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U2 dans le collimateur de la presse sud-africaine

Le chanteur irlandais Bono a-t-il été mal compris par les médias sud-africains?

Alors qu’il se trouvait avec son groupe U2 à Johannesburg, la capitale de l'Afrique du Sud, pour le cinquième concert de leur 360 Degree Tour, ses propos concernant une chanson anti-apartheid intitulée Shoot the farmer (Tirez sur le fermier) ont fait polémique, rapporte le quotidien britannique le Guardian.

Interrogé par le journal sud-africain Sunday Times, Bono l'a mise en parallèle avec les chants rebelles de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) de son enfance. Ces derniers appelaient à prendre les armes contre la présence des Anglais en Irlande. Or, il est reproché aux paroles de Shoot the farmer d’exalter la violence vis-à-vis de la minorité blanche au pouvoir à l'époque (et jusqu'à l'élection de Nelson Mandela, en 1994). Le chant incite à «tirer sur les Boers», terme afrikaans qui désigne les fermiers néerlandais qui ont colonisé l'Afrique du Sud.

Bono, engagé dans le combat contre l’apartheid depuis les années 1980, a souligné qu’il ne fallait pas mettre hors contexte Shoot the farmer ni les chants irlandais:

«Tout dépend d'où et quand vous chantez ce type de chant. Il y a des règles pour ce genre de musique».

Quand bien même. La presse sud-africaine et les membres de la communauté blanche du pays ont estimé que Bono avait manqué une occasion de se taire. Le Times Live a présenté le leader de U2 comme un «allié» de Julius Malema, président controversé de la Ligue de la jeunesse du Congrès national africain (ANC, le parti au pouvoir). Celui-ci est actuellement en procès après qu’un lobby pro-Afrikaaners, Afriforum, a porté plainte contre lui pour incitation à la haine raciale. Il avait entonné ledit chant en public en 2010. Willie Spies, le représentant d’Afriforum, est indigné. Il a déclaré au Guardian:

«Ce serait une bonne chose que les étrangers de passage ne commentent pas les affaires du pays alors qu'ils viennent d'arriver. Bono est originaire de Dublin [la capitale de l'Irlande, ndlr] où la situation est très différente: les gens ne se promènent pas en craignant pour leur vie à chaque coin de rue. S’il avait pris conscience que la vie était différente en Afrique du Sud, il n’aurait jamais dit ça.»

Le sujet est sensible car l’opinion publique est encore très marquée —et divisée— par l’assassinat d’Eugène Terre'Blanche en avril 2010. Ce fermier blanc, leader du Mouvement de résistance afrikaaner d'extrême droite (AWB), aurait été tué à la suite d’une dispute avec ses deux employés noirs.

Le malaise suscité par les propos du leader de U2 et le boycott de la tournée par certains Sud-africains blancs n'a pas empêché U2 de battre son record d’audience lors de ce concert à Johannesburg en rassemblant plus de 98.000 personnes.

Lu sur le Guardian