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Habitat insalubre, inadmissible !

Elles sont plusieurs familles à partager le même gîte, dans des locaux censés être des garages, ou des commerces. Cela se passe à Casablanca, la capitale économique, dans la préfecture de Sidi Bernoussi plus précisément. Des propriétaires, appâtés par le gain, louent ces locaux d'une superficie de 84 m² à 100 m², à des familles en mal d'habitat. Le tarif par famille varie entre 800 Dhs et 1200 Dhs, pour un espace de quelques mètres carrés (entre 2 et 6). Ainsi, ces familles (composées de 3 à 8 personnes) se retrouvent entassées dans ces espaces qui ne correspondent en rien à des habitations. Les sanitaires sont partagés par tous les locataires. Ces derniers ont droit chacun à une lampe, raccordée au compteur général, pour éclairer son espace. Quand il s'agit d'une même famille, la séparation avec les voisins se fait à l'aide d'un rideau, tandis que d'autres optent pour une séparation murale, réalisée par des briques, souvent sans la moindre couverture de ciment, ou couche de peinture. Cela relèverait du luxe. Insalubrité totale, aucune intimité, aucune vie privée, pas de repos, aucune quiétude…en un mot, point de dignité. Comment peut-il en être autrement dans des conditions pareilles ?

Ces familles dorment, cuisinent, mangent dans le même espace. Les enfants, qui sont aussi des élèves, font leurs devoirs dans ce même espace !
Ce phénomène particulièrement «nouveau» à Casablanca nous amène à nous poser une multitude de questions.

Comment est-ce possible dans le Maroc de 2013, un Maroc qui aspire à la démocratie, à l'égalité des chances ? Un Maroc qui fait désormais partie des pays émergents. Comment peut-on à la fois vouloir lutter contre l'habitat insalubre à travers des programmes tels que «Villes sans bidonvilles», et tolérer des situations pareilles ? Le pays est régi par une réglementation. Alors comment peut-on autoriser ce genre de location ? Selon les locataires de ces habitats, lmakadem ne vient jamais dans cet endroit. Est-ce à dire que tout est permis, que l'on peut faire fi des lois en vigueur sans que personne ne vienne nous déranger ? Cette situation est certes une conséquence de plusieurs facteurs, dont la croissance démographique, l’exode rural, la faiblesse du pouvoir d’achat, l'inadéquation entre l'offre et la demande… mais, est-ce une raison pour fermer les yeux sur une réalité aussi acerbe ? Qu'est-ce que l'on offre à ces enfants, quels genres d'adultes seront-ils ? Quelle société aura-t-on demain ? Que fait-on des Droits universels ? Que fait-on des valeurs démocratiques consacrées par la Constitution ? Celle-ci évoque dans son article 31 le droit à un logement décent : «L'Etat, les établissements publics et les collectivités territoriales ½uvrent à la mobilisation de tous les moyens à disposition pour faciliter l'égal accès des citoyennes et des citoyens aux conditions leur permettant de jouir des droits aux soins de santé, à la protection sociale, à la couverture médicale et à la solidarité mutualiste ou organisée par l'Etat (…), à un logement décent, à l'accès à l'eau et à un environnement sain».

Aujourd'hui, ces populations sont marginalisées, elles manquent de tout. Le minimum des droits élémentaires de salubrité, de santé et de logement font défaut chez ces gens. Alors où est la dignité ? Car, non seulement, il y a un grand problème de salubrité, avec comme conséquence une question de santé publique, mais ces populations sont confrontées à d'autres problèmes, de nature administrative. Les propriétaires refusent de signer le moindre contrat avec les locataires, de leur fournir le moindre reçu. Du coup, ils ne peuvent pas prétendre à un certificat de résidence. Résultat, nombreux sont ceux qui ne peuvent même pas renouveler leur CIN, quand celle-ci est arrivée à échéance, ou en avoir tout simplement une quand ils n'en ont pas encore.
L'administration locale, en reconnaissant implicitement la non représentativité de ses personnes, amplifie le problème de rejet, d'exclusion et par là même de ranc½ur sociale, d'amertume, d'insécurité…

Alors jusqu'à quand va-t-on poursuivre la politique de l'autruche, jusqu'à quand va-t-on ignorer une partie des citoyens, de ses besoins, de ses droits et surtout quand va-t-on enfin appliquer les lois en vigueur ? C'est en effet le seul moyen de lutter contre les abus de ceux qui profitent de la détresse de leurs concitoyens.
Leila Ouazry

La Nouvelle Tribune

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