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Dans l'entretien qu'il nous a accordé, Mostefa Lenouar, président de l'Union des barreaux d'Algérie, affirme que «la justice a besoin de faire en sorte que les lois soient bien appliquées et que ni les juges, ni les procureurs, ni la police judiciaire ne soient ligotés ou au service d'une quelconque partie». -Le ministre de la Justice vient d'annoncer la réforme du code de procédure pénale pour rendre «exceptionnelle» la décision de détention provisoire. Qu'en pensez-vous ? Nous savons que des commissions ont été installées au niveau du ministère de la Justice, chargées de réviser un certain nombre de textes, dont le code de procédure pénale. Les lois ne sont pas figées ; elles peuvent être revues à chaque fois que nécessaire. Néanmoins, il faut savoir que dans l'actuel code de procédure pénale, la détention provisoire est une mesure exceptionnelle, mais elle est limitée à l'appréciation du juge uniquement. Peut-être qu'il faudra revoir cette limitation pour faire en sorte que les libertés soient plus protégées. Si c'est le cas, ce sera un pas en avant dans la construction d'un Etat de droit. -Le ministre a évoqué de nouvelles dispositions pour garantir la protection des témoins dans les affaires pénales. Quel est votre avis ? Il est vrai que les témoins ne sont pas protégés par la loi. Faire en sorte qu'ils le soient est une excellente mesure qui va encourager, à l'avenir, les citoyens à dénoncer. Souvent, les gens refusent de venir témoigner à la barre de peur des représailles. Les protéger va certainement les libérer de cette peur. -Selon vous, la justice est-elle malade de ses textes ou des décisions politiques ? Le problème de la justice ne réside pas dans les textes, mais dans justement ces pratiques erronées, pour ne pas dire injustes. Les lois existent et elles sont dans la majorité des cas très en avance. Il est regrettable de constater que beaucoup de juges ne sont pas convaincus de leur indépendance et, souvent, exercent sous la pression, les instructions, les interférences, etc. Pour moi, le vrai problème de notre justice est la mauvaise application de nos lois. La politique n'a rien à avoir dans la maladie de notre justice. Je connais de nombreux juges qui ne font rien sans se référer aux instructions «d'en haut» qui peuvent venir de n'importe quel responsable, même si c'est uniquement du procureur général, du président de la Cour, d'un directeur central, etc. La plupart sont tétanisés par la peur de ceux «d'en haut», même si réellement ils n'existent pas. Dans les années 1970 et 1980, les juges étaient plus libres qu'aujourd'hui. -Pensez-vous qu'il serait plus utile de briser cette peur que de revoir les textes ? Nous pouvons avoir les meilleurs textes, mais si les juges les appliquent mal, le résultat est catastrophique. Lorsque vous donnez à un juge 200 à 300 affaires par audience, quel résultat en attendre, sachant qu'il est impossible qu'il puisse les vider tous en fin de journée ? Nous sommes dans l'ère de la justice des statistiques et non du droit. Vous savez que de nombreux juges ont été écartés des audiences parce qu'ils n'ont pas la réputation de magistrats sévères. Pourtant, la loi permet au juge, en son âme et conscience et en toute liberté, d'apprécier le dossier. Conséquence : beaucoup de juges ne sont pas convaincus de la liberté que leur confère la loi. En fait, l'Algérie a suffisamment de textes. Ce dont elle a besoin, c'est de faire en sorte qu'ils soient bien appliqués et que ni les juges, ni les procureurs, ni la police judiciaire ne soient ligotés ou mis au service d'une quelconque partie.  

El Watan

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