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Libye: les Tripolitains manifestent et poussent au départ les milices

Les Tripolitains ont manifesté à nouveau vendredi pour maintenir la pression sur les milices et pousser ce qui reste d'entre elles à quitter la capitale, un mouvement populaire que le gouvernement tente de mettre à profit pour rétablir la sécurité dans le pays.

Le 15 novembre, quarante-six personnes ont été tuées et plus de 500 blessées dans des violences déclenchées par les tirs d'une milice contre des manifestants pacifiques venus lui demander de quitter la capitale.

Ces violences ont provoqué la colère des Tripolitains, qui observent depuis dimanche une grève générale ponctuée par des manifestations quotidiennes contre les milices.

Vendredi, des centaines de personnes se sont ainsi  rassemblées devant la mosquée al-Quds, près du centre-ville de Tripoli pour réclamer le départ de toutes les milices de la capitale, à l'appel des autorités locales.

"Nous exigeons de nettoyer la capitale de toutes ces milices. La plupart d'entre elles sont formées par des criminels. Il faut que la police et l'armée renforcent leur présence", a expliqué Abdelmajid, un fonctionnaire de 41 ans qui participait à la manifestation. 

"Non aux groupes armés à Tripoli", pouvait-on lire sur les banderoles des manifestants, soigneusement encadrés par la police qui a défilé autour de la manifestation avec des véhicules et des uniformes flambant neufs.

Les autorités avaient annoncé jeudi soir qu'elles assureraient la sécurité de la manifestation,tandis que le Premier ministre Ali Zeidan appelait les protestataires à ne pas se rendre sur des sites occupés par des milices, pour éviter un nouveau bain de sang. Plusieurs groupes semblent cependant avoir déjà quitté la capitale.

Les milices de Misrata (à l'est de Tripoli), lourdement armées, ont quitté Tripoli lundi, à l'appel de dirigeants locaux après l'implication de l'une d'elles dans les heurts de vendredi dernier.

Craignant d'être pris pour cibles par les protestataires, les principaux groupes armés, dont trois puissantes factions de Zenten et deux milices islamistes de Tripoli qui faisaient office de police, ont annoncé jeudi leur départ, et d'autres groupes ont suivi vendredi. 

Ces annonces ont été faites au cours de cérémonies officielles en présence des autorités, qui se sont félicitées de "ce pas important vers l'édification de l'Etat".

'Trop beau pour être vrai'

 

Les Libyens sont toutefois mitigés et certains dénoncent déjà une "mise en scène" pour absorber la colère des Tripolitains. "Trop beau pour être vrai", commente Asma sur son compte Twitter.

"Il faudrait attendre les prochains jours pour faire un bilan et vérifier si ces retraits sont vraiment effectifs", a souligné un diplomate occidental.

En effet, si plusieurs milices ont remis les sites qu'elles occupaient aux autorités, il n'était pas possible dans l'immédiat de vérifier où ces groupes s'étaient rendus avec leurs armes.

La plupart d'entre elles occupent des installations publiques, des casernes ou des fermes dans les banlieues de la capitale. 

"On doit vérifier si ces groupes ont bien quitté Tripoli. Les gens sont suspicieux. Durant les prochains jours on saura bien s'ils sont vraiment partis où s'ils sont juste partis d'un site à un autre", a déclaré Moustapha Abou Chagour, ancien vice-Premier ministre qui participait à la manifestation.   

Le Premier ministre Ali Zeidan a pourtant tenté de rassurer jeudi sur le sérieux de l'opération. "Ce n'est pas une mise en scène. Nous allons superviser le départ de toutes les milices sans exception", a-t-il dit.

En mars, le Congrès général national (CGN, Parlement), avait adopté une décision ordonnant à toutes les "formations armées illégales" de quitter Tripoli. Mais le gouvernement a été incapable de faire appliquer cette décision face à des milices beaucoup mieux armées et plus organisées que les forces régulières.

Les autorités ont donc profité du mouvement populaire pour annoncer un plan prévoyant le départ des milices de la capitale, puis leur désarmement.

Dans le même temps, elles ont déployé à Tripoli des unités de l'armée et de la police régulières, en cours de formation, à la satisfaction des habitants.

Après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, et avec lui de tout le système sécuritaire de l'Etat, les nouvelles autorités ont chargé les ex-rebelles d'assurer la sécurité du pays mais ont vite perdu le contrôle sur ces milices, accusées de violations de droits de l'Homme: torture, enlèvements et détentions arbitraires.

AFP

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