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Dépouillement dans un bureau de vote en Mauritanie / Reuters
Dépouillement dans un bureau de vote en Mauritanie / Reuters

Ça ne sert à rien d'organiser les législatives en Afrique

Les derniers exemples malien, mauritanien et guinéen ont montré que ces scrutins ne passionnent personne.

Avec les élections législatives du 24 novembre, le Mali poursuit sa restauration démocratique. Ces élections, à l’instar de la présidentielle qui avait suscité tant de passion et d’enthousiasme, constituent, malgré tout, une étape indispensable pour le retour à une vie constitutionnelle normale. Mais juste avant le Mali, ce sont les Mauritaniens qui ont été appelés, le 23 novembre, à voter pour élire leurs maires et leurs députés. Le 28 septembre, la Guinée organisait ses premières élections législatives libres. Comme on le voit, ce sont trois pays d’Afrique de l’Ouest qui ont invité leurs peuples à choisir leurs représentants pour l’exercice de la puissance législative. Les députés, en tant que représentants du peuple, sont donc investis du pouvoir législatif.

Manque d’engouement

Alors que les Maliens viennent de voter, et que les Mauritaniens attendent la proclamation des résultats provisoires, on observe que les élections législatives, en Afrique, se déroulent dans une quasi-indifférence des populations. En règle générale, les taux de participation restent très faibles. C’est pourquoi l’un des enjeux majeurs du scrutin législatif malien reste avant tout le taux de participation.

Mais d’ores et déjà, nombre d’observateurs et d’acteurs de terrain ont relevé un manque d’engouement des électeurs pour ces législatives. Pourtant, on nous avait laissé croire qu’avec la réussite spectaculaire de la présidentielle, les Maliens avaient montré qu’ils étaient plus que jamais attachés à la démocratie. Mais pourquoi, en Afrique, les élections législatives ne passionnent-elles plus grand monde? Pourquoi se focalise-t-on exclusivement sur l’élection présidentielle? En vérité, nombre de pays africains ont fait le choix de «régimes présidentiels forts».

Ainsi, les députés se trouvent rabaissés au rôle de délégués pour ne pas dire sujets des princes qui gouvernent. Mais allons plus loin. En Afrique, d’un point de vue culturel, il existe une certaine sentimentalité, un certain respect sinon un culte à l’égard du mot «président». Et dans les faits, les citoyens du continent observent que les présidents, bien qu’élus démocratiquement, ne gouvernent pas franchement avec l’Assemblée nationale. D’où un discrédit des parlements africains auprès des opinions publiques.

Tout système démocratique perd sa puissance d’attraction quand il demeure abstrait. Dans le cas malien, la faiblesse du taux de participation à ces législatives, peut aussi s’expliquer par le choix du scrutin de listes, trop compliqué pour l’entendement de l’électeur. En plus de cela, il ne faut pas oublier les survivances des séquelles de «la démocratie consensuelle» avec le régime ATT qui avait fini par installer la résignation et le fatalisme au sein du peuple malien.

On a donc le sentiment qu’avec ces législatives, les Maliens semblent dégoûtés du parlementarisme républicain. Cela dit, IBK découvre, depuis son entrée en fonction, que l’épreuve du pouvoir est cruelle. Ses tâtonnements, ses hésitations, ses volte-face ont brouillé son image d’homme qui tranche, qui décide, bref, d’un homme d’Etat ferme. Ses partisans semblent revenus de leur période «idolâtrique» vis-à-vis de leur champion à la présidentielle. Quant à l’opposition malienne, elle ne s’est pas encore remise de sa défaite à la présidentielle.

«Néantisation» des Parlements

L’échec de l’opposition ouvrira-t-il un boulevard à IBK, avec une majorité confortable à l’Assemblée à l’issue de ce scrutin législatif? Rien n’est moins sûr. Mais le dynamisme démocratique d’un pays comme le Mali doit reposer sur une certaine cohérence politique. Les électeurs maliens qui ont plébiscité IBK à la présidentielle, doivent, en toute cohérence, lui conférer une majorité parlementaire solide afin qu’il puisse appliquer son programme.

Cela dit, au Mali, en Mauritanie et sur le reste du continent, il faut éviter le despotisme d’un parti, d’un homme. L’immense majorité des Africains rêve, pour leur pays, d’une «démocratie régénérée», virile, qui croit en elle-même et en sa mission rédemptrice. C’est pourquoi au sein de tous les Etats africains, on ne devrait pas faire l’économie d’une nouvelle manière de «penser» et de «faire» la politique.

C’est le respect du Parlement, doté de vrais moyens, qui conditionne la stabilité de tout pays. Mais il convient de ne pas utiliser les rivalités légitimes des partis dans nos Parlements pour paralyser le fonctionnement de l’Etat républicain.

Parmi les instruments de puissance dont l’Afrique, notamment le Mali dispose pour son développement, pour la réussite de sa reconstruction, il y a le Parlement. IBK ne doit pas succomber à la tentation de céder, après les dégâts politiques de «la démocratie consensuelle» d’ATT, au pouvoir autoritaire, personnel. S’il obtient une majorité confortable à l’issue de ce scrutin, il devra toujours traiter avec le Parlement.

Le pays sort d’une épreuve atroce. Et les groupes djihadistes sont loin d’avoir dit leur dernier mot. Si on peut gagner une guerre sans croire en la démocratie, on ne gagnera pas la paix si l’on ne croit pas en elle. Le Parlement reste l’expression de la citoyenneté républicaine. Il appartient aux élites politiques et intellectuelles, d’en faire la pleine démonstration auprès des peuples du continent, en accentuant les opérations de sensibilisation autour des vertus et des mécanismes du régime parlementaire. Car, rien n’est plus redoutable, à longue échéance, pour la pérennité d’un système démocratique, que la «néantisation» de nos Parlements.

En tout état de cause, le scrutin législatif malien présente déjà quelques plaies regrettables, notamment dans la commune de Gandou au sud de Tombouctou où sur 22 urnes installées, 18 ont été proprement enlevées par des représentants de partis politiques et où des cartes d’électeurs ont été confisquées, sans ménagement, par des hommes en armes! Quant à la Mauritanie, sur les 11 partis radicaux de l’opposition, 10 ont fait l’option du boycott, limitant de ce fait la qualité, la crédibilité et la portée du scrutin. Ainsi va la démocratie sous nos tropiques!

Cet article a d’abord été publié dans Le Pays

Le Pays

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