. Pourtant, en dépit des tentatives opportunistes des groupes islamistes de combler le vide institutionnel, les populations ne se reconnaissent nullement en ces individus qui cherchent à s’imposer par la violence.

L’Afrique subsaharienne devient chaque jour qui passe, une cible de choix pour les djihadistes. Ces derniers semblent avoir entrepris de faire la guerre des croisés aux Africains en lieu et place des Occidentaux! Ceux-ci l’ont bien compris, qui s’impliquent chaque jour un peu plus. C’est de bonne guerre, car aujourd’hui, il est clair que si la Libye tombe, ce sera la catastrophe.

D’autres pays africains subiront le même sort. Or, il y a des valeurs universelles à défendre: démocratie et droits humains, entre autres. Une chose est sûre: l’internationale terroriste djihadiste ne s’agite pas pour rien sur ce continent. Elle dispose d’une vraie stratégie de conquête. On l’a vu en Somalie, en Afrique du Nord, et plus près de nous au Nigeria et au Mali, pour ne citer que les plus récents parmi les plus connus! Ce terrorisme d’essence religieuse, ne connaît point de frontière. Il n’a d’égard pour aucun Etat, pour aucune culture.

Esprit de sacrifice

Il est donc temps pour les islamologues africains, de se concerter et de réfléchir à la promotion d’un Islam beaucoup plus modéré et tolérant, à l’image de nos valeurs culturelles, et des principes universels. Il nous faut trouver des voies africaines de sortie de crises, pour ne pas faire les frais d’un islam étranger, aussi subtil qu’envahissant et dévastateur.

Mus par leur conviction idéologique à saveur totalitaire, les «djihadistes» ont, plus que leurs adversaires, l’esprit de sacrifice. N’étant pas dépourvus d’argent, ils cherchent à s’installer en Afrique arabe, avant de s’étendre sur l’Afrique subsaharienne où existent déjà des cellules dormantes. Tapis dans l’ombre, ce sont parfois des proches qui, à l’occasion, distillent avec habileté des versets qui enchantent, autant qu’ils désarment et envoûtent. Endoctrinés à souhait, ils sont le plus souvent prêts au sacrifice suprême, pour défendre l’idéal que leur inculque le leader du groupe.

Autant dire que les moyens à mettre pour éradiquer un tel fléau, ne seront jamais de trop.

Cet article a d’abord été publié dans Le Pays

Le Pays

Le Pays. Le plus lu des quotidiens du Burkina Faso.

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