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Un limogeage et des questions

La décision d'écarter le président de la plus haute juridiction du pays, en dehors d'un quelconque mouvement dans les rangs des chefs de cour, a suscité de lourdes interrogations dans le milieu judiciaire.  Dans un communiqué laconique repris par l'APS, la présidence de la République a annoncé, hier en milieu de la matinée, la «mise de fin de fonctions» du premier président de la Cour suprême, Kaddour Beradja, et la nomination à son poste de l'ancien président de la Commission de supervision des élections législatives et communales, Slimane Boudi. La décision d'écarter le président de la plus haute juridiction du pays, en dehors d'un quelconque mouvement dans les rangs des chefs de cour, a suscité de lourdes interrogations dans le milieu judiciaire. Beaucoup se demandent pourquoi la «mise de fin de fonctions» est intervenue à quelques jours seulement de l'examen (jeudi prochain) par cette haute cour du lourd dossier relatif au scandale de l'autoroute Est-Ouest, dans lequel de nombreuses personnalités sont citées sans être poursuivies. Pour certains, M. Beradja serait, depuis quelque temps, dans le collimateur du cercle présidentiel. Les raisons sont très difficiles à connaître. Dans ce milieu, les langues ne se délient pas, mais certains évoquent «un couac entre lui et le cabinet d'El Mouradia sur les préparatifs d'une éventuelle cérémonie d'ouverture de l'année judiciaire, prévue entre la fin de ce mois-ci et le début du mois prochain, ainsi que l'installation de la nouvelle composante du Conseil supérieur de la magistrature». Le procès khalifa toujours pas programmé Connu pour son intégrité et surtout originaire d'El Bayadh, M. Beradja aurait, a-t-on appris, refusé de faire le «nettoyage» dans la gestion de certains gros dossiers de corruption qui sont actuellement pendants au niveau de la Cour suprême. Est-ce la raison qui a poussé ses détracteurs à l'enlever de son poste ? Nous n'en savons rien. Ce qu'il faut retenir c'est que «le renvoi de l'affaire Khalifa devant le tribunal criminel de Blida  a fait grincer des dents beaucoup de gens. La preuve, plusieurs mois après, le procès n'arrive même pas à être programmé.» D'autres sources estiment par contre que la décision de «dégommer» le premier président de la Cour suprême était prévisible. «Tous les magistrats ayant pris part à ce qu'on appelle aujourd'hui la 'justice de la nuit', en 2004, à travers l'invalidation du congrès du FLN à la veille de l'élection présidentielle, ont été certes promus juste après, mais quelques années plus tard, la majorité d'entre eux ont été éjectés de l'institution judiciaire ou mis sur voie de garage. Personne n'a compris pourquoi ils ont été promus pour être ensuite écartés de la manière la plus brutale du secteur de la justice. Ce qui est certain, c'est qu'ils ont fait les frais de luttes de clans à l'intérieur du sérail», révèlent nos interlocuteurs. Ces derniers rappellent les relations «très tendues» entre M. Beradja et l'ex-ministre de la Justice, Tayeb Belaiz, connu comme étant très proche du cercle présidentiel «au point où, par moment, les deux personnalités ne s'adressaient plus la parole. Y a-t-il eu vengeance ? La réponse est difficile à obtenir». Mais nos interlocuteurs n'écartent pas la thèse selon laquelle le limogeage de Kaddour Beradja serait lié en grande partie à des dossiers qui risquent de «chahuter» la campagne électorale lancée par les partisans du 4e mandat. «Les grands dossiers de corruption impliquent tous des proches du Président. Il n'est pas dans l'intérêt de ce cercle présidentiel de voir ces affaires, encore une fois, alimenter la presse au moment où certains partis politiques mettent le paquet pour vendre le quatrième mandat. Kaddour Beradja occupait la plus haute fonction de la justice. Il a été mis fin à ses fonctions et, de ce fait, il ne peut que faire valoir ses droits au départ à la retraite. Ce qui laisse croire qu'il a tout simplement été écarté», explique une source bien informée. En tout état de cause, le choix porté sur la personne de Slimane Boudi, pour remplacer Kaddour Beradja, n'a toujours pas été compris. Est-ce pour avoir bien «géré» la supervision des élections communales et législatives de 2012 ayant permis au FLN (l'un des principaux partis qui soutient le 4e mandat) de sortir vainqueur ? Certaines sources sont catégoriques : «Boudi est un magistrat qui a fait ses preuves dans la magistrature. Il a assumé pleinement son rôle à la tête des deux commissions qu'il a eu à présider en ayant le courage de dénoncer publiquement les points faibles des deux scrutins. Un tel poste est, pour lui, une promotion légitime, lui qui connaît bien la Cour suprême pour y avoir exercé durant des années.» D'autres sources sont plutôt d'un autre avis : «Boudi avait été choisi par le Président pour superviser les élections, sur proposition de l'ex-ministre de la Justice, Tayeb Belaiz. Il est tout à fait logique que ce dernier plaide en sa faveur pour qu'il occupe le poste de Berradja. De cette manière, il lui restera redevable, surtout que dans cette antichambre de la Cour suprême, trop de cadavres sont entreposés...»  

El Watan

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