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Egypte: offensive diplomatique contre les soutiens des Frères musulmans

L'Egypte, qui réprime dans le sang les Frères musulmans du président Mohamed Morsi destitué par l'armée, multiplie les coups d'éclat diplomatiques contre les pays qui les soutiennent comme la Turquie et engrange le soutien financier de ceux qui s'en méfient dans le Golfe.

Dès que le premier président élu démocratiquement en Egypte a été déposé et arrêté par les militaires le 3 juillet, le gouvernement installé par l'armée s'en prenait au Qatar, seule monarchie du Golfe soutenant les Frères musulmans, en fermant l'antenne de sa chaîne Al-Jazeera en Egypte, dont des journalistes étaient même arrêtés.

En outre, plusieurs responsables gouvernementaux ont affirmé être prêts à rendre au Qatar les fonds alloués durant la présidence Morsi.

Mi-août, quand le Premier ministre islamo-conservateur turc Recep Tayip Erdogan dénonçait un "très grave massacre" après la mort de centaines de pro-Morsi tués par policiers et soldats au centre de la capitale, Le Caire rappelait son ambassadeur à Ankara. Avant de finalement expulser samedi l'ambassadeur turc en Egypte et de réduire sa représentation diplomatique au niveau des chargés d'affaires. Aussitôt, Ankara appliquait la "réciprocité".

Pour Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), basé à Paris, l'expulsion de l'ambassadeur de Turquie est la conséquence de la "collision entre un nationalisme égyptien de plus en plus sourcilleux et une Turquie rendue amère (...) après avoir subi plusieurs revers régionaux depuis un an, notamment en Syrie, qui lui ont fait perdre de l'influence".

"Les dirigeants militaires disent clairement qu'ils ne tolèreront aucun soutien aux Frères musulmans, que ce soit à l'intérieur du pays ou à l'extérieur", note Shadi Hamid, directeur de recherche au Brookings Center à Doha.

Mais, explique-t-il, si Le Caire se permet ce genre de mesure de rétorsion, c'est parce qu'il a gagné, en chassant les Frères musulmans du pouvoir, des appuis économiques de poids. "Des Etats du Golfe comme l'Arabie saoudite, le Koweït et les Emirats arabes unis ont fourni des milliards d'aide à l'Egypte, ce qui lui confère une certaine marge de manoeuvre", dit-il.

Ne pas aller à la confrontation

L'Arabie saoudite et le Koweït avaient annoncé des aides cumulées de neuf milliards de dollars à l'Egypte dans les jours qui ont suivi le 3 juillet, promettant même de combler chaque dollar manquant de l'aide financière massive et essentiellement militaire des Etats-Unis qui lançaient des menaces après les massacres du 14 août mais refusaient de qualifier de "coup d'Etat" la destitution de M. Morsi. 

De leur côté, les Emirats arabes unis --où 24 islamistes émiratis et égyptiens sont actuellement jugés pour constitution d'une cellule liée aux Frères musulmans- ont annoncé un soutien financier de 4,9 milliards de dollars.

De toute façon, pour M. Hamid, au delà des rodomontades de façade, ni l'Egypte ni les Etats-Unis, pas plus que les Européens n'ont "la volonté politique d'aller à la confrontation".

En effet, "en dehors de la Turquie et du Qatar, soutiens traditionnels des Frères Musulmans, la plupart des autres pays ont pris acte de la nouvelle situation égyptienne et ont préféré fermer les yeux sur le coup d'Etat, au nom du réalisme et par hostilité de principe envers l'islamisme", affirme M. Bitar.

Ainsi, les Etats-Unis, qui appelaient régulièrement à la libération de M. Morsi et ont ensuite gelé partiellement leur substantielle aide à l'armée égyptienne, multiplient désormais les déclarations hostiles au chef de l'Etat destitué. Récemment, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a accusé les Frères d'avoir "volé la révolution" de 2011 contre Hosni Moubarak.

Pour M. Bitar, le réel danger qui menace l'Egypte n'est pas l'isolement diplomatique mais la disparition progressive de la manne étrangère car "certains pays du Golfe ont déjà prévenu que leur aide économique à l'Egypte résultait d'un soutien en situation d'urgence et n'avait pas forcément vocation à se pérenniser".

"Les difficultés à venir de l'Egypte viendront donc probablement plus du terrain économique que de celui de la légitimité internationale des nouvelles autorités", conclut-il.

C'est d'ailleurs pour ces raisons économiques que Mustapha Kamal al-Sayyed, professeur à l'Université du Caire, estime que les tensions diplomatiques avec Ankara notamment pourraient n'être que "temporaires". Quant au Qatar, où "des centaines de milliers de travailleurs Egyptiens sont expatriés", l'Egypte ne peut s'en couper totalement, "car ce sont ces travailleurs qui en paieraient le prix", dit-il.

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