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Dans les années 1970, le patriarche copte d'Alexandrie a nommé un évêque français chargé de réunir une communauté autour de lui. Cohabitent aujourd'hui en France deux Églises coptes, l'une dite « de France », l'autre « arabophone ». Explication.

Le Patriarche Théodore II au Caire, le 26 avril 2013. REUTERS/Asmaa Waguih

Un halo de lumière dorée se dégage du petit salon où l'évêque copte de France, Anba Athanasios, reçoit ses hôtes. Un pied-à-terre parisien qui fait office de bureau et de lieu de vie lors des visites de l’évêque franco-italien. Un lieu qui, par son caractère surchargée et mystique, rappelle la décoration des églises d'Égypte. Volubile, l'homme aime distiller les étapes de son histoire au sein de l'église copte. Tout commence dans les années 1970. Après une étape en Grèce puis en Russie, il est invité à se rendre en Égypte. Une première pour ce religieux qui ne connait pas un mot d'arabe. Très vite, le pape Shenouda le prend sous son aile et l'ordonne moine, puis évêque en 1974.

Quarante ans plus tard, c'est la même extase qui se lit dans les yeux de l'évêque Anba Athanasios. Rien ne le prédestinait à conduire une Église copte de France qui, à cette époque, n'existait pas. Dans son récit, la figure du pape Shenouda est centrale: c'est lui qui est à l'origine de la création de cette nouvelle autorité copte en France sensée s'adapter au contexte local. L'élément le plus visible sera le choix du français comme langue de culte. «La France est un cas exceptionnel. Nous sommes les seuls évêques non-égyptiens», s’enorgueillit le prélat. Comme pour mieux rappeler le caractère singulier de sa nomination par le pape d'Alexandrie. «Au début, la communauté copte de France n'existait pas. Elle était à construire. Nous avions très peu d'églises et très peu de fidèles. Pour les messes, nous demandions à d'autres églises de nous héberger», poursuit-il.

(Vert= églises arabophones.Bleu= églises coptes de France)

Aujourd'hui l'évêque se targue d'avoir douze églises sous son giron, disséminées aux quatre coins de la France, et rassemblant environ mille fidèles. Un chiffre bien en-deçà de ceux de la communauté copte qui fréquente les églises dites « arabophones » dont les prêtres dépendent directement du pape d'Alexandrie, Théodore II. Ces dernières se situent principalement en région parisienne et dans le sud-est de la France. Contrairement à leur appellation, ces églises proposent souvent deux offices, l'un en langue arabe, et l'autre en français. C'est le cas de l'église copte orthodoxe de Villejuif.

L'exception française

Pour la doctorante italienne Alesssandra Fani, chercheuse à l'UNESCO Chair of Intercultural Dialogue in the Mediterranean, la formation de cette instance ex nihilo correspond à une période au cours de laquelle l'Eglise métropolitaine d'Alexandrie jouissait d'un pouvoir politique stable en Egypte. Cela pourrait ainsi expliquer ses ambitions prosélytes en dehors des frontières égyptiennes. « Mais l'Eglise copte n'a finalement pas eu les moyens de mener à bien ce projet. Très vite, notamment dans les années 1990 et 2000, le pape s'est retrouvé affaibli.»Malgré ces difficultés, l'Eglise copte de France continue d'exister. Cohabitent donc dans l'Hexagone deux Eglises dont la division peut surprendre les néophytes. Pour l'évêque Athanasios, s'il existe des différences, notamment de style, toutes deux vivent dans une bonne entente. Pour preuve, l'homme dit pouvoir célébrer « quand il le souhaite » une messe dans une église «arabophone».

Parmi ses fidèles, le dignitaire compte beaucoup d'Egyptiens, de première et de deuxième génération. C'est à partir des années 1960 que les Egyptiens ont commencé à émigrer en France. «Au début, il s'agissait d'une émigration  des élites partis pour continuer leur formation académique, mais progressivement, avec les difficultés économiques présentes dans le pays, le profil de l'émigré a fortement changé»,  explique Alessandra Fani qui, à partir de plusieurs études, a pu dresser le portrait-robot de l'émigré égyptien dans les années 2000. Un marchand de fruits et légumes ou un ouvrier du bâtiment.

Les chiffres de la discorde

A la question de savoir si l'émigration copte est plus forte depuis la révolution entamée le 25 janvier 2011, personne ne se semble détenir la réponse. Il est impossible de dénombrer la part que représentent les coptes dans l'émigration égyptienne. Ni le gouvernement égyptien ni l'administration française ne communique ces chiffres. Le nombre de coptes en Egypte est effectivement sujet à polémiques. Le Patriarche et l'Etat ne s'accordent pas sur les mêmes données. En France, aussi, les chiffres varient selon les interlocuteurs: le secrétaire de l'Eglise copte de France parle de 40 000 coptes et critique les chiffres avancés par un prêtre égyptien tablant sur 105 000 fidèles, tandis que les statistiques françaises recensent 36 000 émigrés égyptiens dans l'Hexagone, coptes et musulmans confondus, observe Alessandra Fani. Pour la doctorante,  si de nombreux rapports notent une augmentation de l'émigration égyptienne depuis 2011, rien n'indique que les coptes seraient plus nombreux que les autres à avoir quitté le pays. « Les études de l'Organisation internationale pour les migrations (2011) confirment le désir qu'ont les Egyptiens de partir pour l'instabilité sécuritaire à laquelle s'ajoute la profonde crise économique et l'absence de perspectives professionnelles.»

De là vient certainement la réticence de l'évêque et des autorités égyptiennes à utiliser le terme de « diaspora » qui renvoie historiquement à la dispersion des juifs à travers le monde après la destruction du Temple de Jérusalem en 70 ap.J-C. « Utiliser  le mot diaspora crée des ambiguïtés parce que ce mot donne au phénomène un caractère communautaire et confessionnel qui ne correspondent pas à la dynamique de l'émigration égyptienne», argumente Alessandra Fani.

Nadéra Bouazza

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