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Egypte: hommage paradoxal aux manifestants anti-régime militaire

Le 19 novembre dernier marquait l’anniversaire des deux ans de manifestations anti-régime militaire, en 2011, qui s’étaient terminées dans le sang. Cette année, le gouvernement de transition, placé sous l’égide du général Al-Sissi, ministre de la Défense qui a proclamé la déchéance du président islamiste Mohamed Morsi en juillet dernier, un an après son élection, a rendu un hommage paradoxal aux « martyrs ». Alors que chez les manifestants qui commémoraient ces victimes de novembre (près de cinquante morts) faites par la police et l’armée, on disait clairement « A bas le régime militaire » – ce qui est une première sur la place Tahrir depuis la fin de Mohamed Morsi.

En novembre 2011 plusieurs jours d’affrontements entre « révolutionnaires » et forces de sécurité avaient fait près de cinquante morts sur la place Tahrir (enfin, dans une rue adjacente, la rue Mohamed Mahmoud, parce qu’elle mène au ministère de l’Intérieur) à l’époque où le Conseil militaire dirigeait le pays.
Deux ans après, les autorités égyptiennes inaugurent un mémorial à la mémoire des « martyrs » et la police et l’armée présentent leurs condoléances. C’est parfaitement absurde et cela déclenche la rage de ceux qui se considèrent comme « ceux qui représentent l’esprit de la révolution de janvier 2011″, ceux qui sont à la fois contre le régime militaire et contre les islamistes.

Le monument érigé le lundi sur la place Tahrir par les autorités est mis en pièces quelques heures plus tard.

Une vidéo du collectif d'activistes Mosireen montre les petits révolutionnaires sous un meilleur jour et pas seulement comme des casseurs. Dans la vidéo ci-dessous, de la nuit du 18 au 19, on voit une bannière à l'entrée de la rue Mohamed Mahmoud qui indique : « pour les révolutionnaires seulement interdit aux felool (c’est-à-dire les pro-Moubarak, aux pro-armée et aux Frères musulmans. »

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"Le ministère de l’Intérieur présente ses condoléances à tous les martyrs qui ont versé leur sang pour abreuver l'arbre de la lutte nationale"

Il faut dire que dorénavant dans le discours officiel, ceux qui ont tué les révolutionnaires, que ce soit lors du soulèvement contre Moubarak ou après, ce sont soit « un tiers parti », payé par des pays étrangers, ou tout simplement les Frères musulmans.

Mais même les voix pro-gouvernement ne sont pas toutes satisfaites de cette tentative de réécrire l’histoire afin de donner le beau rôle aux forces de sécurité égyptiennes. Le rédacteur-en-chef d’Al Ahram, le plus grand journal égyptien, journal gouvernemental, Abdel Nasser Salama écrivait dans le journal du 20 novembre:

« La tentative de prendre d’assaut le siège du ministère de l’intérieur le 19 novembre 2011, que nous avons célébrée hier, était un acte criminel. le gouvernement leur a pourtant érigé « un mémorial » déformant l’une des plus importantes places d’Egypte. »

Mosireen fait remarquer que le ministère de l'Intérieur célèbre les victimes qu'il a faites lui-même deux ans auparavant -certes ce n’était pas le même ministre - et met en garde contre toute tentative de division des Egyptiens et de déstabilisation du pays.

Le journal d’Etat Gomhoreya (République) disait lundi à propos des manifestations à venir pour Mohamed Mahmoud, avoir « découvert un grand complot : le financement turco-qatari avec le soutien des Etats-Unis pour susciter le chaos. » « La cinquième colonne cherche à diviser le pays ». Les Etats-Unis ont toujours le rôle d’ennemi hypocrite en coulisse, quant à la Turquie et au Qatar, ils sont sur la sellette pour leur sympathie pour les Frères musulmans.

Quant aux Frères musulmans, ils ont aussi appelé à commémorer le 19 novembre, oubliant qu'à l'époque ils avaient, comme le pouvoir militaire en place, qualifié les manifestants de voyous, afin de mieux se concentrer sur leur victoire électorale à venir. Prudemment, ils se sont rassemblés loin de Tahrir et du centre du Caire.

« A bas le régime militaire »

En ce moment en Egypte, les anti-régime militaire qui sont aussi anti-islamistes ne sont pas nombreux et pas très représentés sur la scène politique. Ils étaient entre quelques centaines et un millier à manifester lundi et mardi pour rappeler leur existence, leur opposition au pouvoir militaire et leur demande vieille de trois ans de réforme de la police et des institutions de sécurité et de surveillance du pays.
Dans la rue Mohamed Mahmoud le 19, il y avait beaucoup de socialistes révolutionnaires, de jeunes du 6 Avril, de filles en cheveux, de garçons en keffiehs. Une moto fait juke-box avec des chansons révolutionnaires, on se passe des thermos de boissons chaudes.
Les bannières portaient « Pain, liberté, épuration du Ministère de l’Intérieur » ou « Ceux qui ont trahi: les felool, les militaires, les Frères musulmans ».
Ils scandaient :
« Après aujourd’hui, ne parlez plus des Frères musulmans, ne nous confondez pas avec eux, on est les représentants du 25 janvier et on dit « A bas le régime militaire », Sisi ton tour va venir de partir comme il est venu pour les Frères ».
De petits affrontements ont eu lieu entre pro et anti-armée durant la journée. Le journal Al Watan l’a perçu ainsi: «Affrontements à Tahrir entre les partisans de la révolution du 25 janvier et ceux du 30 juin ». Une manifestante anti-armée (et anti-islamiste) disait:

« C’est une question de génération, les pro-armée avaient la cinquantaine, nous on a la vingtaine, ils aiment trop l’ordre, ils ne comprennent pas pourquoi ces événements étaient importants. Et ils sont venus nous narguer à célébrer la police, l’armée et Sissi un jour où on commémore les morts faits par la police sous le régime du Conseil militaire… »

En soirée, beaucoup se sont intéressés au match important que jouait l’Egypte. Puis les organisateurs de la commémoration ont demandé la dispersion dans le calme, afin d’éviter de nouvelles violences, et la plupart des participants sont partis. Mais quelques heures plus tard, des affrontements éclatent avec les forces de sécurité, qui font un mort – par balle, mais la police accuse « un tiers parti » – comme d’habitude.

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