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Soudan: un proche du président Béchir passe

Le régime du président Omar el-Béchir est une "dictature militaire" et "ne peut être réformé", dénonce Al-Tayeb Mostafa, ancien membre du Parti du Congrès national du président soudanais et oncle du chef de l'Etat passé à la dissidence.

Agé de 67 ans, ce journaliste longtemps critique du pouvoir dit avoir été contraint de quitter le premier quotidien du pays, Intibaha -qu'il dirigeait et connu pour le franc-parler de ses chroniques- en raison d'un différend avec la "dictature militaire".

"Ce régime ne peut être réformé", affirme-t-il dans un entretien avec l'AFP. Selon lui, personne au sein du parti ne peut tenir tête au président Béchir: "Ils le suivent comme une chèvre suit son berger". "Il a le dernier mot sur tout. Toute personne ayant une position divergente est expulsée".

Al-Tayeb Mostafa a longtemps été critique de la politique officielle mais aujourd'hui les dissidences se multiplient, surtout depuis les manifestations contre l'augmentation des prix du carburant réprimées dans le sang fin septembre.

M. Béchir a pris le pouvoir en 1989 lors d'un coup d'Etat militaire soutenu par les islamistes, mais son gouvernement se sert de la religion "uniquement pour ses slogans", dénonce M. Mostafa. "Tous les Soudanais le savent. Ils disent +ces gens racontent des mensonges, ils ne nous ont accordé aucune liberté, ils sont corrompus. Et tout cela est contraire à l'islam+", souligne-t-il.

M. Mostafa explique que le pouvoir s'inquiétait de l'influence grandissante de Intibaha ainsi que celle du Just Peace Forum, son parti politique dont les positions étaient exprimées dans le journal.

Le tirage du quotidien qu'il a fondé était de 80.000 mais il a chuté depuis son départ.

Des agents de la Sécurité de l'Etat ont ordonné la fermeture du journal fin septembre après que le gouvernement en manque de liquidités eut levé les subventions sur le carburant, provoquant un mouvement de contestation de grande ampleur contre le régime de M. Béchir, le plus important depuis son accession au pouvoir.

Les forces de sécurité ont réprimé les manifestations, faisant environ 100 morts selon les autorités, plus de 200 selon Amnesty International.

Intibaha a souvent critiqué la décision de lever les subventions. Les autorités ont interdit le journal pour des "raisons politiques" et ont soumis, selon M. Mostafa, sa rediffusion depuis le 3 novembre au départ de son dirigeant.

Le lendemain, le conseil d'administration a demandé au registre soudanais des sociétés de révoquer sa participation de 60%, ne lui laissant plus que 2% des parts, a-t-il expliqué ajoutant avoir lancé une procédure judiciaire.

Intibaha a gagné en notoriété en s'opposant à l'accord de paix ayant mis fin en 2005 à la guerre civile entre le gouvernement dominé par les Arabes dans le nord du pays et les rebelles du Sud, où une grande partie de la population est chrétienne.

Alors que l'accord de paix, signé par Khartoum, cherchait à rendre l'unité du Soudan attrayante pour le Sud, Intibaha défendait la partition.

Le Sud a voté lors d'un référendum pour la partition du pays et est devenu indépendant en 2011.

"Intibaha a joué un rôle déterminant dans la partition du Soudan", avec le soutien de certaines élites du NCP, admet Khaled Tigani, rédacteur en chef de l'hebdomadaire économique Elaff.

Outre la contestation, le président soudanais fait face à des rébellions dans les régions frontalières et à une recrudescence des violences au Darfour, essentiellement entre tribus arabes.

La guerre est le principal problème du Soudan et reflète le climat politique, souligne M. Mostafa: "Il n'y a pas de liberté, c'est une dictature militaire".

Il propose comme issue que M. Béchir dirige un gouvernement de transition comprenant d'autres partis et des technocrates et organise des élections transparentes.

Selon lui, M. Béchir est "très proche des gens" et facile à vivre, mais du point de vue politique, il "veut rester au pouvoir" pour se protéger des mandats d'arrêt de la CPI. Le président Béchir est recherché par la Cour pénale internationale pour génocide et crimes de guerre dans la région occidentale du Darfour.

AFP

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