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Gabon: enseignants ulcérés, lycéens en colère, l'école en ébullition

Ecoles accueillant plus de 100 élèves par classe, enseignants ulcérés par leurs conditions de travail et de rémunération, lycéens dans la rue: l'enseignement public gabonais bouillonne de colère et a contraint le  gouvernement à fermer les établissements pour faire baisser la tension.

Depuis la rentrée en octobre, les mouvements d'humeur pour des promesses salariales non tenues et les grèves se multipliaient, signe que la grogne couvait dans les collèges et lycées publics.

En fin de semaine dernière, collégiens et lycéens sont descendus dans les rues de Libreville pour manifester leur soutien aux professeurs et exiger que les cours aient lieu. "Il y a grève ici parce que nos professeurs ne sont pas payés et donc on veut être solidaires", expliquait Basile, élève du lycée technique Omar Bongo Ondimba.

Pour éviter tout débordement, le gouvernement a décrété vendredi la fermeture des établissements "jusqu'à nouvel ordre", le temps de régler la crise.

"Effectivement, il y a des problèmes", a reconnu un conseiller du président, Etienne Massard Makaga, au cours d'un débat sur l'éducation organisé par la télévision nationale.

Le taux de réussite au baccalauréat est de 50%  en moyenne depuis dix ans et "nous n'avons pas recensé une mention très bien", a-t-il concédé.

Si les professeurs font le même constat, ils demandent que l'Etat commence par régler les arriérés de primes et de vacations. "Nous avons décidé de poursuivre la grève: le gouvernement n'a pas compris l'ampleur de la crise actuelle", a déclaré à l'AFP Marcel Libama, délégué administratif de la Conasysed, qui regroupe les principaux syndicats d'enseignants.

Le Gabon compte environ 13.000 enseignants dans le secteur public, qui représente 70% des établissements secondaires, selon la Conasysed.

Les enseignants, dont le salaire de base est modique (environ 150.000 FCFA mensuels, soit 230 euros pour un débutant), arrondissent généralement leurs fins de mois grâce aux primes de logement, transport ou ancienneté qui leur sont allouées.

Beaucoup de professeurs, qui éprouvent un sentiment de déclassement social, disent attendre le paiement de leurs rappels de salaires, comme Blaise, professeur au lycée Jean-Hilaire Obame à Libreville. "Entre 2002 et 2012, mon salaire n'a pas augmenté malgré l'ancienneté. Aujourd'hui, l'Etat me doit plusieurs millions de CFA!", affirme-t-il.

Enseignante et femme de ménage

"Je travaille depuis huit ans pour 80.000 FCFA (120 euros) par mois, c'est ce qu'ils appellent un +pré-salaire+ en attendant une affectation budgétaire", explique Anne-Marie Nkie Nsogo, enseignante dans une maternelle de la capitale.

Le coût de la vie au Gabon est nettement plus élevé que dans les pays voisins, et le revenu minimum mensuel obligatoire est de 150.000 francs CFA (230 euros) par mois.

"Tout passe dans mon loyer. J'ai cinq enfants, et pour pouvoir payer leur scolarité je suis obligée de faire des ménages, je repasse le linge chez des particuliers, parfois je fais même la braise (brochettes) sur le bord de la route", assure-t-elle.

Au-delà de la précarité enseignante, c'est tout le système éducatif gabonais qui est aujourd'hui en péril. Depuis des années, le problème des sureffectifs est régulièrement pointé du doigt, malgré la promesse de construction de nouvelles salles de classe.

"Il m'arrive de faire cours à des classes de 120 élèves, certains sont assis par terre, d'autres debout au fond de la salle", s'énerve Patrick, professeur de SVT (sciences de la vie et de la Terre) dans un lycée d'un quartier populaire.

"Quand il n'y a pas de livres scolaires, les élèves n'apprennent pas la même chose d'un établissement à l'autre", renchérit Clovis Mbeng Nze, professeur d'espagnol au Lycée Montallier à Libreville.

"Chacun se débrouille. Moi j'utilise les bouquins que j'avais à l'université, en les adaptant au niveau des élèves, mais ça date d'une quinzaine d'années", ajoute-t-il. "Sinon, ils se cotisent pour faire imprimer des documents".

Quant aux locaux, certains manquent cruellement d'entretien. Des lycées sont ainsi régulièrement privés d'électricité et d'eau, témoignent professeurs et élèves.

 

AFP

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