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Soldat appartenant à la Séléka, groupe armé à l'origine du coup d'Etat en mars 2013.  REUTERS/Alain Amontchi
Soldat appartenant à la Séléka, groupe armé à l'origine du coup d'Etat en mars 2013. REUTERS/Alain Amontchi

RCA: la rébellion n’est pas une solution

Les rébellions armées semblent devenues le moyen le plus sûr de conquérir le pouvoir. Au grand dam de la population civile en Centrafrique.

Les rébellions armées semblent devenues le moyen le plus sûr, sinon le plus rapide de conquérir le pouvoir politique en Afrique. Ainsi, de la Côte d’Ivoire à la République démocratique du Congo en passant par le Mali, pour ne citer que ces pays-là, le mécontentement généralisé des populations, le ras-le-bol des fonctionnaires exaspérés par la corruption, la pauvreté extrême des populations rurales, bref la malgouvernance, ont suscité des rébellions conduites par des groupes armés, plus ou moins organisés. Ils s’arrogent à chaque fois la mission de « libérer » le peuple de la dictature du pouvoir en place. Une mal gouvernance souvent accompagnée d’une volonté indécrottable de certains dirigeants de s’éterniser au pouvoir. Le plus souvent, c’est en désespoir de cause que naissent les rébellions armées qui se présentent comme une alternative pour bouter le tyran hors du pouvoir.

Le cas centrafricain

Malheureusement, dans bien des cas, ces messies autoproclamés ne se montrent pas toujours à la hauteur de la mission qu’ils se sont assignée. Ainsi, en RCA, moins de deux mois après l’arrivée de Djotodia au pouvoir, les populations centrafricaines ont commencé à déchanter. L’homme sur qui elles comptaient, s’est révélé plutôt être un individu sans charisme ni poigne.

Jusque-là, les « efforts » de Djotodia pour ramener l’ordre à Bangui et sur l’ensemble du territoire, se sont révélés infructueux. Ainsi « en s’engageant avec les rebelles de la Séléka […] à instaurer la « démocratie » par les armes, Michel Djotodia a réussi en un laps de temps à faire de la Centrafrique le pays de tous les chaos: politique, économique et sécuritaire».

Devant cette situation où Djotodia lui-même doit se demander quel diable l’a poussé dans cette galère, on ne peut que constater que, comme beaucoup de rébellions (qu’elles soient parvenues au pouvoir ou pas), celle de Djotodia a lamentablement échoué. Quand donc les Africains comprendront-ils que la rébellion n’est pas la meilleure solution pour arriver au pouvoir? Certes, quelques rébellions ont réussi à combler l’espoir qu’elles ont fait naître au sein des populations. Et l’on se plait souvent à rappeler dans ces cas rares, celui de la Côte d’ivoire. Il faut cependant reconnaître que même dans ces cas, la population a toujours payé un lourd tribut à ces guerres.

Un treillis contre un costume-cravate

Il est vrai que ces rébellions ont généralement une origine. Quand on a affaire à un président élu démocratiquement, il ne met pas longtemps à s’installer dans une confiance en soi renforcée par sa légitimité, qui fait qu’il oublie parfois très vite, pourquoi il a été élu. Commence alors une série d’attitudes critiquables qui ont toujours le don d’exaspérer le peuple et d’offrir le prétexte à une rébellion armée.

Michel Djotodia, arrivé dans ces circonstances au pouvoir en Centrafrique, rêvait, comme ses prédécesseurs, de « régulariser rapidement » sa situation en troquant son treillis contre un « costume-cravate ». Mais il aurait fallu pour cela qu’il arrivât à la tête du pays avec un programme clair à mettre en œuvre au profit des populations. Ce qui ne fut apparemment pas le cas. Et pour ne rien arranger, le décret pris par le président Djotodia, et qui dissout la Séléka, semble n’avoir eu autre effet que celui d’aggraver la souffrance du peuple centrafricain.

Ces voyous armés de la Séléka ne répondent désormais à aucune autorité. A ce jour, comme le reconnaît avec amertume Mgr Dieudonné Nzapalainga, « la situation humanitaire et l’insécurité ne cessent de s’aggraver. La vie des civils n’a plus beaucoup d’importance. »

Comment en aurait-il été autrement, quand on sait que la Séléka est un ensemble hétéroclite de milices, de soldats déserteurs et de djihadistes de tous bords, venus des quatre coins de la région?  En tout état de cause, la rébellion n’est pas une solution pour accéder au pouvoir. Djotodia l’a sans doute appris à ses dépens.

Dieudonné MAKIENI (Le Pays)

 

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